Auto-Uchronia (Francis Berthelot)

 Auto-Uchronia ou Fugue en zut mineur est un livre de de Francis Berthelot publié en 2023 chez Dystopia Workshop, qui avait déjà co-édité avec Le Bélial’ l’intégrale en 3 volumes de son cycle romanesque Le Rêve du Démiurge, qui a occupé avec plaisir toutes mes vacances de fin d’année.

Francis Berthelot aime transgresser les limites littéraires et jouer avec les frontières entre les genres, il l’a d’ailleurs théorisé sous le terme de transfictions. Il n’est donc pas étonnant de se retrouver face à livre un peu inclassable, au point que la couverture est affublée d’une mention Non-Fiction ? dont le point d’interrogation ne permet pas de lever le mystère.

Ce qui pourrait peut-être résumer le genre de ce livre, ce serait quelque chose comme une autobiographie semi-fictive. Francis Berthelot en dévoile le principe dans l’avertissement préalable :

Né en 1946, réprimé par une société homophobe, piégé dans des études scientifiques, polytechnicien, docteur en biochimie, Francis Berthelot n’a eu de cesse de briser ce multiple carcan. À soixante-quinze ans, il décide d’appliquer à se jeunesse le principe de l’uchronie : changer un événement du passé pour écrire une Histoire différente. Au lieu de refuser l’offre que lui fit un inconnu en avril 1965, il imagine ce qu’aurait été sa vie s’il l’avait acceptée. D’où cette Auto-Uchronia en deux parties : la première allant de sa naissance à la veille du jour fatal, récit authentique semé de vrais fantasmes ; la deuxième allant du printemps à l’automne 1965, pur mensonge taquinant avec la vérité.

La première partie raconte ainsi l’enfance et l’adolescence du jeune Francis Berthelot, entre un père physicien de renom, une mère institutrice, un frère aîné qui suit de brillantes études. Francis suit la voie royale tracée par ses parents, choisit des études scientifiques devant menées aux Grandes Écoles alors qu’il se passionne pour la littérature et rêve d’être écrivain. En parallèle, il vit ses premiers émois et découvre son attirance pour les garçons.

La seconde partie imagine le moment où la vie de l’auteur aurait pu diverger, s’il avait fait un choix différent au printemps 1965. Dans cette version fictive, alors qu’il est en train de craquer sous la pression de ses parents et des classes préparatoires, il accepte l’aide d’un garçon rencontré par hasard dont il devient amant. Il abandonne ses études et sa famille et devient l’assistant de ce garçon, propriétaire et gérant d’une librairie de quartier.

À travers cette autobiographie uchronique, Francis Berthelot dresse en quelque sorte la liste de ses regrets. D’abord, celui d’avoir suivi des études scientifiques puis une carrière comme chercheur en biologie, et d’avoir attendu plusieurs décennies pour revenir à ses premières amours, la littérature et l’écriture. Ensuite, sans doute, celui de n’avoir pas accepté et vécu au grand jour plus tôt son homosexualité.

C’est peu dire que je me suis reconnu dans ce parcours de vie. Au moins en partie, même si la jeunesse de Francis Berthelot s’est déroulée plus de trente ans avant la mienne et que je n’ai évidemment pas traversé les mêmes événements, ni de la même façon. Cela explique pourquoi ce texte m’a tant ému, au-delà de ses qualités littéraires intrinsèques, qui suffiraient déjà à en faire un grand livre.

Bref, lisez Francis Berthelot, c’est toujours aussi bon !

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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