Zéro Janvier

Chroniques d'un terrien en détresse – Le blog personnel de Zéro Janvier

Je viens de lire Les transclasses ou la non-reproduction, l’ouvrage de Chantal Jaquet publié en 2014 qui m’a beaucoup plu, et j’ai donc décidé d’enchainer directement avec cet autre ouvrage qu’elle a co-dirigé avec Gérard Bras et qui donne la parole à plusieurs transclasses pour apporter leur témoignage ou apporter un éclairage sur le concept de transclasse.

L’introduction est signée par Chantal Jaquet, qui explique l'ambition du colloque à l'origine du livre et de l'ouvrage lui-même. Suivent dix chapitres par dix auteurs différents, répartis en trois grandes parties thématiques.

1ère partie : Transclasses dans l'histoire** 

Chapitre 1 – “Monter et rester peuple, les leçons de Michelet” de Gérard Bras : il s’agit d’un texte passionnant sur le peuple décrit par l’historien Jules Michelet, lui-même transclasse à une époque où le terme n’existait pas.

Chapitre 2 – “L'aristocratie du bien dieu, portrait du pur littérateur en déclassé volontaire” de Ronan de Calan : un texte qui m’a malheureusement ennuyé, sur l’art pour l’art et la figure de l’artiste déclassé volontaire avant et après 1848.

Chapitre 3 – “Déplacements ou déracinement ? Du boursier hoggartien aux migrants de classe contemporains” de Paul Pasquali : l’auteur nous restitue une synthèse de son travail de longue haleine sur les classes préparatoires aux grandes écoles pour élèves issus de ZEP : très intéressant !

2ème partie : Histoires de transclasses** 

Chapitre 1 – “Élargir le cercle” de Martine Sonnet : en forme de témoignage personnel et familial de l'historienne Martine Sonnet, un texte à la fois intéressant et touchant

Chapitre 2 – “Une honte : effets de seuil” de Patricia Janody : l’autrice nous parle de la honte mais le propos est trop psychanalytique à mon goût, parfois obscur et ne m’a globalement pas convaincu

Chapitre 3 – “Saint-Cloud d'en haut, Saint-Cloud d'en bas” de Jean-Louis Saporito : un joli témoignage de l'auteur sur son enfance à Saint-Cloud, où la frontière sociale se superpose à la frontière spatiale entre le “haut” et le “bas” de la ville

Chapitre 4 – “Sortir du bois” de Patrick Bourdet : là encore, un témoignage très touchant de l'auteur, enfant ayant grandi dans la misère la plus totale, littéralement dans une cabane dans les bois, et a vécu une ascension sociale d'ouvrier à PDG

3ème partie : Transclasses en questions** 

Chapitre 1 – “Transclasse dans un lieu transclasse, l'école normale d'instituteurs des années 1970, une expérience paradoxale” d’Annie Tardits : une réflexion sur l'éducation, l'école et la formation des instituteurs avant et après qu'ils ne deviennent des professeurs des écoles, malheureusement pas toujours claire pour lesnon-initié que je suis

Chapitre 2 – “Immigration et transclasse : langues et identités” de Soubattra Danasségarane : à travers son parcours à la fois de transclasse et d'émigrée de deuxième génération, l'autrice s'interroge sur le rapport aux langues (maternelle et d'adoption) et d'identité dans un texte que j’ai trouvé très intéressant

Chapitre 3 – “Plus d'une classe, la déconstruction d'une classe” de Vincent Houillon : un texte de philosophie qui m'a semblé très conceptuel, si j'ose dire, sur le concept de déconstruction et de classe, malheureusement trop obscur pour moi

Au moment de refermer cet ouvrage, le bilan est mitigé. Certains textes m’ont passionné voire touché, d’autres m’ont laissé totalement indifférent. L’ensemble est plutôt honorable et plaisant à lire, même s’il s’achève sur une mauvaise impression que un dernier texte qui est celui qui m’a le moins intéressé.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Dans cet essai paru en 2014, la philosophe Chantal Jaquet mobilise des ressources philosophiques, littéraires, sociologiques et psychologiques pour définir et analyser le concept de “transclasse”. Certains auteurs utilisent plutôt l'expression “transfuge de classe”, mais l'autrice explique très bien en quoi ce terme lui semble péjoratif et pourquoi elle lui préfère celui de “transclasse”.

Le propos est clair, bien structuré, même si certains passages utilisant des concepts philosophiques m'ont semblé un peu moins accessibles. Par contre, j'ai aimé l'utilisation des textes d'Annie Ernaux et de Didier Eribon, deux auteurs que j'apprécie beaucoup et dont j'ai lu avec plaisir certains de leurs ouvrages.

En un peu plus de 230 pages, Chantal Jacquet propose un essai à la fois synthétique et dense sur un concept qui m'intéresse particulièrement; et personnellement.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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J’avais aimé Un jour ce sera vide, le premier roman d'Hugo Linderberg, et j'étais assez impatient de découvrir celui-ci, d'autant que je l'avais entendu en parler dans un podcast et que cela n'avait fait que renforcer mon envie de relire cet auteur.

Malheureusement, si la plume est toujours aussi jolie, le récit m'a semblé confus et surtout, assez inintéressant. J'ai eu de mal à m'attacher au narrateur, à ses amis et à l'histoire de sa mère. Je comprends que le sujet puisse toucher personnellement l'auteur, mais je suis passé à côté de l'histoire.

Je retiens tout de même cette phrase qui m’a beaucoup touché :

Il faut beaucoup de courage pour être fou.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Je vous avais abandonné ici avec le quatrième roman du cycle de fantasy Malazan Book of the Fallen de Steven Erikson. Entre temps, j’ai pourtant avancé dans ma lecture des romans suivants de la saga, et je voulais tout de même revenir pour vous parler du dernier, The Crippled God, que je viens tout juste de terminer.

Après cette longue aventure commencée au coeur de l'été, je ne regrette pas ce voyage incroyable et mémorable. Le final est magistral et bouleversant.

Steven Erikson est un auteur de grand talent, qui sait nous prendre aux tripes avec des personnages terriblement attachants et des histoires à la fois épiques et humaines.

Je referme cette saga monumentale avec un sentiment de satisfaction : le temps passé à lire les dix pavés qui la compose en valait largement le coup. Il y a eu des hauts (beaucoup) et des bas (quelques uns, plus rares) mais l'ensemble est une réussite, une oeuvre magnifique, de la très grande fantasy, de la très grande littérature.

Je sais que j'aurai un jour envie de relire toute cette saga pour en redécouvrir certains aspects. J'ai aussi très envie de lire les différentes séries dérivées de celle-ci, que ce soit les récits parallèles des Novels of the Malazan Empire de Ian C. Esslemont ou les préquelles et séquelles proposées par l'un des deux auteurs. Ce ne sera pas pour tout de suite, car j'ai besoin de lire autre chose pendant quelque temps, mais je reviendrai visiter cet univers si riche.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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House of Chains est le quatrième roman du cycle de fantasy Malazan Book of the Fallen de Steven Erikson. Le récit prend la suite de celui du deuxième roman, Deadhouse Gates, sur le continent des Sept Cités où la rébellion fait rage contre l’occupant malazéen.

In Northern Genabackis, a raiding party of savage tribal warriors descends from the mountains into the southern flatlands. Their intention is to wreak havoc amongst the despised lowlanders, but for the one named Karsa Orlong it marks the beginning of what will prove to be an extraordinary destiny.

Some years later, it is the aftermath of the Chain of Dogs. Tavore, the Adjunct to the Empress, has arrived in the last remaining Malazan stronghold of Seven Cities. New to command, she must hone twelve thousand soldiers, mostly raw recruits but for a handful of veterans of Coltaine's legendary march, into a force capable of challenging the massed hordes of Sha'ik's Whirlwind who lie in wait in the heart of the Holy Desert.

But waiting is never easy. The seer's warlords are locked into a power struggle that threatens the very soul of the rebellion, while Sha'ik herself suffers, haunted by the knowledge of her nemesis: her own sister, Tavore.

Je l’ai dit, le récit poursuit celui du deuxième roman, mais en réalité il commence par une première longue partie qui peut sembler sans rapport avec ce qui précédait, puisqu’elle nous raconte les aventures de Karsa Orlong, un guerrier orgueilleux venu des montagnes au nord du continent de Genebackis. Le début est assez surprenant, d’autant que l’auteur nous avait habitué à multiplier les points de vue, alors que cette première partie se déroule uniquement à travers les yeux de Karsa Orlong. Cependant, cela a parfaitement fonctionné pour moi, et j’ai aimé détester ce personnage qui ne brille pas par sa sympathie et sa finesse au premier abord.

La suite nous replonge dans la rébellion des Sept Cités contre l’Empire malazéen, et nous avons le plaisir de suivre les deux camps de l’intérieur, à travers plusieurs personnages anciens ou nouveaux. J’ai beaucoup aimé passer d’un côté à l’autre, sans parvenir à prendre parti pour la rébellion ou pour l’empire, tant leurs causes sont défendues par des personnages plaisants et d’autres détestables. Quitte à suivre une guerre, autant qu’elle soit décrite de façon non manichéenne, ce que fait parfaitement Steven Erikson dans ce tome.

Ce que j’ai beaucoup aimé dans ce roman, c’est sa gestion du rythme. J’avais regretté dans le tome précédent, Memories of Ice, un ventre mou difficile à passer au milieu du roman, et je n’ai pas eu la même impression ici. C’est assez remarquable pour être signalé, s’agissant d’un pavé de plus de mille pages !

Je continue donc avec grand plaisir ma découverte de ce cycle de fantasy épique, et je vais aussitôt attaquer le cinquième tome, Midnight Tides.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Memories of Ice est le troisième roman du cycle de fantasy Malazan Book of the Fallen de Steven Erikson. Après un deuxième tome qui nous amenait sur un autre continent, le récit reprend ici la suite du premier roman, sur le continent de Genabackis :

The ravaged continent of Genabackis has given birth to a terrifying new the Pannion Domin.

Like a fanatical tide of corrupted blood, it seethes across the land, devouring all who fail to heed the Word of its elusive prophet, the Pannion Seer. In its path stands an uneasy Dujek Onearm's Host and the Bridgeburners ­ each now outlawed by the Empress ­ alongside their enemies of old including the grim forces of Warlord Caladan Brood, Anomander Rake, Son of Darkness, and his Tiste Andii, and the Rhivi people of the Plains.

But more ancient clans too are gathering. As if in answer to some primal summons, the massed ranks of the undead T'lan Imass have risen. For it would seem something altogether darker and more malign threatens the very substance of this world. The Warrens are poisoned and rumours abound of the Crippled God, now unchained and intent on a terrible revenge...

Il y a encore beaucoup de très bon dans ce troisième roman du cycle : des personnages forts et attachants, des intrigues complexes, un récit épique, le tout dans un univers très riche que l’on prend plaisir à découvrir progressivement.

Si je devais émettre un bémol, ce serait pour regretter un rythme un peu faible au milieu du roman, comme un ventre mou qui aurait gagné à être réduit. On suit parfois certains arcs narratifs en se demandant à quoi ils servent, avant de comprendre seulement à la fin à quoi ils servent dans l’ensemble du récit. Cela peut sembler malin à la fin, mais cela peut gêner un peu la lecture. C’est souvent le risque avec les gros pavés comme celui-ci, et c’est quelque chose qui pourrait me lasser si cela se reproduit dans les prochains tomes.

Cet inconvénient est tout de même largement effacé par le final, à la fois épique et émouvant. Ce qui est impressionnant, c’est de se dire qu’on a déjà assisté à des événements impressionnants et des révélations importantes, mais que nous n’en sommes qu’au premier tiers du cycle. Je me demande où Steven Erikson va nous amener, en espérant que le chemin conserve les éléments les plus réussis et sache éviter les quelques baisses de rythme aperçues dans ce tome.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Deadhouse Gates est le deuxième roman du cycle Malazan Book of the Fallen de Steven Erikson. S’il est peut-être un petit cran en-deçà du premier, il n’en reste pas moins un excellent roman de fantasy épique, servi par des personnages mémorables dans un univers d'une richesse impressionnante.

Weakened by events in Darujhistan, the Malazan Empire teeters on the brink of anarchy. In the vast dominion of Seven Cities, in the Holy Desert Raraku, the seer Sha'ik gathers an army around her in preparation for the long-prophesied uprising named the Whirlwind. Unprecedented in its size and savagery, it will embroil in one of the bloodiest conflicts it has ever known: a maelstrom of fanaticism and bloodlust that will shape destinies and give birth to legends...

In the Otataral mines, Felisin, youngest daughter of the disgraced House of Paran, dreams of revenge against the sister who sentenced her to a life of slavery. Escape leads her to raraku, where her soul will be reborn and her future made clear.

The now-outlawed Bridgeburners, Fiddler and the assassin Kalam, have vowed to return the once god-possessed Apsalar to her homeland, and to confront and kill the Empress Laseen, but events will overtake them too.

Meanwhile, Coltaine, the charismatic commander of the Malaz 7th Army, will lead his battered, war-weary troops in a last, valient running battle to save the lives of thirty thousand refugees and, in so doing, secure an illustrious place in the Empire's chequered history.

And into this blighted land come two ancient wanderers, Mappo and his half-Jaghut companion Icarium, bearers of a devastating secret that threatens to break free of its chains...

Le premier tome m'avait déjà habitué à la multitude de personnages mis en scène par Steven Erikson, mais celui-ci va encore plus loin. Pas forcément par le nombre de personnages, mais par le fait qu'ils sont disséminés d'un bout d'un continent à l'autre, sans qu'on perçoive tout d'abord les liens entre les différentes intrigues. La convergence finit par se faire, mais elle est moins directe et moins évidente que dans le roman précédent, où toutes les intrigues tournaient assez clairement autour des mêmes enjeux. Au milieu de ce long pavé, j'ai parfois été perdu, mais les derniers chapitres m'ont laissé une très forte impression.

J’ai hâte d’attaquer le troisième tome, Memories of Ice, d’autant qu’il parait que c’est l’un des meilleurs du cycle.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Gardens of the Moon est le premier roman du cycle de fantasy Malazan Book of the Fallen de Steven Erickson, publié pour la première fois en 1999.

Bled dry by interminable warfare, infighting and bloody confrontations with Lord Anomander Rake and his Tiste Andii, the vast, sprawling Malazan empire simmers with discontent.

Even its imperial legions yearn for some respite. For Sergeant Whiskeyjack and his Bridgeburners and for Tattersail, sole surviving sorceress of the Second Legion, the aftermath of the siege of Pale should have been a time to mourn the dead.

But Darujhistan, last of the Free Cities of Genabackis, still holds out – and Empress Lasseen's ambition knows no bounds.

However, it seems the empire is not alone in this great game. Sinister forces gather as the gods themselves prepare to play their hand...

On m'avait prévenu que le début peut être ardu, et l'auteur lui-même reconnait dans sa préface que le premier tiers du premier roman est un juge de paix : soit le lecteur continue, soit il abandonne. Dans mon cas, j’ai continué avec plaisir !

Le récapitulatif des personnages et le glossaire ne sont pas de trop, mais j'ai trouvé cela passionnant dès les premières pages. L'univers est complexe, et on devine qu'on n'en perçoit qu'une partie. Le récit est dense et met en scène une multitude de personnages tous intéressants, chose rare me concernant dans un roman polyphonique.

Je ne pourrais pas résumer ici tout ce qui se déroule dans ce gros roman de plus de 700 pages, mais l’auteur nous propose un récit épique et captivant autour d’une guerre de conquête d’un empire qui tente de s’étendre sur un nouveau continent. Evidemment, tout le monde n’est pas prêt à se soumettre à l’armée colonisatrice.

Il m’a fallu environ une semaine pour avaler ce pavé, mais j’ai adoré du début à la fin et je suis déjà prêt à repartir à la découverte de l’univers de Steven Erikson avec le deuxième tome de cette saga.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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La bataille de la Sécu est un essai de Nicolas Da Silva, publié en 2022 par les éditions La fabrique. L'auteur, maître de conférences en sciences économiques, se fait ici historien pour retracer l'évolution du système de santé en France, de la Révolution jusqu’à aujourd’hui (le dernier chapitre revient sur la pandémie de Covid-19).

Cette histoire voit s’affronter deux modèles de protection sociale : l'Etat social d'une part, et la Sociale d'autre part. La quatrième de couverture en donne un parfait résumé :

L’invention du régime général de sécurité sociale en 1946 n’a pas été le fait d’un consensus national inédit comme on l’entend souvent, mais le produit d’une histoire longue et conflictuelle dont La bataille de la Sécu offre un panorama.

Si la Révolution française pose comme jamais auparavant la question de l’intervention de l’État dans le domaine de la santé, elle ne conduit pas à un bouleversement des institutions du soin pourtant rendu nécessaire par le développement du capitalisme. Les premières réponses viennent au XIXe siècle des travailleurs qui organisent dans les mutuelles la solidarité. L’État n’intervient que modérément dans un souci de maintien de l’ordre social jusqu’à ce qu’il entraîne la population dans l’enfer des guerres mondiales, s’obligeant à investir massivement dans les soins.

Deux logiques antagoniques s’affrontent en 1946 qui éclairent les évolutions du système de santé en France jusqu’à aujourd’hui : à la « Sociale », fondée sur l’auto-gouvernement du système de santé par les intéressés eux-mêmes, s’oppose « l’État social », né de la « guerre totale », qui fait de la protection sociale un instrument de contrôle de la population. L’étatisation de la sécurité sociale qui est à l’agenda des classes dirigeantes dès 1946 en a subverti le principe de solidarité, ouvrant la voie à un capitalisme sanitaire dont on ne cesse de constater les dégâts. La pandémie a mis en lumière l’absurdité de ces évolutions et l’impérieuse nécessité de reprendre le pouvoir sur la Sécu.

Après une préface de Bernard Friot, toujours brillant et convaincant mais qui a tendance ici à résumer le propos de l’auteur plutôt qu’à le contextualiser, l’auteur attaque le coeur de son récit et de sa démonstration avec une introduction suivie de 8 chapitres, le tout en un peu moins de 300 pages, notes comprises. Je ne vais pas les résumer ici, je vais me contenter de vous en citer les titres, suffisamment explicites pour suivre à la fois le récit chronologique et le raisonnement porté par l’ouvrage :

  1. Du féodalisme au capitalisme : le renouvellement des institutions du soin
  2. La mutualité : de la subversion à l’intégration au capitalisme
  3. La guerre totale comme fondement de l’État social
  4. La résistance à l’État et au capital comme fondement de la Sociale
  5. La réappropriation du régime général par l’État social
  6. Quand l’État social impose sa conception de la sécurité sociale
  7. Le développement du capital dans le système de soin
  8. La pandémie de Covid-19 comme accélérateur du capitalisme sanitaire

L’exposé de Nicolas Da Silva est brillant, passionnant, et convaincant. La seconde partie, après la fondation de la Sécurité sociale en 1946, est parfois déprimante ou peut mettre en colère. On a l’impression d’être face à un rouleau compresseur qui casse tout ce qu’on a construit de ‘beau’ et de ‘bien’ et contre lequel nous semblons impuissants. J’en ai retenu deux citations, parmi tant d’autres.

La première citation résume l’attitude des classes dominantes :

Il faut réduire l’influence ouvrière, qui a la désagréable caractéristique d’être souvent communiste. Pour reprendre la formule de Gramsci, il faut apprivoiser le gorille – c’est-à-dire mater la rébellion des classes populaires pour qu’elles acceptent la marche en avant du capitalisme et renoncent à changer la vie.

La seconde définit le concept de capitalisme politique, dont l’auteur démontre qu’il s’applique parfaitement au système de santé en France au cours de la seconde partie du XXe siècle, quand l’Etat reprend progressivement la main sur la Sécurité sociale :

Le capitalisme politique est un phénomène qui se distingue à la fois du capitalisme concurrentiel et de l'administration étatique. Selon cette approche, l'État n'est pas le reflet des luttes politiques de divers groupes aux intérêts opposés, il participe d'une synthèse entre élites politiques et économiques. Les élites politiques utilisent leur pouvoir pour maintenir la prédominance des élites économiques et inversement.

La fusion des élites politiques et économiques permet d'assurer la stabilité, la prédictibilité et la sécurité des activités économiques. La stabilité provient de la suppression des luttes concurrentielles et des fluctuations économiques. La prédictibilité renvoie à la capacité de planifier l'action économique grâce à la certitude de la stabilité du cadre politique. La sécurité représente la certitude de ne pas souffrir d'attaques provenant de processus politiques démocratiques (comme par exemple la remise en cause de monopoles ou la volonté de socialiser les moyens de production).

Le capitalisme politique relève bien plus de la collusion que de la capture ou de la corruption. Le fait important n'est pas que les élites économiques achètent le soutien des élites politiques en les finançant mais que, fondamentalement, elles sont d'accord sur l'impératif du statu-quo. Il s'agit avant tout de se prémunir d'outsiders économiques et politiques qui pourraient souhaiter modifier les règles du jeu et, en conséquence, modifier l'équilibre de la société. 

Enfin, je ne peux pas m’empêcher de vous laisser avec quelques mots de la conclusion, à la fois puissants et mobilisateurs :

Qu'est-ce que la bataille de la Sécu ? Deux choses, principalement.

D'une part, la bataille de la Sécu est aujourd'hui une bataille pour la reconnaissance de l'histoire. Il faut se battre pour rappeler qu'il existe deux formes historiques de protection sociale publique : la Sociale et l'État social. La Sociale est une protection sociale portée par les individus eux-mêmes, l'État social est une protection sociale portée par l'État. Cette distinction n'est pas cosmétique. Le pouvoir sur la protection sociale change tout du point de vue de la politique de santé. Lorsque les intéressés prennent le contrôle, ils peuvent détruire le paternalisme social et construire un monde en dehors de la domination capitaliste. Aussi, l'histoire contradictoire de la protection sociale publique s'inscrit dans l'opposition entre gouvernement représentatif et démocratie.

D'une part, la bataille de la Sécu est tout sauf une métaphore. En France, la protection sociale publique est née dans le conflit. Tandis que les révolutions et la résistance à l'État donnent naissance à la Sociale, la guerre totale enfance l'État social. Les grands moments de la protection sociale publique sont intimement liés au conflit. Celui-ci produit de nouvelles institutions beaucoup plus que le débat parlementaire ou que l'empathie suscitée par l'évidente pauvreté dans laquelle vivent des millions de gens.

(…)

Un livre à dimension historique n'a pas vocation à dire l'avenir. Il peut seulement analyser le passé pour essayer d'en donner des clés de compréhension. Les pages qui précèdent invitent à relancer la bataille de la Sécu en reprenant le combat pour une sécurité sociale auto-organisée contre le capital et contre l'État. Le moment est venu d'embrasser à nouveau l'idéal de la Sociale.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Ne me sentant pas capable, ou suffisamment motivé, pour lire Le Capital de Karl Marx, et ayant découvert récemment l'existence de cet Abrégé du Capital de Karl Marx du militant communiste libertaire italien Carlo Cafiero, je me suis décidé à lire ce “résumé populaire” publié pour la première en italien en 1878 et dont on doit la traduction en français en 1910 à un autre militant anarchiste, le franco-suisse James Guillaume.

Destiné à un large public, écrit dans un style débarrassé de l'appareil scientifique qui rend parfois ardue l'oeuvre originale, l'Abrégé du Capital fut considéré par Marx à l'époque comme «un très bon résumé populaire de sa théorie de la plus-value». Cet opuscule, élaboré en prison, nous renvoie aussi à la vie tourmentée de son rédacteur, Carlo Cafiero, militant anarchiste.

En moins de 80 pages, Carlo Cafiero propose un résumé accessible du volume I du Capital (le seul achevé par Karl Marx de son vivant), centré sur les notions de travail, de salaire, de plus-value, et d'accumulation de capital. Dans sa préface, l'auteur indique vouloir vulgariser l'oeuvre de Karl Marx, difficilement accessible à ceux qui en auraient pourtant le plus l'utilité. Je dois dire que le résultat est à la hauteur : le propos est clair, synthétique et compréhensible au novice que je suis en économie.

Je pourrais conseiller cet ouvrage, pourtant ancien, à ceux qui comme moi s'intéressent aux travaux théoriques de Karl Marx sans oser s'y frotter de près, de peur d'y être perdu.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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