Zéro Janvier

Chroniques d'un terrien en détresse – Le blog personnel de Zéro Janvier

Le Combat Adama est un livre écrit à quatre mains par Assa Traoré et Geoffroy de Lagasnerie, et publié en 2019 chez Stock.

« Le Combat Adama, ce n’est pas seulement le combat de la famille Traoré. Mon frère est mort sous le poids de trois gendarmes et d’un système. La France a un problème avec la police et la gendarmerie : ça fait partie du Combat Adama. La jeunesse fait partie du Combat Adama. L’école fait partie du Combat Adama. Le racisme fait partie du Combat Adama. La démocratie et la justice font partie du Combat Adama. » – Assa Traoré

Le 19 juillet 2016, Adama Traoré est mort dans la cour de la gendarmerie de Persan dans le Val-d’Oise. C’était le jour de son anniversaire. Il avait 24 ans. Depuis, un combat se développe et s’amplifie qui, à partir de la question des violences policières dans les quartiers populaires, interroge en profondeur notre monde et la politique : le Combat Adama.

Quand j’ai commencé ce livre, après en avoir lu quelques pages, j’ai écrit que je n’en sortirais pas indemne. J’avais raison.

Pourtant, le projet était périlleux. Sur la forme, cela aurait pu être casse-gueule, avec une femme noire faisant un récit vu du terrain et un homme blanc théorisant en “prenant de la hauteur”. Heureusement, le livre évite ce travers. Certes, Assa Traoré s'appuie sur le terrain, sur le quotidien des quartiers populaires, mais son propos est contextualisé et nourri par une vraie réflexion. Le dialogue écrit avec Geoffroy de Lagasnerie fonctionne parfaitement.

Je ne connaissais du quotidien des jeunes garçons dans les quartiers populaires que ce que j’avais pu en lire dans certains médias alternatifs ou indépendants. C’était un début, mais ce livre m’a ouvert les yeux sur une réalité que je soupçonnais sans la voir vraiment. C’est en ce sens que je peux dire que je ne sors pas indemne de cette lecture. Je ne peux plus être aveugle ou faire semblant de l’être. Je sais ce qu’il se passe, je sais l’oppression sociale et policière vécue dans ces quartiers, je ne peux pas faire comme si je n’étais pas au courant.

Quand on ajoute à cela les réflexions croisées d’Issa Traoré et de Geoffroy de Lagasnerie sur le rôle de la police, de la justice, et de l’Etat dans notre société, cela me donne à la fois une envie folle de me mobiliser et un désespoir profond face à un système contre lequel nous semblons impuissants. C’est finalement un bon résumé de mon état d’esprit en ces temps politiquement difficiles.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Je viens de terminer la lecture de mon quatrième livre de Geoffroy de Lagasnerie en une semaine, et si je les enchaine aussi vite, c’est probablement pour un mélange de deux raisons : d’une part ils sont relativement courts (entre 100 et 200 pages, et plutôt dans le bas de cette fourchette pour trois d’entre eux), et ils sont tellement passionnants que je les dévore avec une certaine avidité. Celui-ci n’a pas échappé à ce phénomène.

Penser dans un monde mauvais est un essai publié aux Presses Universitaires de France en 2017, consacré au rôle du « savant », de « l’intellectuel » dans la société.

Parce qu’écrire c’est s’engager, tout auteur doit nécessairement se demander comment, par sa pratique, ne pas participer à la reproduction d’un monde traversé par des systèmes de domination, d’exploitation et de violence.

En examinant ce que signifie de vivre une bonne vie intellectuelle dans un monde mauvais, Geoffroy de Lagasnerie élabore un ensemble d’analyses radicales sur l’autonomie de la culture, sur la valeur du savoir et de la vérité, sur la possibilité de concevoir une pratique de connaissance qui soit en même temps oppositionnelle, ou encore sur les rapports de l’intellectuel aux luttes.

Lorsqu’il suspend l’adhésion spontanée à ce qu’il est, tout auteur se pose nécessairement un jour ou l’autre ces questions troublantes : mais au fait… à quoi sert ce que je fais ? Quels sens ont l’art, la culture et le savoir – et à quelles conditions ont-ils du sens ?

L’auteur déroule sa pensée dans cinq chapitres bien construits. Le propos est clair, convaincant, quoi que parfois un peu répétitif. Je sais bien qu’en pédagogie on dit parfois qu’il faut répéter trois fois une idée pour espérer qu’elle soit assimilée, mais je dois que la cinquième fois où j’ai lu, sous des formes certes différentes, que ceux qui ne luttent pas ouvertement contre le monde tel qu’il est confortent et soutiennent de fait le statu-quo, j’avais envie de dire que cette fois, c’était bon (d’autant que j’étais déjà convaincu de cette idée avant la lecture de ce livre).

Hormis ce tout petit bémol, j’ai trouvé cet essai passionnant et inspiré. Au point, à nouveau, de me demander si je ne vais pas poursuivre encore ma découverte des oeuvres de Geoffroy de Lagasnerie dans les jours qui viennent.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Après Sortir de notre impuissance politique puis 3. Une aspiration au dehors, j'enchaîne avec la lecture d'un troisième livre de Geoffroy de Lagasnerie. La conscience politique a été publié en 2019 chez Fayard et se présente comme un essai de philosophie politique :

La politique est peut-être le domaine de notre existence que nous pensons le plus faussement : nous ne cessons d’utiliser des catégories totalisantes (peuple, volonté générale, souveraineté populaire), des récits mystificateurs (le contrat social, la démocratie délibérative) ou encore des notions abstraites (le législateur, le corps politique, le citoyen) dont nous reconnaissons la plupart du temps le caractère fictif, tout en affirmant la nécessité d’y recourir.

Mais pour quelles raisons faudrait-il adosser la pensée politique à des fictions ? À quoi voulons-nous échapper de cette manière ? Et surtout, que se passe-t-il sitôt que nous rompons avec ces modes de pensée et regardons la réalité telle qu’elle est ?

Geoffroy de Lagasnerie propose d’élaborer une conception réaliste de l’État, de la Loi et de notre expérience comme sujets. Il pose les principes d’une théorie qu’il appelle « réductionniste », qui conduit à faire vaciller les oppositions qui structurent toute l’histoire de la philosophie politique entre démocratie et colonie, force légitime et violence illégitime, État de droit et exception ou arbitraire, crime politique et délinquance ordinaire, etc.

Un ouvrage qui renouvelle profondément les cadres de la théorie politique.

Avec mes lectures de Geoffroy de Lagasnerie, je me sens un peu comme un héros de jeu vidéo passant d’un niveau à un autre, chaque livre étant un peu plus difficile d’accès que le précédent. Celui-ci est probablement plus théorique, plus conceptuel que les deux premiers livres de cet auteur que j'ai lus cette semaine, il faut parfois s’accrocher, mais j’ai trouvé cela passionnant du début à la fin.

J’aurais probablement du mal à résumer à chaud toutes les idées développées par l’auteur dans l’ouvrage, mais globalement il nous montre comment le discours politique s’appuie sur des fictions, des abstractions, des mythes, et des signifiants vides (« démocratie », « volonté populaire », « légitimité »), pour masquer les rapports de domination sociale. Ce résumé reste très succinct et est loin de couvrir tout le propos de l’auteur. Je ne peux que vous encourager à le lire si la quatrième de couverture et mes quelques mots vous donnent envie d’en savoir plus.

En fait, je pourrais parler de révélation en lisant ce livre. J’ai l'impression d'avoir ouvert les yeux sur des idées qui me semblent désormais évidentes, que j'avais peut-être en tête inconsciemment, mais que Geoffroy de Lagasnerie exprime parfaitement.

Avant de commencer ce livre, je m’étais dit que ce serait le dernier de lui que je lirais pour un petit moment, histoire de laisser la place à d’autres autres et d’autres genres, mais je dois dire que je suis assez tenté de replonger dans sa bibliographie pour découvrir ses réflexions sur d’autres sujets, tant j’aime sa façon de réfléchir et d’aborder les thématiques auxquelles il s’attaque.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Après le percutant et pertinent Sortir de notre impuissance politique, j'ai eu envie de poursuivre ma découverte des oeuvres de Geoffroy de Lagasnerie avec cet essai sociologique, philosophique et politique sur l'amitié, dont je l'avais entendu parler récemment dans un entretien sur Blast.

Avec Édouard Louis et Didier Eribon, nous vivons une relation qui dure depuis plus de dix ans maintenant. Dès les premiers mois de cette amitié, quelque chose a basculé dans nos vies, une rupture profonde s’est dessinée dans nos existences : nous nous sommes mis à voyager ensemble, à dîner à 3 presque systématiquement, à créer, à réfléchir et à intervenir conjointement dans l’espace public, à fêter ensemble nos anniversaires et les moments traditionnellement associés à la famille, comme Noël, à partager l’intégralité de notre vécu.

Plus qu’une amitié, cette relation est devenue pour nous un mode de vie, un cadre d’émotions et d’expériences partagées, avec ses rites, ses lieux, ses temporalités, ses connexions aux autres, au champ culturel – et même au monde social en général. Ce livre voudrait prendre cette relation comme le point de départ d’une réflexion sur les modes de vie, la force de l’amitié notamment dans son opposition au familialisme, et ce que l’on pourrait appeler la politique de l’existence.

À l’heure où les existences et les aspirations semblent terriblement normalisées, il pourrait être lu comme une sorte de manuel de vie anti-institutionnelle, qui chercherait à donner un sens concret à l’aspiration utopique à une vie autre.

Geoffroy de Lagasnerie part d'une expérience personnelle, son amitié à trois avec Didier Eribon et Edouard Louis, pour réfléchir sur la place des relations amicales dans la société. Il mêle habilement l'intime et la réflexion, et cela donne un livre étonnant et passionnant. Ni voyeur, ni aride, le texte est accessible même si on n'est ni sociologue ni philosophe, tout en amenant à réfléchir et à s'interroger sur nos propres perceptions et sur la place que nous accordons à l'amitié dans notre vie.

Comme le sous-titre sur la couverture l'indique, ce livre est aussi un très bel éloge de l'amitié. A travers l'exemple proposé par le trio qu'il compose avec Didier Eribon et Edouard Louis, Geoffroy de Lagasnerie nous propose d'imaginer l'amitié comme un socle pour réinventer les relations sociales en général. Et si c'était ça, la radicalité ?

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Je connaissais Geoffroy de Lagasnerie pour l'avoir déjà vu ou lu dans certains médias, mais je n'ai pas encore lu un de ses ouvrages. Je le connaissais également comme ami de Didier Eribon et d'Edouard Louis, et c'est d'ailleurs cette amitié qui sert de point de départ à son dernier livre publié 3. Une aspiration au dehors dont je l'ai entendu parler dans un entretien récent sur Blast et qui m'a donné envie de découvrir enfin ses textes. Mais avant de lire son dernier ouvrage, j'ai eu envie de plonger dans celui-ci, Sortir de notre impuissance politique, publié en 2020 chez Fayard.

Parce que, depuis plusieurs décennies maintenant, la gauche ne cesse de stagner, de régresser, de perdre les combats qu'elle engage, il est nécessaire d'interroger nos stratégies, nos modes de pensée et nos manières de lutter. A quelles conditions les forces progressistes peuvent-elles redevenir puissantes politiquement ?

Il s'agit d'un court essai sur 92 pages consacré à nos modes d'action militants et politiques. La forme peut d'abord surprendre : l'auteur présente son texte comme une sorte de conférence écrite ; concrètement, l'ouvrage se présente sous la forme de 74 points numérotés, chaque point étant composés d'un ou plusieurs paragraphes autour de la même idée. En avançant dans la lecture, on se rend pourtant compte que les points successifs regroupent des thématiques similaires et que le livre aurait pu être découpé en 4 ou 5 chapitres plus classiques.

Hormis ce bémol pas très grave sur la forme, j'ai été séduit par le propos. Je ne dirais pas que j'adhère totalement à toutes les idées développées ici par Geoffroy de Lagasnerie, mais il nourrit en tout cas une réelle réflexion que je vais probablement poursuivre après cette lecture. Je pourrais recommander la lecture de ce livre à tout militant qui s'interroge sur ses modes d'action et leur efficacité, pas forcément pour prendre tout au pied de la lettre, mais pour réfléchir et ouvrir des pistes.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Que faire pour changer notre société ? Exemples et propositions d'hier et d'aujourd'hui pour repenser travail, propriété et démocratie.

Il n'y a pas d'alternative, nous a-t-on répété, depuis des décennies. Bien sûr que si... Bien sûr que nous pouvons imaginer autre chose que cette société fondée sur la compétition, l'évaluation et la rentabilité ; autre chose que ce système qui nous dépossède de nos ressources et de nos choix, de notre travail et de la démocratie même ; autre chose que cette violence sociale, politique et environnementale, saccageant le vivant au point de forger une urgence dramatique inouïe.

Ce livre est non seulement porteur d'espoirs mais de projets concrets, fondés sur la solidarité, la coopération et la démocratie vraie. Ludivine Bantigny puise aux expériences du passé et du présent, s'appuie sur une longue histoire des luttes et des réalisations libératrices. Évidemment, il n'y a là ni baguette magique, ni solutions toutes faites. Mais cet ouvrage dessine des perspectives émancipatrices tangibles et renoue ainsi avec des propositions stratégiques pour un avenir enviable et un monde désirable.

Ludivine Bantigny est une historienne qui n'hésite pas à s'engager dans le débat public. J'ai toujours apprécié ses interventions, que ce soit dans des podcasts, à la radio ou dans des entretiens dans des médias indépendants. Elle y déploie à la fois la vision d'une historienne sur les mouvements sociaux et révolutionnaires et ses propres idées de citoyenne, idéologiquement proche de la gauche radicale et notamment de Frédéric Lordon.

On retrouve ce double prisme, historique et engagé, dans ce court ouvrage d'une petite centaine de pages. L'autrice tente de réponse à une question à la fois simple et large : que pouvons-nous – que devons-nous ? – faire aujourd'hui pour lutter contre le capitalisme et surtout pour imaginer et construire un autre modèle de vie en société.

Les chapitres sont courts, le propos est limpide, illustré par des exemples concrets issus du passé ou du présent. Sans surprise, je me suis totalement retrouvé dans les idées défendues par l'autrice. Plutôt qu'un manuel pratique, Ludivine Bantigny ouvre des portes, rappelle ce qui a existé, montre ce qui existe déjà, et nous appelle à imaginer ce qui pourrait exister demain.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Affinités révolutionnaires – Nos étoiles rouges et noires est un essai politique co-écrit par Olivier Besancenot et Michael Löwy et publié en 2014 aux Editions Mille et une Nuits (Fayard). J’en ai entendu parler dans un autre essai lu récemment, j’avais été séduit par une citation de cet ouvrage et le résumé consulté par ailleurs m’a convaincu :

L’histoire du mouvement ouvrier raconte en détail les désaccords, les conflits et les affrontements entre marxistes et anarchistes, jamais les véritables alliances et des solidarités agissantes entre ces deux mouvements.

Olivier Besancenot et Michael Löwy ont choisi d’éclairer ce versant ignoré, souvent délibérément, qui révèle la fraternité de leurs combats depuis la Commune de Paris jusqu’à nos jours – sans toutefois omettre leurs sanglants affrontements. Solidarités, convergences, et oppositions politiques sont passées au tamis de l’histoire par le portrait de grandes figures (Louise Michel, le Sous-commandant Marcos, Walter Benjamin, André Breton, Daniel Guérin) et la discussion autour des sujets qui divisent (la « prise du pouvoir », l’écosocialisme, la planification, le fédéralisme, la démocratie directe, le rapport syndicat/parti).

À l’occasion du 150e anniversaire de la fondation de la Première Internationale – cette Association révolutionnaire pluraliste qui a connu, au moins pendant ses premières années, des convergences significatives entre les deux courants de la gauche radicale –, l’objectif est de montrer que l’avenir sera rouge et noir : l’anti-capitalisme, le socialisme ou le communisme du XXIe siècle devront puiser à ces deux sources de radicalité.

Oscillant moi-même entre marxisme et anarchisme, sans savoir jamais où me situer entre ces deux courants mi-frères mi-antagonistes, j’étais intéressé par le projet affiché par ce livre.

Les deux co-auteurs déclinent leur propos en 4 grandes parties dont voici un bref aperçu :

Convergences solidaires – La Ière Internationale et la Commune de Paris – Le 1er Mai et les martyrs de de Chicago – Le syndicalisme révolutionnaire et la charte d'Amiens – La révolution espagnole – Mai 68 – De l'altermondialisme aux Indignés – Quelques portraits

Convergences et conflits – La révolution russe – Retour sur la tragédie de Kronstadt – Makhno : rouges et noirs en Ukraine

Quelques penseurs marxistes libertaires – Walter Benjamin – André Breton – Daniel Guérin

Questions politiques – Individu et collectif – Faire la révolution sans prendre le pouvoir ? – Autonomie et fédéralisme – Planification démocratique et autogestion – Démocratie directe et démocratie représentative – Syndicat et parti – Ecosocialisme et écologie libertaire

Les deux auteurs commencent par repartir des convergences, réelles, et des divergences, souvent tragiques, entre les “rouges” et les “noirs” depuis le XIXe siècle puis entrent dans le fond des débats, en se positionnant chaque fois clairement. Tout au long du livre, il appellent à un dépassement des désaccords passés et présents pour construire de nouvelles solidarités idéologiques et militantes entre les “frères ennemis” du mouvement révolutionnaire.

Le texte est clair, engagé et plaisant à lire. Je me suis reconnu dans plusieurs propos tenus par les deux co-auteurs, tout en m’en démarquant à plusieurs reprises. C’est toujours intéressant de toute façon, et je serais bien malheureux de lire un essai qui me dise ce que je pense déjà sans enrichir ma propre réflexion.

Si je devais émettre un bémol, c’est sur le choix des points de vue proposés dans cet ouvrage. Les deux auteurs se revendiquent marxistes, ce n'est pas un problème en soi car nous savons d'où ils parlent, ils ne s'en cachent pas : le lecteur connait leur « point de vue » (au sens propre et figuré). Par contre, je ne peux pas m'empêcher de penser que le projet du livre aurait été mieux servi par un dialogue entre un marxiste et un libertaire, pour confronter deux visions et enrichir la réflexion de chacun. Ainsi, la quatrième partie éclairant les débats entre marxistes et libertaires aurait gagné à confronter (pacifiquement et intellectuellement) les arguments marxistes et libertaires, y compris pour constater parfois des accords sincères ou de profonds désaccords. A la place, nous avons finalement une unique point de vue, ou deux très proches, clairement d’inspiration trotskiste. Le lecteur est prévenu, il n’est pas pris en traitre et ne peut pas vraiment s’en plaindre, mais je me dis que l’éditeur est peut-être passé à côté d’une occasion de faire dialoguer deux points de vue un peu plus éloignés.

La conclusion est un appel à se réapproprier ou à réinventer un marxisme libertaire à travers des luttes communes et une société à imaginer et à construire ensemble. Je ne peux évidemment qu’y souscrire.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Terra Humanis est un roman de science-fiction de Fabien Cerutti, publié en juin 2023 aux Editions Mémos. Le résumé nous promet un récit entre fiction climatique et utopie écologique :

Dans un futur proche, une femme entourée d’un groupe d’amis fidèles s’engage à mettre en œuvre les changements nécessaires qui sauveront le XXIe siècle.

Par son destin hors du commun, parviendra-t-elle à conduire l’humanité vers une voie heureuse, loin des années dystopiques qui s’annoncent ?

Le roman est construit avec de courts chapitres où on passe d'une période à une autre, avec des allers-retours entre les décennies du XXIe siècle. Ce n'est pas désagréable et cela se lit bien car c'est construit intelligemment, on est souvent dépaysés mais jamais totalement perdus.

Je dois dire que j’étais assez partagé au moment de refermer ce roman. Le début et le coeur du roman, disons les trois premiers quarts, m’ont semblé d’une naïveté confondante. Tout le récit repose sur un petit groupe de personnes, évidemment bien éduquées ; car heureusement le petit peuple, ignare et dangereux, est guidé par des personnes bien nées, dont le couple formé par Rebecca et Luc que nous suivrons tout au long du roman.

J’ai eu du mal à croire aux succès de ce groupe qui souhaite combattre le réchauffement climatique avec des moyens d’envergure. Je pense que le coeur de mon problème avec ce roman est dans la vision de l’écologie qu’il véhicule : « apolitique » et incapable de lutter à la racine du problème, c’est-à-dire le modèle capitaliste. On se retrouve avec une ribambelle de bonnes intentions qui, à mon sens, ne sont pas crédibles et passent complètement à côté des enjeux. Passons rapidement sur l’opposition grossière entre les gentils écologistes conciliants avec le capitalisme et les méchants éco-terroristes violents et radicaux …

Tout est résumé dans ce passage :

Le propos sera de condamner avec la plus grande fermeté la brutalité mais aussi de montrer que les motivations des débordements sont compréhensibles. Et que ce type d'événements risque de se répéter. Il est capital de dédouaner Terra Humanis de toute responsabilité dans cette révolte. La colère n'excuse jamais la violence.

On reconnaît ici l'idéologie dominante, par la voix de nantis qui condamnent la violence tout en passant sous silence la violence sociale qu'ils n'ont jamais connue. J’ai parlé de naïveté tout à l’heure, mais je devrais plutôt parler d’aveuglement coupable.

J’ai conscience que l’avis que je donne ici sur ce roman se base avant tout sur mes propres opinions politiques, mais je pense que les fictions ont une responsabilité d’éveil et d’émancipation. Je comprends qu’un auteur de science-fiction puisse se reconnaître dans l’écologie gentillette à la sauce Jean-Marc Jancovici et Hugo Clément (qui sont d’ailleurs cités dans la bibliographie) mais j’ai du mal à me passionner pour une fiction qui véhicule cette idéologie.

Je dois tout de même avouer que le dernier quart m'a semblé bien meilleur, avec un rebondissement dont je vais éviter d'en dire trop pour vous laisser la surprise. Il conclut en tout cas de façon plus intéressante un roman qui m’aura globalement déçu.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Moon Rising est le dernier tome de la trilogie de science-fiction Luna de l’écrivain britannique Ian McDonald. Comme la quatrième de couverture l’indique, l’heure de l’explication finale est venue :

A hundred years in the future, a war wages between the Five Dragons—five families that control the Moon’s leading industrial companies. Each clan does everything in their power to claw their way to the top of the food chain—marriages of convenience, corporate espionage, kidnapping, and mass assassinations.

Through ingenious political manipulation and sheer force of will, Lucas Cortas rises from the ashes of corporate defeat and seizes control of the Moon. The only person who can stop him is a brilliant lunar lawyer, his sister, Ariel.

Witness the Dragons' final battle for absolute sovereignty in Ian McDonald's heart-stopping finale to the Luna trilogy.

Le récit poursuit dans la lancée du tome précédent. La lutte pour le contrôle de la Lune se poursuit mais les lignes bougent une fois de plus : les grandes puissances étatiques et capitalistes de la Terre veulent prendre le contrôle de la Lune, alors que les Dragons, anciens rivaux pour le contrôle économique de la Lune, sont désormais tentés de s’allier pour contrer l’influence terrestre et envisagent l’indépendance de la Lune.

Sur la forme, là où les deux premiers tomes qui étaient composés d'une dizaine de longs chapitres, celui-ci comprend 26 chapitres plus courts. Cela contribue peut-être à accéder encore le rythme, pourtant déjà intense depuis le début de la trilogie. Les deux premiers tomes ne manquaient pas de rebondissements mais l’auteur pousse le curseur encore plus loin pour ce dernier volume. Cela part même dans tous les sens, au point que j'aurais du mal aujourd’hui à résumer tout ce qui s’y passe.

Quoiqu’il en soit, cette conclusion de la trilogie est à la hauteur de ce qui a précédé. J’ai lu ce troisième tome avec beaucoup de plaisir, entrainé par le récit haletant et toujours séduit par les personnages. Le début de la trilogie était riche en promesses, et l’auteur les a toutes tenues. C’est à mes yeux de la très bonne science-fiction, dépaysante et divertissante. Je suis ravi d’avoir découvert cette trilogie et d’avoir visité la Lune de Ian McDonald le temps de quelques semaines, en compagnie de la famille Corta et de ses alliés et ennemis.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Wolf Moon est le deuxième tome de la trilogie de science-fiction Luna de l’écrivain britannique Ian McDonald. La quatrième de couverture promettait les mêmes ingrédients qui m’avaient plu dans le premier volume :

A Dragon is dead.

Corta Helio, one of the five family corporations that rule the Moon, has fallen. Its riches are divided up among its many enemies, its survivors scattered. Eighteen months have passed .

The remaining Helio children, Lucasinho and Luna, are under the protection of the powerful Asamoahs, while Robson, still reeling from witnessing his parent’s violent deaths, is now a ward—virtually a hostage— of Mackenzie Metals. And the last appointed heir, Lucas, has vanished of the surface of the moon.

Only Lady Sun, dowager of Taiyang, suspects that Lucas Corta is not dead, and more to the point—that he is still a major player in the game. After all, Lucas always was the Schemer, and even in death, he would go to any lengths to take back everything and build a new Corta Helio, more powerful than before. But Corta Helio needs allies, and to find them, the fleeing son undertakes an audacious, impossible journey—to Earth.

In an unstable lunar environment, the shifting loyalties and political machinations of each family reach the zenith of their most fertile plots as outright war erupts.

Le récit reprend dix-huit mois après la fin du premier volume ; les survivants de la famille Corta sont séparés, exilés ou cachés :

  • Lucas, présumé mort par sa famille et ses ennemis, s’est réfugié in-extremis dans un vaisseau qui fait l'aller-retour entre la Terre et la Lune et cherche à rejoindre la Terre, au péril de sa vie, pour assouvir sa vengeance contre ceux qui ont provoqué la chute de sa famile
  • Ariel, protégée par Marina dans les hauteurs de Meridian, tente de sauver sa carrière d'avocate à succès tout en navigant dans les hautes sphères politiques
  • Wagner, le fils maudit, est réduit à travailler à la surface comme mercenaire au service des Sun
  • Robson, le fils orphelin de Rafa, a treize ans et a été récupéré par les Mackenzie, la famille de sa mère
  • Lucashino, désormais âgé de dix-neuf ans mais toujours aussi immature, est en exil à Twé, protégé par les Asamoahs, la famille de sa petite amie Abena

Ce deuxième volume est dans la lignée du premier, avec des intrigues, des complots, des histoires de famille, et de l’action spectaculaire. Les lignes bougent, les alliés d’hier peuvent devenir les ennemis de demain, au gré des surprises, des retournements de situation et des trahisons qui s’enchainent tout au long du roman. Par rapport au premier tome, le récit est un moins centré sur les Corta, nous découvrons un peu plus les entrailles des familles MacKenzie et Sun.

Il n’y a toutefois pas que des histoires de vengeance et de complots, l’auteur nous offre également des moments très forts dans d’autres registres. J’ai notamment été très marqué par le chapitre qui raconte le voyage de Lucas vers la Terre, avec tout l'entraînement indispensable et la souffrance que son corps, né sur la Lune, subit sous la gravité terrestre. J’ai également beaucoup aimé la relation entre Robson et son oncle Wagner, où comment deux solitaires se retrouvent et se lient tant bien que mal.

Globalement, j’ai beaucoup aimé ce deuxième volume, je crois même l’avoir lu un peu plus vite que le premier, tant j’ai été emporté par le récit haletant et finement écrit. Je vais évidemment enchainer directement avec le troisième et dernier tome, impatient de découvrir la conclusion de cette trilogie.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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