Tigana (Guy Gavriel Kay)
Tigana est un roman de Guy Gavriel Kay publié en 1990. Après la trilogie de Fionavar, l’auteur canadien s’éloignait alors de la fantasy classique pour entrer dans le genre pour lequel il est désormais reconnu : la fantasy historique.

Tigana is the magical story of a beleaguered land struggling to be free. It is the tale of a people so cursed by the black sorcery of a cruel despotic king that even the name of their once-beautiful homeland cannot be spoken or remembered...
But years after the devastation, a handful of courageous men and women embark upon a dangerous crusade to overthrow their conquerors and bring back to the dark world the brilliance of a long-lost name...Tigana.
Against the magnificently rendered background of a world both sensuous and barbaric, this sweeping epic of a passionate people pursuing their dream is breathtaking in its vision, changing forever the boundaries of fantasy fiction.
Guy Gavriel Kay propose un univers de fantasy historique inspiré de l'Italie de la Renaissance : une péninsule envahie par des puissances étrangères, des provinces désunies face aux conquérants, des aristocrates qui complotent, des vengeances sanglantes ou plus pernicieuses, des familles brisées, des exilés déterminés et des destins tragiques.
Ce roman m’a happé dès les premières pages. L’ambiance et le style m’ont tout de suite séduit, et l’auteur fait preuve d’un excellent sens de la narration pour captiver le lecteur dès le début et ne plus le lâcher jusqu’à la dernière page. C’est en tout cas ainsi que je l’ai vécu. À plusieurs reprises j’ai été partagé entre l’envie de lire lentement pour savourer chaque page et la tentation de dévorer les chapitres le plus vite possible pour découvrir la suite.
Au premier abord, les personnages peuvent sembler des stéréotypes mais ils gagnent vite en complexité et en épaisseur. Dans ce roman, Guy Gavriel Kay démontre un grand talent pour écrire des personnages profondément humains. Il le fait si bien que dans les derniers chapitres, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir de l’empathie pour celui qui est pourtant censé être le « méchant » de l’histoire.
Comme les personnages, l’intrigue pourrait sembler assez basique quand on lit le résumé ou les tous premiers chapitres. En apparence, on peut d’abord croire qu’il s’agit du récit déjà vu de la révolte d’une nation sous la férule d’un tyran. En réalité, l’auteur propose un récit parfaitement ciselé et d’une richesse remarquable. Il joue magistralement entre les registres de l’épique et l’intime, et le lecteur est tour à tour emporté ou ému, parfois d’une phrase à l’autre.
Tigana est un magnifique roman sur l’impérialisme et le colonialisme, sur l’oppression et la révolte, sur le pouvoir du langage et des noms, sur la vengeance et le deuil, sur le devoir de mémoire et le droit à l’oubli. Dans sa postface, Guy Gavriel Kay a cette très belle phrase que j’ai très envie de citer :
Tigana is in good part a novel about memory : the necessity of it, in cultural terms, and the dangers that come when it is too intense.
Je ne pense pas exagérer en affirmant que Tigana est l’un des meilleurs romans de fantasy que j’ai eu l’occasion de lire dans ma vie. Je suis épaté par le talent que l’auteur démontre dans ce roman, son quatrième seulement, et le premier après la trilogie de Fionavar. S’il a continué à développer son art de l’écriture, je vais me régaler et je n’ose imaginer les chefs d’œuvre qui m’attendent dans les prochaines semaines, au fur et à mesure que je vais lire ses romans suivants.
Zéro Janvier – @zerojanvier@diaspodon.fr