Zéro Janvier

Chroniques d'un terrien en détresse – Le blog personnel de Zéro Janvier

Le Cycle du Midi est un cycle romanesque des frères Arkadi et Boris Strougatski, qui sont peut-être les auteurs soviétiques de science-fiction les plus connus de la seconde moitié du XXe siècle. Il se compose de dix romans et quelques nouvelles publiés en russe entre les années 1960 et 1980.

L'édition que j'ai lue est un gros pavé de près de 1300 pages, il s'agit de l'intégrale publiée par Mnémos en 2022 et dirigée par Victoriya Patrice Lajoye, deux grands spécialistes de la science-fiction soviétique.

Avant de détailler mon avis sur chacun des dix romans qui composent le cycle, je vais commencer par dresser un bilan d'ensemble de mes deux semaines de lecture du cycle.

Tout d'abord, il faut admettre que certains aspects peuvent sembler un peu datés, notamment l'absence de protagonistes féminins, ou la vision d'un progrès unidimensionnel des sociétés qui évolueraient de façon inévitable en suivant des étapes successives.

Ces bémols étant exprimés, je dois dire que j'ai beaucoup aimé ce que j'ai lu. Les frères Strougatski ont écrit une science-fiction inventive, passionnante et intelligente, qui ressemble à la science-fiction occidentale tout en s'en éloignant suffisamment pour créer surprise et intérêt pour le lecteur français que je suis.

Par certains côtés, et c'est un grand compliment quand on sait l'admiration que j'ai pour l'œuvre de Iain M. Banks, cela m'a fait au cycle de la Culture, avec ces rencontres entre une civilisation utopique et différentes sociétés féodales, militaristes, bureaucratiques, ou tout simplement extraterrestres. Je ne sais pas si les deux auteurs ont voulu écrire une ode à l'altérité, mais ils ont en tout cas réussi à décrire des rencontres dans toutes leurs complexités, avec des dangers, des erreurs, des échecs, et quelques promesses.

Tous les romans du cycle ne se valent pas, mais les plus réussis sont vraiment excellents et méritent largement une place au panthéon des meilleurs œuvres de l'histoire de la science-fiction.

1. Midi : XXIIe siècle

Ce “roman” n'en est pas vraiment un, c'est plutôt une collection de nouvelles plus ou moins liées entre elles. On y suit une multitude de personnages, certains étant récurrents d'une nouvelle à l'autre. Il est parfois difficile de déceler une ligne directrice dans ces nouvelles, même si elles sont globalement toutes agréables à lire.

Les deux auteurs nous proposent de découvrir un XXIIe siècle où l'utopie d'un communisme d'abondance serait enfin réalisée sur la planète Terre et partirait à la conquêtes des étoiles. Nous sommes en quelque sorte à l'aube d'une nouvelle période de grandes découvertes, qu'elles soient spatiales ou scientifiques.

2. Il est difficile d’être un dieu

Dans ce roman, nous suivons Anton, observateur historique venu de la Terre, qui endosse depuis cinq ans d'identité du noble richissime Don Roumata sur une planète où règne encore la féodalité. Le royaume d'Arkanar sombre progressivement dans le fascisme sous l'influence de son ministre de la Sécurité, qui s'appuie sur la classe marchande et bourgeoise et s'en prend aux savants et aux artistes. Anton est tiraillé entre son rôle d'observateur qui lui interdit d'intervenir et son dégoût pour l'évolution du royaume qu'il voit sombrer jour après jour.

J'ai eu un petit peu de mal à rentrer dans ce roman, mais j'ai finalement été captivé par ce récit passionnant et intelligent.

3. Tentative de fuite

Anton et Vadim sont deux pilotes qui s'apprêtent à partir vers une planète terrestre encore inexplorée, quand Saül, un historien, leur demande de se joindre à eux pour fuir la Terre. Sur la planète inconnue, ils découvrent une société esclavagiste violente et se retrouvent face à un dilemme : intervenir, au mépris des règles, ou laisser faire ?

Il s'agit d'une roman court, plutôt une novella, qui se lit facilement. On retrouve l'humour des frères Strougastski, même si le ton de ce texte est plus sombre, par la nature des thématiques abordées.

4. L’île habitée

Maxime, jeune explorateur enthousiaste et naïf, échoue sur une planète où l'ambiance est sombre et déprimante. Une dictature militaire plonge la population dans l'apathie grâce à des ondes de contrôle mental auxquels Maxime est insensible. Révolté par ce qu'il découvre, Maxime va tenter de s'opposer au régime totalitaire.

Jusque là, ce roman est très nettement mon préféré du cycle depuis le début. Les frères Strougatski ont écrit un très grand roman de science-fiction qui parle de totalitarisme, de propagande, de révolte, de contrôle, et de révolution. Je suis même surpris que ce roman soit passé entre les mailles de la censure soviétique à l'époque, tant il peut être interprété comme une critique de tous les totalitarismes, y compris celui de l'URSS.

5. Le Petit

Un équipage de quatre explorateurs vient d'installer sa base sur une planète désertique où aucune vie n'a été détectée. Leur objectif est de préparer l'arrivée d'un peuple dont la planète natale est mourante. Le plan est mis en péril quand l'équipage découvre un être étonnant, seul survivant humain du crash du vaisseau spatial qui a coûté la vie de ses parents alors qu'il n'était qu'un bébé, et qui aurait été élevé par les mystérieux et très secrets habitants de la planète, reclus sous terre.

Ce roman propose une histoire de premier contact qui sort de l'ordinaire, avec ce “Petit” qui alterne des comportements humains et des attitudes et aptitudes beaucoup plus déroutantes. C'est un beau roman sur l'essence de l'humanité, sur l'altérité, et sur la rencontre sous toutes ses formes.

6. L’inquiétude

Ce court roman, ou plutôt cette novella, se déroule sur la planète Pandora, recouverte d'une immense forêt vivante. Une base terrienne est installée au sommet d'une falaise qui surplombe la forêt et sert à la fois de laboratoire pour les scientifiques et de refuge pour les touristes qui viennent chasser dans la forêt.

J'aurais du mal à en dire beaucoup plus car je n'ai pas réussi à entrer réellement dans ce texte. Après deux chapitres qui ne m'ont pas passionné, j'ai survolé la suite et j'ai fini par laisser tomber.

7. Un gars de l’enfer

Sur une planète inconnue, Gag est un jeune soldat d'élite au service d'une civilisation aristocratique, militariste et xénophobe, en guerre contre le voisin du Nord. Alors qu'il est gravement blessé au combat, il est secouru par un observateur terrien qui le ramène sur Terre. L'acclimatation s'annonce difficile pour le jeune homme qui a grandi dans le culte de l'armée et qui risque d'avoir du mal à trouver ses marques et sa place dans la société anarcho-communiste du futur imaginé par les frères Strougatski.

Il s'agit encore une fois d'un court roman où les deux auteurs portent un message clairement antimilitariste. On peut bien sûr trouver le protagoniste particulièrement antipathique, mais on peut également le plaindre d'avoir grandi dans une société qui a fait de lui ce qu'il est aujourd'hui.

8. Le scarabée dans la fourmilière

Une vingtaine d'année après les événements de L’île habitée, nous retrouvons Maxime Kammerer, qui n'est plus le jeune explorateur naïf et idéaliste de ses vingt ans mais un progresseur expérimenté qui travaille pour les Commission des Contacts. Son directeur le charge d'une mission secrète de la plus haute importance : retrouver Lev Abalkin, un progresseur qui a disparu récemment après la mort de son médecin traitant.

Le récit commence comme une enquête policière relativement classique mais prend ensuite de l'ampleur au fur et à mesure de Maxime et le lecteur en apprennent plus sur Lev Abalkin et les mystères qui l'entourent. Le livre prend alors une dimension supplémentaire qui lui donne toute sa saveur et en fait un grand livre de science-fiction.

9. L’arc-en-ciel lointain

Sur une planète consacrée quasi-exclusivement à des expérimentations scientifiques, l'impensable se produit. L'arrogance et l'inconscience des scientifiques ont atteint les limites des lois physiques. La catastrophe est imminente, inévitable. Un vaisseau de ravitaillement de passage sur la planète peut participer aux secours, mais le moment des dilemmes moraux est venu : qui et que doit-on sauver en priorité ?

Dans un contexte d'urgence et d'effondrement d'une société, ce roman dresse le portrait féroce de scientifiques aveuglés par leur hubris, montant sur leurs grands chevaux pour défendre la science comme pierre angulaire de l'avenir de l'humanité mais mesquins et égoïstes dans leurs préoccupations personnelles pour accaparer les ressources.

C'est encore un grand roman de science-fiction des frères Strougatski, et j'ai hâte désormais de lire le dernier roman du cycle.

10. Les vagues éteignent le vent

Après plusieurs romans qui se déroulaient sur d'autres planètes, celui-ci nous ramène sur Terre. Maxime Kammerer, désormais un vieil homme et directeur de la section clandestine de la Commission des Contacts charge le jeune Toïvo Gloumov d'une mission importante. Il va enquêter sur des phénomènes étranges qui se sont déroulés depuis quelques années qui ne semblent pas avoir de liens, mais qui pourraient être l'œuvre des mystérieux Pèlerins, cette super-civilisation qui manipule peut-être en secret l'évolution de l'humanité.

Le thème de ce récit est relativement classique en science-fiction, mais la réalisation est excellente. Sur la forme, le roman se compose d'extraits de rapports, de compte-rendus d'entretiens, de reconstitutions a posteriori de scènes passées. Ce qui pourrait être aride est en réalité très vivant, grâce à l'écriture habile des frères Strougatski. Sur le fond, les deux auteurs parviennent à gérer le suspense et à surprendre le lecteur jusqu'au bout.

Le récit nous permet également de suivre deux personnages passionnants, le désormais vénérable Maxime Kammerer et le jeune Toïvo Gloumov, mais de dire au revoir à d'autres personnages que nous avons croisé à plusieurs reprises tout au long du cycle, comme l'explorateur Leonid Gorbovski ou le pilote Guennadi Komov.

Ce dernier roman conclut magistralement un cycle dont je garderai un très bon souvenir. Ce fut un très bon moment de lecture, qui s'achève sur une très belle note.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

Discuss...

City est un roman de science-fiction de l’écrivain américain Clifford D. Simak, publié pour la première fois en 1952. En français, il a été traduit sous le titre Demain les chiens, et c’est ce titre français qui a été ma première raison pour lire ce classique de la SF des années 1950.

On a far future Earth, mankind's achievements are immense: artificially intelligent robots, genetically uplifted animals, interplanetary travel, genetic modification of the human form itself. But nothing comes without a cost. Humanity is tired, its vigour all but gone. Society is breaking down into smaller communities, dispersing into the countryside and abandoning the great cities of the world. As the human race dwindles and declines, which of its great creations will inherit the Earth? And which will claim the stars?

Ce roman se compose de huit “nouvelles”, présentées comme des légendes que se racontent autour du feu des chiens qui, dans un futur lointain, ont beaucoup évolué et ont remplacé l'humanité comme espèce dominante. Ces légendes racontent l'évolution parallèle de la race humaine, à travers la lignée de la famille Webster et de leur robot Jenkins, et celle des chiens, qui acquièrent la capacité de parler suite à une expérimentation humaine et qui développent ainsi leur intelligence sociale au point de prendre le relais de l'humanité en déclin.

L'un des points saillants du livre, ce sont les notes critiques qui précèdent chaque nouvelle et relatent les débats philologiques qui agitent la communauté savante des chiens concernant la véracité et l'origine des légendes, et en particulier l’existence ou non de ces Hommes et leur lien avec la civilisation canine. Plusieurs chiens que l'on devine être des spécialistes de l’étude des légendes sont cités à plusieurs reprises et portent des visions très différentes : l'un prend au sérieux l'existence de cette humanité et considère que ces légendes constituent une vérité historique, quand un autre estime qu'il ne s'agit que de récits mythologiques écrits par des chiens pour expliquer leur origine. Ces courts chapitres fonctionnent comme un paratexte fictif particulièrement drôle pour les lecteurs humains contemporains que nous sommes.

Les deux premières nouvelles m'ont semblé un peu faibles mais les six suivantes sont absolument géniales, tout comme l’épilogue émouvant rédigé par l’auteur en 1973 et présent dans les éditions ultérieures.

À travers les huit nouvelles, Clifford D. Simak dépeint une humanité condamnée à réinventer la violence, la domination, les armes, et la guerre, et à disparaître pour laisser place à une civilisation canine qui saura faire mieux qu'elle, sur de nouvelles bases d'empathie, de pacifisme et de solidarité. La civilisation menée par les chiens du futur constitue en effet une Fraternité des animaux où le meurtre est interdit et où la communication entre les espèces est sacrée. C'est donc un récit à la fois pessimiste sur la destinée et la nature de l'espace humaine, et optimiste pour le vivant dans son ensemble.

Après avoir relu et beaucoup aimé les Chroniques Martiennes de Ray Bradbury, je suis heureux d’avoir poursuivi avec un autre classique de l’âge d’or de la science-fiction. Et quel classique ! J’ai adoré ce livre, et hormis ses deux premières nouvelles un peu plus faibles que les autres, la perfection n’est pas très loin.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

Discuss...

Début janvier, le moment est venu de mon rendez-vous annuel avec un nouveau roman de Philippe Besson, un auteur que je lis fidèlement depuis ses premiers romans au début des années 2000, même si mon enthousiasme pour ses textes a faibli depuis cette époque. Cette année, il s’agit de Une pension en Italie, toujours publié chez Julliard.

Milieu des années 60, en Toscane. Un été caniculaire. Une famille française en villégiature. Un événement inattendu. Des vies qui basculent irrémédiablement. Un secret qui s'impose aussitôt. Un écrivain, héritier de cette histoire, en quête de la vérité.

Philippe Besson revient cette année avec un récit autour d'un secret de famille qui concerne son grand-père paternel, autour d'un séjour de vacances en Italie au milieu des années 1960. Quand on connait Philippe Besson et son œuvre, le secret en question est assez aisé à devenir, et il ne fait d'ailleurs pas durer le suspense très longtemps. L'enjeu, ce n'est pas le secret lui-même, mais le déroulement des événements, leurs conséquences sur la famille, et la suite de l’histoire, pour les uns et les autres.

On retrouve le style caractéristique de Philippe Besson, avec ses tics de langage, ses effets de style maladroits, ses tentatives d'écrire du beau sans en avoir l'air. J'y ai longtemps été sensible, je le suis moins désormais.

Le récit lui-même est sans surprise, parfois un peu plat. Pourtant, la dernière partie m'a saisi au cœur, alors que je ne m'y attendais plus. J'ai refermé le livre en me disant qu'il reste dans l'écriture de Philippe Besson quelques traces de ce que j'avais tant aimé il y a plus de vingt ans, ou bien qu'il reste quelques traces de celui que j'étais alors, plus jeune, plus naïf sans doute.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

Discuss...

Après avoir lu une grande partie de l'œuvre romanesque de Francis Berthelot, je me penche désormais sur ses livres de non-fiction, à commencer par cet essai de théorie littéraire publié en 2003 : Du rêve au roman, La création romanesque.

Francis Berthelot définit quatre grandes activités dans la création romanesque et consacre un chapitre à chacune d'entre elles :

  1. l’élaboration, au cours de laquelle l'auteur élabore, consciemment ou inconsciemment, les idées qu'il utilisera pour écrire
  2. la construction, qui permet de structurer et d'organiser les idées, les personnages, les thèmes, le style narratif, etc.
  3. l'écriture proprement dite
  4. le remaniement, qui inclut les corrections mais peut aussi consister en des remaniements plus importants sur le fond comme sur la forme, suite aux relectures par l'auteur ou pas des tiers

L'auteur prend soin d'indiquer qu'il ne s'agit pas forcément de quatre étapes successives et que leur articulation peut varier d'un auteur à un autre, d'un roman à un autre.

D'ailleurs, concernant en particulier l'articulation entre la construction et l'écriture, Francis Berthelot définit deux types d'auteurs, dans une typologie que l'on peut rapprocher de celle assez populaire qui distingue les auteurs “architectes” et “jardiniers” :

  • les auteurs structuraux (“architectes”), qui ont besoin de structurer, d'organiser, et de planifier leur texte avant de commencer à l'écrire
  • les auteurs scripturaux (“jardiniers”), qui préfèrent se laisser guider par l'écriture et cherchent à surprendre eux-mêmes en écrivant

Evidemment, l'auteur précise que ce sont deux types extrêmes et que certains auteurs peuvent emprunter des caractéristiques de chacun des deux types, d'un roman à l'autre ou même dans un même roman.

Dans chaque chapitre, l'auteur manipule des concepts de théorie littéraire et les illustre acec des exemples issus de la littérature.

Il consacre enfin sa conclusion aux difficultés que peuvent rencontrer les écrivains, en particulier un blocage dans l'écriture. J'ai particulièrement aimé le très beau passage sur la dépression et ses conséquences sur l'écriture.

Avec cet ouvrage, Francis Berthelot signe un essai de théorie littéraire que j'ai trouvé accessible, intéressant, et plaisant à lire.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

Discuss...

 Auto-Uchronia ou Fugue en zut mineur est un livre de de Francis Berthelot publié en 2023 chez Dystopia Workshop, qui avait déjà co-édité avec Le Bélial’ l’intégrale en 3 volumes de son cycle romanesque Le Rêve du Démiurge, qui a occupé avec plaisir toutes mes vacances de fin d’année.

Francis Berthelot aime transgresser les limites littéraires et jouer avec les frontières entre les genres, il l’a d’ailleurs théorisé sous le terme de transfictions. Il n’est donc pas étonnant de se retrouver face à livre un peu inclassable, au point que la couverture est affublée d’une mention Non-Fiction ? dont le point d’interrogation ne permet pas de lever le mystère.

Ce qui pourrait peut-être résumer le genre de ce livre, ce serait quelque chose comme une autobiographie semi-fictive. Francis Berthelot en dévoile le principe dans l’avertissement préalable :

Né en 1946, réprimé par une société homophobe, piégé dans des études scientifiques, polytechnicien, docteur en biochimie, Francis Berthelot n’a eu de cesse de briser ce multiple carcan. À soixante-quinze ans, il décide d’appliquer à se jeunesse le principe de l’uchronie : changer un événement du passé pour écrire une Histoire différente. Au lieu de refuser l’offre que lui fit un inconnu en avril 1965, il imagine ce qu’aurait été sa vie s’il l’avait acceptée. D’où cette Auto-Uchronia en deux parties : la première allant de sa naissance à la veille du jour fatal, récit authentique semé de vrais fantasmes ; la deuxième allant du printemps à l’automne 1965, pur mensonge taquinant avec la vérité.

La première partie raconte ainsi l’enfance et l’adolescence du jeune Francis Berthelot, entre un père physicien de renom, une mère institutrice, un frère aîné qui suit de brillantes études. Francis suit la voie royale tracée par ses parents, choisit des études scientifiques devant menées aux Grandes Écoles alors qu’il se passionne pour la littérature et rêve d’être écrivain. En parallèle, il vit ses premiers émois et découvre son attirance pour les garçons.

La seconde partie imagine le moment où la vie de l’auteur aurait pu diverger, s’il avait fait un choix différent au printemps 1965. Dans cette version fictive, alors qu’il est en train de craquer sous la pression de ses parents et des classes préparatoires, il accepte l’aide d’un garçon rencontré par hasard dont il devient amant. Il abandonne ses études et sa famille et devient l’assistant de ce garçon, propriétaire et gérant d’une librairie de quartier.

À travers cette autobiographie uchronique, Francis Berthelot dresse en quelque sorte la liste de ses regrets. D’abord, celui d’avoir suivi des études scientifiques puis une carrière comme chercheur en biologie, et d’avoir attendu plusieurs décennies pour revenir à ses premières amours, la littérature et l’écriture. Ensuite, sans doute, celui de n’avoir pas accepté et vécu au grand jour plus tôt son homosexualité.

C’est peu dire que je me suis reconnu dans ce parcours de vie. Au moins en partie, même si la jeunesse de Francis Berthelot s’est déroulée plus de trente ans avant la mienne et que je n’ai évidemment pas traversé les mêmes événements, ni de la même façon. Cela explique pourquoi ce texte m’a tant ému, au-delà de ses qualités littéraires intrinsèques, qui suffiraient déjà à en faire un grand livre.

Bref, lisez Francis Berthelot, c’est toujours aussi bon !

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

Discuss...

Abîme du rêve est le neuvième et dernier roman appartenant au cycle romanesque Le Rêve du Démiurge de Francis Berthelot.

Le récit met en scène Ferenc Bohr, auteur fictif et avatar de Francis Berthelot lui-même, qui cherche l’inspiration pour le neuvième et dernier volume de son cycle romanesque Le Rêve arborescent, dont les titres des huit premiers volumes sont des versions légèrement déformées de ceux du Rêve du Démiurge. Alors qu’il bute sur l’écriture et que la réédition de son cycle est sous la menace suite au rachat de son éditeur par un grand groupe, ses personnages quittent les Limbes de la Fiction et commencent à prendre vie autour de lui.

A travers ce récit, Francis Berthelot organise le procès de sa propre œuvre romanesque. Il en dévoile les intentions, les obsessions conscientes ou inconscients, il en met en avant les faiblesses pour répondre aux critiques, et en reconnait les angles morts. Il défend le glissement progressif du cycle vers le fantastique et sa volonté de franchir les frontières entre les genres.

L’auteur nous parle également de la responsabilité qu’il peut ressentir vis-à-vis des personnages qu’il a créés et qu’il a souvent fait souffrir. Il évoque les liens parfois ambigus qu’il a tissés avec eux.

J’ai toujours aimé les romans qui parlent d’écriture quand ils ne se contentent pas de mettre en scène un auteur en posture d’écrivain. Francis Berthelot le fait ici avec beaucoup de talent, en proposant une mise en abîme particulièrement habile et en réunissant ses personnages pour un dernier volume intelligent, puissant, et émouvant. Il conclut ainsi magistralement un cycle romanesque de très grande qualité.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

Discuss...

Carnaval sans roi est le huitième et avant-dernier roman appartenant au cycle romanesque Le Rêve du Démiurge de Francis Berthelot.

Kantor, télépathe, a jadis perdu son pouvoir en sauvant un ami du “gel catatonique”. Aujourd'hui, un psychiatre voudrait qu'il l'aide à soigner un patient très spécial : Alvar, le Gitan, dont le cerveau est possédé par cinq spectres. Son pouvoir restauré, Kantor entre dans l'esprit d'Alvar et affronte les intrus – une petite fille, un soldat, un couple de bardes, un acrobate – dont les conflits torturent le malade. Parviendra-t-il à arrêter cette guerre mentale, ce terrible carnaval sans roi ?

Le roman se situe dans la continuité de Hadès Palace et Le petit cabaret des morts. On y retrouve Alvar, désormais possédé par cinq des esprits qu’il avait asservis dans le roman précédent. C’est Kantor Ferrier, le protagoniste de Nuit de colère, qui va tenter de l’aider à se libérer. J’ai été ravi de retrouvé les personnages de Nuit de colère, en particulier Kantor et Octave mais aussi Iris.

Le récit m’a semblé moins fouillis que dans le roman précédent, et c’est une très bonne nouvelle. Il y a une progression naturelle dans l’intrigue, et le style caractéristique de Francis Berthelot accompagne cela avec poésie et symbolisme.

J’ai ainsi retrouvé ce que j’aime depuis le début du cycle, et je suis désormais à la fois impatient et triste à l’idée d’entamer le dernier roman du Rêve du Démiurge.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

Discuss...

Le petit cabaret des morts est le septième roman appartenant au cycle romanesque Le Rêve du Démiurge de Francis Berthelot.

Eté 1988. À Viervy, petite ville des Alpes, Yorenn et Romain Algeiba, sœur et frère acrobates, se vouent une passion excessive ... À Viervy, lieu de heurt du monde réel et de l’au-delà, vit Alvar Cuervos, fils d’un démon et d’une bohémienne, assistant du secret docteur Malejour. À Viervy, l’amour qui naît entre Alvar et Yorenn, opposés à tout point de vue, engendre le drame : la jalousie destructrice de Romain, le délire de Malejour aveuglé par science et pouvoir, la duplicité d’Alvar, les violences de Yorenn déchirée entre des idéaux contraires, tout se ligue contre eux — et d’abord eux-mêmes. À Viervy, les âmes des morts sont l’enjeu du conflit qui divise les vivants. La guerre s’installe, tributaire des passions des uns et des autres. À Viervy, le merveilleux spectacle qu’Alvar monte dans son Petit Cabaret ne livre rien au public du drame qui se joue en coulisse. Combat des vivants contre les vivants, des vivants contre les morts, des morts contre les morts, l’affrontement finit par s’étendre aux forces telluriques ...

Jusqu’ici, les premiers romans du cycle pouvaient quasiment se lire de façon indépendante. On retrouvait des personnages d’un livre à l’autre, tel personnage principal d’un roman pouvant apparaître dans un rôle secondaire dans un autre roman, ou inversement, mais chaque livre contenait un récit autonome, sans que l’on soit contraint de lire les précédents pour l’apprécier.

Avec ce septième roman du cycle, c’est moins vrai. Le petit cabaret des mots se présente plus clairement comme la continuité de Hadès Palace. On retrouve à la fois des personnages et des éléments d’intrigue du roman précédent, et il me parait difficile de profiter pleinement de celui-ci sans avoir lu son prédécesseur.

À mes yeux, ce roman entame une convergence entre les différents personnages et les diverses lignes narratives des romans précédents, comme si tout était plus ou moins lié d’une façon ou d’une autre. Je ne sais pas si mon impression est la bonne et si elle se confirmera dans les deux derniers romans du cycle, les prochains jours le diront.

Je dois tout de même dire que j’ai été un peu déçu par ce roman. Ce n’est pas mauvais, on retrouve tout de même le style à la fois onirique et puissant de Francis Berthelot, mais le récit m’a parfois semblé partir un peu dans tous les sens. Finalement, j’ai l’impression que c’est le roman dont j’ai le moins apprécié la lecture depuis le début du cycle. Je suis serein sur le fait que ce n’est qu’un petit passage à vide et que je vais retrouver mon enthousiasme dès que le prochain roman.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

Discuss...

Hadès Palace est le sixième roman appartenant au cycle romanesque Le Rêve du Démiurge de Francis Berthelot.

Paris, début 1979. Maxime Algeiba est le mime-serpent, un jeune artiste au talent exceptionnel. Aussi est-il contacté par l'imprésario de l'Hadès Palace, demeure tentaculaire au luxe magnétique, palais prestigieux où les grands du monde se pressent pour assister aux représentations du gratin artistique international. Comment refuser pareille offre : un contrat au sein d'un lieu aussi mythique ? C'est un tremplin, une occasion inespérée. Pourtant, une fois logé dans les dorures du Palace, Maxime ne tarde pas à remarquer des faits étranges. Pourquoi ces hommes armés qui quadrillent théâtres et couloirs ? Et ce malaise qui pétrifie Maxime dès qu'il s'éloigne dans les jardins alentour ; cette terreur sourde qui paraît régner chez les artistes ; ou encore ces « trois cercles » évoqués à demi-mot par certains ? Des questions qui ne trouveront réponse qu'une fois percés les secrets du Palace.

Le roman met en scène Maxime Algeiba, le frère d’Ivan que nous avions suivi dans Le jeu du cormoran. Maxime a quitté le cirque familial pour entamer une carrière artistique comme mime et contorsionniste dans un petit cabaret parisien. Repéré par un agent, il accepte de rejoindre le mythique Hadès Palace. Maxime voit cela comme une opportunité inespérée, même si le lecteur se doute bien que cette chance peut vite se retourner et devenir un piège.

Hormis la présence de Maxime comme protagoniste, ce roman semble moins lié aux précédents, même si Constantin, dont nous suivions les derniers mois de la vie dans Le jongleur interrompu, est évoqué rapidement dans le récit. Par contre, la progression du cycle vers le fantastique se poursuit, on a désormais clairement dépassé les frontières de la littérature blanche.

Le résultat est très bon, avec ce récit autour de l’art, de la quête de la perfection et de l’immortalité, et de la perversion ou au contraire de la pureté des âmes humaines. J’ai hâte de découvrir où Francis Berthelot va nous mener dans les trois derniers romans du cycle.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

Discuss...

Nuit de colère est le cinquième roman appartenant au cycle romanesque Le Rêve du Démiurge de Francis Berthelot.

Le récit débute en 1978, dans les Monts du Cantal. Kantor, jeune garçon de douze ans, est le seul survivant du suicide collectif des membres l’Ordre du Fer Divin, qui se sont immolés avec leur gourou, le propre père de l’enfant rescapé. Ce père que se faisait appeler Fercaël, nous l’avons connu sous le nom de Laurent Ferrier, le garçon qui tourmentait Olivier dans le premier roman du cycle, L’ombre d’un soldat.

Recueilli par sa tante Muriel, désormais comédienne de théâtre que l’on avait recroisée dans Mélusath, Kantor vit une adolescence difficile et solitaire, d’autant qu’il a hérité de son père un étrange pouvoir, celui de pouvoir lire et d’influencer les pensées des personnes dont il croise le regard.

Au collège, Kantor rencontre Octave, un camarade qui lui offre son amitié et qui semble aussi tourmenté que lui. Octave vit en effet dans l’ombre de son père, un des philosophes les plus célébrés du moment, et présente un affinité étrange avec le froid et la glace.

Francis Berthelot signe ici un roman absolument sublime sur le pouvoir et a violence, sur l’hérédité, et sur la dépression. Il le fait dans un style qui mêle poésie et dureté, avec un talent remarquable pour introduire des motifs issus du fantastique dans un récit presque réaliste.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

Discuss...

Enter your email to subscribe to updates.