La conscience politique (Geoffroy de Lagasnerie)

Après Sortir de notre impuissance politique puis 3. Une aspiration au dehors, j'enchaîne avec la lecture d'un troisième livre de Geoffroy de Lagasnerie. La conscience politique a été publié en 2019 chez Fayard et se présente comme un essai de philosophie politique :

La politique est peut-être le domaine de notre existence que nous pensons le plus faussement : nous ne cessons d’utiliser des catégories totalisantes (peuple, volonté générale, souveraineté populaire), des récits mystificateurs (le contrat social, la démocratie délibérative) ou encore des notions abstraites (le législateur, le corps politique, le citoyen) dont nous reconnaissons la plupart du temps le caractère fictif, tout en affirmant la nécessité d’y recourir.

Mais pour quelles raisons faudrait-il adosser la pensée politique à des fictions ? À quoi voulons-nous échapper de cette manière ? Et surtout, que se passe-t-il sitôt que nous rompons avec ces modes de pensée et regardons la réalité telle qu’elle est ?

Geoffroy de Lagasnerie propose d’élaborer une conception réaliste de l’État, de la Loi et de notre expérience comme sujets. Il pose les principes d’une théorie qu’il appelle « réductionniste », qui conduit à faire vaciller les oppositions qui structurent toute l’histoire de la philosophie politique entre démocratie et colonie, force légitime et violence illégitime, État de droit et exception ou arbitraire, crime politique et délinquance ordinaire, etc.

Un ouvrage qui renouvelle profondément les cadres de la théorie politique.

Avec mes lectures de Geoffroy de Lagasnerie, je me sens un peu comme un héros de jeu vidéo passant d’un niveau à un autre, chaque livre étant un peu plus difficile d’accès que le précédent. Celui-ci est probablement plus théorique, plus conceptuel que les deux premiers livres de cet auteur que j'ai lus cette semaine, il faut parfois s’accrocher, mais j’ai trouvé cela passionnant du début à la fin.

J’aurais probablement du mal à résumer à chaud toutes les idées développées par l’auteur dans l’ouvrage, mais globalement il nous montre comment le discours politique s’appuie sur des fictions, des abstractions, des mythes, et des signifiants vides (« démocratie », « volonté populaire », « légitimité »), pour masquer les rapports de domination sociale. Ce résumé reste très succinct et est loin de couvrir tout le propos de l’auteur. Je ne peux que vous encourager à le lire si la quatrième de couverture et mes quelques mots vous donnent envie d’en savoir plus.

En fait, je pourrais parler de révélation en lisant ce livre. J’ai l'impression d'avoir ouvert les yeux sur des idées qui me semblent désormais évidentes, que j'avais peut-être en tête inconsciemment, mais que Geoffroy de Lagasnerie exprime parfaitement.

Avant de commencer ce livre, je m’étais dit que ce serait le dernier de lui que je lirais pour un petit moment, histoire de laisser la place à d’autres autres et d’autres genres, mais je dois dire que je suis assez tenté de replonger dans sa bibliographie pour découvrir ses réflexions sur d’autres sujets, tant j’aime sa façon de réfléchir et d’aborder les thématiques auxquelles il s’attaque.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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