Zéro Janvier

Chroniques d'un terrien en détresse – Le blog personnel de Zéro Janvier

Abîme du rêve est le neuvième et dernier roman appartenant au cycle romanesque Le Rêve du Démiurge de Francis Berthelot.

Le récit met en scène Ferenc Bohr, auteur fictif et avatar de Francis Berthelot lui-même, qui cherche l’inspiration pour le neuvième et dernier volume de son cycle romanesque Le Rêve arborescent, dont les titres des huit premiers volumes sont des versions légèrement déformées de ceux du Rêve du Démiurge. Alors qu’il bute sur l’écriture et que la réédition de son cycle est sous la menace suite au rachat de son éditeur par un grand groupe, ses personnages quittent les Limbes de la Fiction et commencent à prendre vie autour de lui.

A travers ce récit, Francis Berthelot organise le procès de sa propre œuvre romanesque. Il en dévoile les intentions, les obsessions conscientes ou inconscients, il en met en avant les faiblesses pour répondre aux critiques, et en reconnait les angles morts. Il défend le glissement progressif du cycle vers le fantastique et sa volonté de franchir les frontières entre les genres.

L’auteur nous parle également de la responsabilité qu’il peut ressentir vis-à-vis des personnages qu’il a créés et qu’il a souvent fait souffrir. Il évoque les liens parfois ambigus qu’il a tissés avec eux.

J’ai toujours aimé les romans qui parlent d’écriture quand ils ne se contentent pas de mettre en scène un auteur en posture d’écrivain. Francis Berthelot le fait ici avec beaucoup de talent, en proposant une mise en abîme particulièrement habile et en réunissant ses personnages pour un dernier volume intelligent, puissant, et émouvant. Il conclut ainsi magistralement un cycle romanesque de très grande qualité.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Carnaval sans roi est le huitième et avant-dernier roman appartenant au cycle romanesque Le Rêve du Démiurge de Francis Berthelot.

Kantor, télépathe, a jadis perdu son pouvoir en sauvant un ami du “gel catatonique”. Aujourd'hui, un psychiatre voudrait qu'il l'aide à soigner un patient très spécial : Alvar, le Gitan, dont le cerveau est possédé par cinq spectres. Son pouvoir restauré, Kantor entre dans l'esprit d'Alvar et affronte les intrus – une petite fille, un soldat, un couple de bardes, un acrobate – dont les conflits torturent le malade. Parviendra-t-il à arrêter cette guerre mentale, ce terrible carnaval sans roi ?

Le roman se situe dans la continuité de Hadès Palace et Le petit cabaret des morts. On y retrouve Alvar, désormais possédé par cinq des esprits qu’il avait asservis dans le roman précédent. C’est Kantor Ferrier, le protagoniste de Nuit de colère, qui va tenter de l’aider à se libérer. J’ai été ravi de retrouvé les personnages de Nuit de colère, en particulier Kantor et Octave mais aussi Iris.

Le récit m’a semblé moins fouillis que dans le roman précédent, et c’est une très bonne nouvelle. Il y a une progression naturelle dans l’intrigue, et le style caractéristique de Francis Berthelot accompagne cela avec poésie et symbolisme.

J’ai ainsi retrouvé ce que j’aime depuis le début du cycle, et je suis désormais à la fois impatient et triste à l’idée d’entamer le dernier roman du Rêve du Démiurge.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Le petit cabaret des morts est le septième roman appartenant au cycle romanesque Le Rêve du Démiurge de Francis Berthelot.

Eté 1988. À Viervy, petite ville des Alpes, Yorenn et Romain Algeiba, sœur et frère acrobates, se vouent une passion excessive ... À Viervy, lieu de heurt du monde réel et de l’au-delà, vit Alvar Cuervos, fils d’un démon et d’une bohémienne, assistant du secret docteur Malejour. À Viervy, l’amour qui naît entre Alvar et Yorenn, opposés à tout point de vue, engendre le drame : la jalousie destructrice de Romain, le délire de Malejour aveuglé par science et pouvoir, la duplicité d’Alvar, les violences de Yorenn déchirée entre des idéaux contraires, tout se ligue contre eux — et d’abord eux-mêmes. À Viervy, les âmes des morts sont l’enjeu du conflit qui divise les vivants. La guerre s’installe, tributaire des passions des uns et des autres. À Viervy, le merveilleux spectacle qu’Alvar monte dans son Petit Cabaret ne livre rien au public du drame qui se joue en coulisse. Combat des vivants contre les vivants, des vivants contre les morts, des morts contre les morts, l’affrontement finit par s’étendre aux forces telluriques ...

Jusqu’ici, les premiers romans du cycle pouvaient quasiment se lire de façon indépendante. On retrouvait des personnages d’un livre à l’autre, tel personnage principal d’un roman pouvant apparaître dans un rôle secondaire dans un autre roman, ou inversement, mais chaque livre contenait un récit autonome, sans que l’on soit contraint de lire les précédents pour l’apprécier.

Avec ce septième roman du cycle, c’est moins vrai. Le petit cabaret des mots se présente plus clairement comme la continuité de Hadès Palace. On retrouve à la fois des personnages et des éléments d’intrigue du roman précédent, et il me parait difficile de profiter pleinement de celui-ci sans avoir lu son prédécesseur.

À mes yeux, ce roman entame une convergence entre les différents personnages et les diverses lignes narratives des romans précédents, comme si tout était plus ou moins lié d’une façon ou d’une autre. Je ne sais pas si mon impression est la bonne et si elle se confirmera dans les deux derniers romans du cycle, les prochains jours le diront.

Je dois tout de même dire que j’ai été un peu déçu par ce roman. Ce n’est pas mauvais, on retrouve tout de même le style à la fois onirique et puissant de Francis Berthelot, mais le récit m’a parfois semblé partir un peu dans tous les sens. Finalement, j’ai l’impression que c’est le roman dont j’ai le moins apprécié la lecture depuis le début du cycle. Je suis serein sur le fait que ce n’est qu’un petit passage à vide et que je vais retrouver mon enthousiasme dès que le prochain roman.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Hadès Palace est le sixième roman appartenant au cycle romanesque Le Rêve du Démiurge de Francis Berthelot.

Paris, début 1979. Maxime Algeiba est le mime-serpent, un jeune artiste au talent exceptionnel. Aussi est-il contacté par l'imprésario de l'Hadès Palace, demeure tentaculaire au luxe magnétique, palais prestigieux où les grands du monde se pressent pour assister aux représentations du gratin artistique international. Comment refuser pareille offre : un contrat au sein d'un lieu aussi mythique ? C'est un tremplin, une occasion inespérée. Pourtant, une fois logé dans les dorures du Palace, Maxime ne tarde pas à remarquer des faits étranges. Pourquoi ces hommes armés qui quadrillent théâtres et couloirs ? Et ce malaise qui pétrifie Maxime dès qu'il s'éloigne dans les jardins alentour ; cette terreur sourde qui paraît régner chez les artistes ; ou encore ces « trois cercles » évoqués à demi-mot par certains ? Des questions qui ne trouveront réponse qu'une fois percés les secrets du Palace.

Le roman met en scène Maxime Algeiba, le frère d’Ivan que nous avions suivi dans Le jeu du cormoran. Maxime a quitté le cirque familial pour entamer une carrière artistique comme mime et contorsionniste dans un petit cabaret parisien. Repéré par un agent, il accepte de rejoindre le mythique Hadès Palace. Maxime voit cela comme une opportunité inespérée, même si le lecteur se doute bien que cette chance peut vite se retourner et devenir un piège.

Hormis la présence de Maxime comme protagoniste, ce roman semble moins lié aux précédents, même si Constantin, dont nous suivions les derniers mois de la vie dans Le jongleur interrompu, est évoqué rapidement dans le récit. Par contre, la progression du cycle vers le fantastique se poursuit, on a désormais clairement dépassé les frontières de la littérature blanche.

Le résultat est très bon, avec ce récit autour de l’art, de la quête de la perfection et de l’immortalité, et de la perversion ou au contraire de la pureté des âmes humaines. J’ai hâte de découvrir où Francis Berthelot va nous mener dans les trois derniers romans du cycle.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Nuit de colère est le cinquième roman appartenant au cycle romanesque Le Rêve du Démiurge de Francis Berthelot.

Le récit débute en 1978, dans les Monts du Cantal. Kantor, jeune garçon de douze ans, est le seul survivant du suicide collectif des membres l’Ordre du Fer Divin, qui se sont immolés avec leur gourou, le propre père de l’enfant rescapé. Ce père que se faisait appeler Fercaël, nous l’avons connu sous le nom de Laurent Ferrier, le garçon qui tourmentait Olivier dans le premier roman du cycle, L’ombre d’un soldat.

Recueilli par sa tante Muriel, désormais comédienne de théâtre que l’on avait recroisée dans Mélusath, Kantor vit une adolescence difficile et solitaire, d’autant qu’il a hérité de son père un étrange pouvoir, celui de pouvoir lire et d’influencer les pensées des personnes dont il croise le regard.

Au collège, Kantor rencontre Octave, un camarade qui lui offre son amitié et qui semble aussi tourmenté que lui. Octave vit en effet dans l’ombre de son père, un des philosophes les plus célébrés du moment, et présente un affinité étrange avec le froid et la glace.

Francis Berthelot signe ici un roman absolument sublime sur le pouvoir et a violence, sur l’hérédité, et sur la dépression. Il le fait dans un style qui mêle poésie et dureté, avec un talent remarquable pour introduire des motifs issus du fantastique dans un récit presque réaliste.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Le jeu du cormoran est le quatrième roman appartenant au cycle romanesque Le Rêve du Démiurge de Francis Berthelot.

La fresque se poursuit puisqu’on retrouve des personnages déjà croisés dans les romans précédents : Ivan Algeiba, que l’on avait aperçu jeune garçon de cirque dans Le jongleur interrompu et qui est désormais un jeune homme ; Tom-Boulon, le régisseur du théâtre du Dragon, et Katri, l’ancienne actrice qui a retrouvé sa passion pour le chant, que l’on vient tous deux de quitter dans le roman précédent, Mélusath ; et ce cormoran qui donne son titre au roman, serait-il la réincarnation de Constantin, le jongleur qu’Ivan adorait et qui croyait si fort à la légende de l’île mythique où les âmes défuntes renaissent en oiseaux ?

On découvre également d’autres personnages, comme Moa-Toa, jeune asiatique androgyne, au sexe indéterminé, et un mystérieux inconnu aux yeux d'un bleu de métal qui semble pourchasser Ivan et faire appel à ses pires passions.

Le récit se déroule en 1974. Ivan quitte le cirque où il a passé son enfance et son adolescence et fait la connaissance de Moa-Toa et de Tom-Boulon. Guidés par le cormoran, ils vont accomplir un voyage depuis les Landes jusqu’à Paris, puis en Finlande. Les étapes et la destination permettront à chacun d’affronter leur passé et, peut-être, de trouver des réponses aux questions qu’ils se posent.

Dans la lignée des trois premiers romans, Francis Berthelot propose un récit sensible, empreint de symbolisme, avec une touche de fantastique qui s’affirme à chaque roman.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Mélusath est le troisième roman appartenant au cycle romanesque Le Rêve du Démiurge de Francis Berthelot.

Si les deux premiers romans appartenaient à la littérature blanche et pouvaient sembler indépendants l'un de l'autre, celui-ci introduit une touche plus fantastique et commence à relier les romans les uns aux autres. Ainsi, on retrouve dans Mélusath des personnages déjà présents dans Le jongleur interrompu et surtout dans L'ombre d'un soldat. La fresque commence doucement à prendre forme.

Le récit se déroule dans le milieu du théâtre parisien, en 1970. Le Théâtre du Dragon est en difficulté, accumulant les échecs critiques et publics. La prochaine pièce, inspirée du mythe grec des Atrides, pourrait être la dernière.

On suit plus particulièrement trois personnages : Wilfried, le directeur allemand du théâtre et metteur en scène allemand ; Katri, l'actrice principale dont l'âge l'oblige à un tournant dans sa carrière ; Gus, un peintre et décorateur qui a perdu la mémoire.

Francis Berthelot offre à nouveau un très joli roman, tragique et puissant. Si tout le cycle est au niveau des trois premiers romans, cela promet de grandes choses !

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Le jongleur interrompu est le deuxième roman appartenant au cycle romanesque Le Rêve du Démiurge de Francis Berthelot.

Le récit se déroule dans un port de pêche du Finistère, au milieu des années 1960. Un cirque arrive et s'installe quelques jours, mené par un jongleur malade qui rêve de voir une île mythique située au large de ce village côtier avant de mourir. Il se lie avec un adolescent épileptique qui vit isolé, détesté par son grand-père et traité comme l'idiot du village.

Francis Berthelot a décidément une très jolie plume, capable en quelques pages de décrire un décor et des personnages comme le ferait un peintre. Si j'ai peut-être été légèrement moins sensible à ce récit qu'à celui de L'ombre d'un soldat, j'ai malgré tout trouvé très bon ce roman envoutant.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Le Rêve du Démiurge est un cycle romanesque de Francis Berthelot, composé de neuf romans publiés en l'espace d'une vingtaine d'années, entre le milieu des années 1990 et celui des années 2010. Il a pour particularité de commencer en littérature blanche avant de basculer clairement dans le fantastique.

L'ombre d'un soldat est le premier roman de ce cycle. Il nous plonge dans l'enfance et l'adolescence d'Olivier, dans une petite ville de la France des années 1950. La ville est tiraillée par des secrets et des rancoeurs, l'ombre de la guerre est encore très présente.

Cette ambiance est parfaitement rendue par Francis Berthelot, qui nous permet de suivre les pas d'Olivier, un héros tourmenté par le silence et les non-dits. Son père était prisonnier de guerre en Autriche, et sa mère a été tondue à la libération après avoir eu une relation avec un soldat allemand. Tout cela, Olivier l'ignore d'abord mais le devine.

Le roman est court mais je l'ai trouvé absolument sublime. Son héros n'est pas parfait mais parfaitement humain, aussi tourmenté que la France d'après-guerre.

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Est-ce que je vous ai déjà dit tout le bien que je pense des travaux et des livres du sociologue Bernard Lahire ? J'enchaine en tout cas un cinquième livre de lui en un mois, et je ne m’en lasse pas. Cette fois, il s’agit de Enfances de classe, sous-titré De l'inégalité parmi les enfants, qu'il a dirigé en collaboration avec une quinzaine de sociologues à la suite d'une grande enquête menée entre 2014 et 2018 auprès d'élèves en grande section d'école maternelle. Ce pavé qui restitue les résultats de cette enquête et en tire des enseignements a été publié en 2019 au Seuil.

Naissons-nous égaux ? Des plus matérielles aux plus culturelles, les inégalités sociales sont régulièrement mesurées et commentées, parfois dénoncées. Mais les discours, qu'ils soient savants ou politiques, restent souvent trop abstraits. Ce livre relève le défi de regarder à hauteur d'enfants les distances sociales afin de rendre visibles les contrastes saisissants dans leurs conditions concrètes d'existence.

Menée par un collectif de 17 chercheurs, entre 2014 et 2018, dans différentes villes de France, auprès de 35 enfants âgés de 5 à 6 ans issus des différentes fractions des classes populaires, moyennes et supérieures, l'enquête à l'origine de cet ouvrage est inédite, tant dans son dispositif méthodologique que dans ses modalités d'écriture, qui articulent portraits sociologiques et analyses théoriques. Son ambition est de faire sentir, en même temps que de faire comprendre, cette réalité incontournable : les enfants vivent au même moment dans la même société, mais pas dans le même monde.

Rendre raison des inégalités présentes dans l'enfance permet dès lors de retracer l'enfance des inégalités, autrement dit leur genèse et leur influence sur le destin social des individus. En donnant à voir ce qui est accessible aux uns et inaccessible aux autres, évident pour certains et impensable pour d'autres dans des domaines aussi différents que ceux du logement, de l'école, du langage, des loisirs, du sport, de l'alimentation ou de la santé, cet ouvrage met sous les yeux du lecteur l'écart entre des vies augmentées et des vies diminuées. Il éclaire les mécanismes profonds de la reproduction des inégalités dans la société française contemporaine, et apporte ainsi des connaissances utiles à la mise en œuvre de véritables politiques démocratiques.

L’ouvrage est composé de 3 grandes parties :

La première partie fixe le cadre, les objectifs et la démarche méthodologique de l’enquête. C’est une sorte de passage obligé, mais qui n’est pas dénué d’intérêt.

La deuxième partie, la plus longue, détaille 18 portraits d’enfants, six issus des classes populaires, six issus des classes moyennes, et six issus des classes supérieures. L’éventail est large, et il est difficile de rester insensible en lisant certains portraits, en particulier ceux concernant des enfants des classes populaires les plus précaires, surtout quand on les compare à ceux des familles les plus favorisées.

La troisième partie analyse et compare les constats faits pendant l’enquête et en tire des enseignements sociologiques sur différentes thématiques : logement ; stabilité professionnelle et disponibilité parentale ; rapport à l’argent ; rapport à l’école ; obéissance et esprit critique ; langage ; lire et parler ; loisirs et culture ; sport ; et enfin vêtements, alimentation et santé.

Le livre s’achève sur une belle conclusion de Bernard Lahire, en deux temps : il prend d’abord un peu de recul pour aborder la question des inégalités sous un angle presque anthropologique ; il propose ensuite de ne pas s’arrêter au constat et appelle nos gouvernants à lutter véritablement contre ces inégalités sociales dès l’enfance.

Si ce livre est un gros pavé et peut sembler intimidant, je ne peux que le recommander chaudement à toutes celles et tous ceux qui veulent voir notre société en face, à travers la vie de gamins et gamines de cinq ou six ans. C’est une plongée sans filtre dans les conditions matérielles d’existence de futurs adultes dont l’avenir n’est peut-être pas encore totalement écrit, mais aux chances déjà bien inégales.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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