Zéro Janvier

Chroniques d'un terrien en détresse – Le blog personnel de Zéro Janvier

Je lis très peu de polars, il faut vraiment qu'un polar sorte de l'ordinaire pour dépasser le peu d'intérêt que je porte habituellement à ce genre. Les critiques semblaient dire que ce roman de Jurica Pavičić sortait de l'ordinaire, et je suis heureux de dire que c'est le cas.

Tout commence en septembre 1989, dans un petit village de la côte croate, dans ce qui est encore la Yougoslavie. Silva, une adolescente de dix-sept ans, se rend un samedi soir à une fête de pêcheurs. Le lendemain matin, sa chambre est vide, la jeune femme n'est pas rentrée. Après quelques heures, l'inquiétude grandit et sa famille doit se rendre à l'évidence : Silva a disparu. C'est le début d'une longue épreuve pour ses parents et pour Mate, son frère jumeau.

Les premiers chapitres nous racontant cette disparition et l'enquête menée pour tenter de retrouver Silva, en vain. Les années passent, et le récit devient celui des individus marqués par la disparition de la jeune femme mais aussi d'une Yougoslavie en pleine guerre civile, puis en reconstruction, avant que le tourisme de masse ne vienne envahir la côte croate.

L'intrigue policière elle-même est intéressante et bien menée, elle donne clairement envie de tourner les pages et de découvrir la conclusion, mais je crois que l'essentiel n'est pas là dans ce livre. Comme souvent dans les polars, c'est aussi un roman sur l'humain et la société, mais c'est aussi ici un roman sur l'Histoire yougoslave et croate, sur les transformations vécues par un territoire et un pays. De la Yougoslavie communiste à la Croatie touristique, nous assistons, à travers l'histoire de Silva et ses proches, à deux décennies d'Histoire. Un tour de force, pour un roman magistral.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Anthony Passeron signe un premier roman très réussi qui touche au splendide. Il aborde l'apparition du VIH et du SIDA dans les années 1980 sous un angle un peu différent de ce que j'avais eu l'occasion de lire jusque là, en décentrant un peu le point de vue.

En effet, le roman alterne habilement deux récits parallèles. Il relate d'une part l'apparition du VIH et du SIDA dans une famille de la petite bourgeoisie provinciale, près de Nice. Il s'agit de la famille de l'auteur, dans laquelle on ne parle plus de cet oncle victime du virus meurtrier dans les années 80. D'autre part, il retrace la lutte contre la maladie dans le milieu hospitalier et de la recherche médicale, en France et aux Etats-Unis.

Le regard que porte l'auteur sur ces deux récits est profondément humain. Ce n'est pas une surprise quand il aborde sa propre famille, mais on retrouve cette approche humaine quand il nous parle des médecins et des chercheurs engagés dans la lutte contre la maladie, sans oublier les malades anonymes.

Du côté du corps médical, on ressent parfaitement la sidération des débuts, l'engagement et l'empathie de certains, l'indifférence voire le mépris d'autres, la peur et la panique face à des malades trop souvent traités comme des pestiférés.

Dans la famille de l'auteur et dans le petit monde qui l'entoure, il y a la gêne, la honte, la peur. D'abord la peur du qu'en-dira-t-on, dans ce village où tout se sait et où la famille avait construit une réputation de petits commerçants irréprochables. Ensuite, la peur face à la mort du fils que l'on aime “malgré tout”, malgré la drogue et la maladie.

C'est un très beau roman de lutte et d'amour, un bel hommage aux médecins, aux chercheurs, aux malades, aux victimes, et à leurs familles. C'est aussi un appel à la parole, contre la honte et le silence qui entourent encore trop de familles endeuillées.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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François Jarrige, historien des techniques et de l'industrialisation, propose dans ce livre une histoire des critiques et des résistances aux techniques et à la technologie.

Après un rapide rappel des premières contestations avant l'ère industrielle, l'auteur découpe son essai en trois grandes périodes : l'invention de l'industrialisme au XIXe siècle ; l'âge des machines dans l'entre-deux-guerres ; modernisations et catastrophes depuis le Seconde Guerre Mondiale. Au sein de chacune de ces grandes périodes, des chapitres à la fois chronologiques et thématiques dressent un panorama richement documenté des critiques et des résistances au “progrès” technique, sous diverses formes : bris de machines, actions syndicales, réflexions d'intellectuels, oeuvres culturelles, etc.

Le texte est très dense mais passionnant du début à la fin. On suit aisément le propos de l'auteur, qu'il illustre avec de nombreux exemples et des citations remises dans leur contexte. Un gros et vrai travail d'historien, autant que je puisse en juger.

Le livre amène en tout cas à réfléchir à notre rapport à la technologie et à ce progrès présenté souvent comme inéluctable alors qu'il n'est le fruit que d'un modèle capitaliste industriel dominant et du renoncement à d'autres alternatives. Au moment d'affronter une crise écologique qui remet en cause notre mode de vie et notre survie, ce livre m'apparait comme un outil qui nous invite à imaginer une autre approche de la technique et à travers elle d'autres modèles de société.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Je propose ici en une seule fois mes critiques des quatre romans de Ken MacLeod qui forment son cycle The Fall Revolution.

1. The Star Fraction (Ken MacLeod)

J’avais entendu parler de ce roman, et du cycle auquel il appartient, en me renseignant sur des œuvres de science-fiction où des modèles politiques alternatifs sont explorés.

C’est bien le cas ici avec Ken MacLeod qui imagine un futur relativement proche où le Royaume-Uni a éclaté après une guerre européenne ; après une brève République, le Royaume a été restauré mais ne contrôle plus tout le territoire ; des enclaves plus ou moins indépendantes expérimentent des modèles de société alternatifs : écologistes, socialistes, féministes, religieux, etc.

Le cadre imaginé par l’auteur m’a beaucoup plu. Les trois personnages qu’il nous propose de suivre sont également intéressants, même si je n’ai pas forcément réussi à m’attacher à tous. Le récit lui-même est un peu lent à démarrer et je n’ai pas toujours été captivé, mais c’est peut-être dû à mon rythme de lecture très ralenti depuis deux semaines : je suis en vacances avec de longues journées de randonnée, je n’ai lu que quelques pages quotidiennes, ce qui ne facilite pas l’immersion dans le récit. Quoi qu’il en soit, la fin est réussie et donne clairement envie de lire la suite, ce que je vais m’empresser de faire.

2. The Stone Canal (Ken MacLeod)

The Star Faction, le premier tome du cycle Fall Revolution, m'avait séduit par son univers et notamment son approche de modèles politiques et sociaux alternatifs. Par contre, le récit ne m'avait pas totalement emballé, j'avais eu l'impression de lire un récit qui n'était pas totalement à la hauteur du décor dans lequel il se déroulait. Avec ce deuxième volume, Ken MacLeod a totalement résolu cette difficulté.

L'auteur étend son univers et les problématiques qu'il aborder, ici l'intelligence artificielle, le clonage et la vie après la mort. Il le fait à travers une intrigue captivante du début à la fin et des personnages que l'on prend plaisir à suivre. J'ai particulièrement aimé l'alternance entre des chapitres se déroulant dans un futur lointain et ceux qui sont des flashbacks se déroulant, pour nous lecteurs contemporains, dans le passé ou un futur relativement proche, entre les années 1970 et le courant du XXIe siècle.

J'ai beaucoup aimé ce roman, qui accomplit le potentiel que je devinais dans le premier tome malgré ses défauts. Ken MacLeod propose ici de la grande science-fiction, inventive et intelligente.

3. The Cassini Division (Ken MacLeod)

Ce troisième tome du cycle Fall Revolution de Ken MacLeod m'a beaucoup plu, comme le précédent. Après un premier tome un peu compliqué à lire, l'auteur semble avoir trouvé un rythme de croisière avec deux tomes de très bonne facture.

Le récit reprend presque immédiatement après la fin du deuxième tome, avec les “retrouvailles” entre des habitants de New Mars avec le système solaire, ses citoyens et sa société anarcho-communiste. Cette fois, Jonathan Wilde n'est qu'un personnage secondaire, presque périphérique, et nous suivons l'action principalement à travers d'Ellen May Ngwethu, membre de la Division Cassini, une organisation chargée de protéger l'humanité contre les IA qui ont colonisé Jupiter.

Ken MacLeod nous propose un excellent récit de science-fiction autour de la question de l'essence de l'humanité, de la frontière entre humain et machine, et des moyens que peut et/ou doit utiliser l'humanité pour sa survie. Je ne sais pas si j'ai été totalement surpris par l'intrigue elle-même, mais c'est très bien exécuté et passionnant à lire du début à la fin. J'ai notamment beaucoup aimé les impressions respectives des anarcho-communistes du système solaire et des anarcho-capitalistes de New Mars sur le fonctionnement de leurs sociétés respectives : choc de cultures garanti !

Ce troisième tome confirme mes impressions lors de la lecture du deuxième : ce cycle propose de la très grande science-fiction, inventive et intelligente. Je vais enchainer directement avec le quatrième et dernier volume du cycle, en espérant qu'il apporte une conclusion digne des deux tomes que je viens de lire avec grand plaisir.

4. The Sky Road (Ken MacLeod)

J'avais autant d'espoir que de crainte en commençant ce quatrième et dernier tome du cycle Fall Revolution de Ken MacLeod. Après un premier tome à l'univers prometteur mais au récit un peu décevant, puis deux excellents volumes, je pouvais espérer le meilleur comme le pire pour conclure le cycle. Heureusement, c'est le meilleur qui est au rendez-vous.

Le récit est d'abord déroutant : il se déroule plusieurs siècles après les événements des tomes précédents, mais sur une Terre très différente, où la technologie a regressé et où la conquête spatiale ne fait que recommencer après des siècles de stagnation. Cette situation est due à des événements ayant eu lieu quelques années après la Fall Revolution, dans une version alternative de l'histoire que nous avons suivi depuis deux tomes. Ce n'est pas toujours simple à suivre, d'autant que l'univers imaginé par Ken MacLeod était déjà riche avec d'ajouter cette complication, mais le récit est captivant du début à la fin et j'ai beaucoup aimé les personnages que nous suivons dans le futur. Le récit parallèle des mésaventures de Myra Godwin dans le passé, s'il n'est pas toujous facile à suivre, est indispensable pour comprendre où l'auteur veut nous amener.

Ce quatrième tome offre en tout cas une conclusion magistrale, à la fois épique et poétique, à un cycle qui a su me séduire après un premier volume un peu lent. Ken MacLeod a écrit ici une des plus grandes sagas de science-fiction que j'ai eu l'occasion de lire.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Laurent Gaudé qui s'essaye au polar et plus encore à la science-fiction, cela me donnait très envie, et je dois tout de suite dire que je n'ai pas été déçu.

L'anticipation proposée par Laurent Gaudé sur s'appuie sur un point de départ simple : en faillite, la Grèce en tant qu'Etat n'est plus, le pays a été racheté par une société privée. Après des mois d'émeutes réprimées dans le sang, les athéniens ont été triés par leur nouveau propriétaire, les plus “socialement utiles” se sont vus proposer un contrat de travail, les autres ont été déportés dans des contrées éloignées.

Dès les premiers chapitres, j'ai trouvé des similitudes avec Les Furtifs d'Alain Damasio avec cette façon d'imaginer une ville du futur totalement privatisée, dont les habitants sont tous des citoyens-salariés d'un consortium privé et où certaines zones sont réservées à des privilégiés. Le style de Laurent Gaudé est toutefois différent de celui d'Alain Damasio, pas forcément plus littéraire mais moins dans la recherche de trouvailles linguistiques ; le rendu est peut-être moins “gadget”.

Le récit lui-même est porté par une enquête sur un meurtre, qui nous permet de découvrir la mégalopole et ses coulisses. Ce n'est à vrai dire pas forcément le plus important dans ce roman. On se laisse porter par l'enquête et sa résolution, mais pour moi ce fut surtout un prétexte pour visiter cette ville dystopique et réfléchir sur les chemins qui ont mené la société dans cet état si peu désirable, chemins qui ressemblent étrangement à ceux que nous empruntons depuis plusieurs décennies.

Vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé ce nouveau roman de Laurent Gaudé, dans un genre auquel il ne nous avait pas habitué, mais qu'il aborde avec son talent d'écriture et sa capacité à nous immerger dans son univers.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Avec Les Rouges, Pascale Fautrier signe un long et magnifique roman où elle nous raconte sa famille sur près de deux siècles. L'autrice, et à travers elle sa narratrice Madeleine qui lui sert d'alter-ego, est issue d'une lignée de révolutionnaires, de socialistes utopiques, d'anarchistes, de marxistes, de communistes, de trotskistes, bref de rouges.

Avec ces générations qui se succèdent, nous suivons les combats pour l'égalité et la liberté au fil du temps : Révolution Française, Restauration, Monarchie de Juillet, banquets républicains, révolution de février 1848 et répression des luttes ouvrières en juin de la même année, Second Empire, Commune de Paris et son issue tragique et scandaleuse lors de la Semaine Sanglante, Troisième République, Première Guerre Mondiale, Front Populaire, Vichy et la Résistance, le long déclin des communistes avec ou à cause de l'aveuglement des militants et du silence coupable de leurs dirigeants sur les dérives du stalinisme, puis mai 1981 et enfin le Front de Gauche.

Quand on est passionné d'Histoire, et en particulier du XIXe siècle comme je le suis, on ne peut qu'être captivé par ce récit de tous ces événements vus et vécus par des hommes ordinaires, des militants de gauche qui croient en un idéal et luttent avec ferveur.

Au-delà du récit historique à hauteur d'hommes, le roman multiplie également les scènes de récit d'une génération à une autre. Dans une sorte de mise en abîme, l'autrice met en scène la transmission d'une mémoire collective, populaire et révolutionnaire, avec ses figures et ses valeurs, et le fait dans son propre roman qui contribue à cette transmission de “notre” histoire.

J'ai trouvé qu'il y avait un petit creux dans le dernier tiers du roman, avec les débats politico-philosophiques et les manoeuvres d'appareil au sein du PCF puis des groupuscules trotskistes. C'est peut-être aussi un signe des temps : l'espoir d'un monde meilleur s'est presque éteint et on se bat désormais pour des “places”, à l'exception de quelques militants qui y croient encore. Le récit devient alors plus cryptique, moins prenant, mais cela n'enlève rien à la qualité d'ensemble du livre.

Le roman constitue à la fois un vibrant hommage à celles et ceux qui ne demandaient qu'à exister et un magnifique témoin des combats d'hier, qui doivent inspirer et éclairer ceux d'aujourd'hui.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Un livre inclassable : ce n'est pas un roman historique, ce n'est même pas une fiction, c'est un texte de non-fiction mais dans lequel l'auteur mêle habilement des personnalités historiques réelles et des personnages de fiction. Il les met en scène dans des situations de la vie quotidienne ou des événements historiques ré-imaginés mais richement documentés, comme en témoignent les longues pages de note à la fin de l'ouvrage. Le format, qui même fiction et style romanesque, peut sembler étrange au premier abord mais j'ai finalement trouvé que cela était parfaitement adapté au propos.

L'objet du livre est clair : nous raconter cette période, entre la fin des années 1950 et celle des années 1960, où l'URSS a failli réussir son pari de proposer un modèle capable de surpasser le capitalisme et de le battre à son propre jeu : la performance économique. L'industrie et la technologie soviétiques étaient alors à leur sommet. La conquête spatiale, avec le satellite Sputnik et le cosmonaute Gargarine, en était sans doute la plus belle vitrine. Pourtant, dès les années 1980, le constat fut accablant : les promesses de prospérité pour tous n'avaient pas été tenues, le rêve communiste était déjà mort, à défaut d'être enterré. Il faudra attendre le tournant des années 1980 et 1990 pour que l'URSS s'effondre pour de bon.

L'auteur nous raconte ce pari et tente de dénouer les causes de cet échec. Lourdeur de la bureaucratie ? Incompétence des apparatchiks ? Erreurs stratégiques de dirigeants plus soucieux de leur maintien au pouvoir que du bien commun ? Corruption à tous les étages ? Recherche de la stabilité à tout prix, au point de ne plus prendre de risque, de ne plus oser changer ce qui ne marche visiblement pas ?

A la fin du récit, on se demande encore si le pari pouvait être gagné, si quelques décisions par-ci par-là auraient pu faire dévier le cours de l'histoire. Le modèle soviétique était-il vicié dès le début, dès la prise de pouvoir de Lénine puis de Staline ? Etait-ce déjà trop tard dans les années 1950 ? Etait-ce possible ? Je n'ai pas la réponse, mais ce livre a l'avantage de nous interroger sur cette possibilité, ou cette impossibilité. On en ressort à la fois navré de ce qui fut et mélancolique de ce qui aurait pu être.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Cette collection “Black Dawn” est décidément très prometteuse. Après Grievers d’Adrienne Maree Brown qui m'avait déjà beaucoup plu, je crois que le deuxième roman de cette collection m'a encore plus séduit.

Margaret Killjoy nous plonge dans un univers de fantasy inspirée de notre XVIIIe ou de notre XIXe siècle pour nous parler de notre monde. Le protagoniste est un journaliste embarqué au sein de l'armée impériale dans une guerre de conquête coloniale. Sa mission est de suivre le général en chef de cette armée et de livrer à l'opinion publique la propagande attendue par l'Empire.

Evidemment, rien ne va se passer comme prévu et nous allons suivre notre journaliste à la découverte de la population indigène. Loin des sauvages et des barbares décrits par la propagande – celle qu'il était chargé d'écrire – il découvre une société basée sur la liberté, l'autonomie, la solidarité, et l'aide mutuelle. Il découvre une utopie anarchiste, en tout cas telle que l'autrice l'imagine.

Ce roman est peut-être l'oeuvre de fantasy la plus politique que j'ai lue, la preuve qu'un univers fictif ne peut être qu'un moyen idéal pour parler de notre société. Ce récit est également l'un des meilleurs romans de fantasy que j'ai lus. Une oeuvre remarquable pour présenter l'idéal anarchiste et le rôle de la fiction pour imaginer des utopies. Les imaginer, pour ne pas seulement les rêver, mais commencer à les construire.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Je publie ici en une seule fois mes critiques des deux romans du diptyque d’Estelle Faye.

Les Seigneurs de Bohen (Estelle Faye)

J'ai pris une grosse claque avec ce roman. J'en avais entendu beaucoup de bien mais je crois que c'est encore meilleur que ce à quoi je m'attendais.

J'ai d'abord été emporté par l'écriture, évocatrice et immersive. J'ai ensuite été séduit par les personnages, profonds et attachants dans leurs styles pourtant tous différents. J'ai enfin été emballé par le récit lui-même, à la fois épique et profondément humain.

L'univers imaginé par Estelle Faye est décrit avec finesse, sans détails inutiles mais avec ce qu'il faut de petites touches pour qu'on y croit et qu'on y plonge avec plaisir.

C'est de la très bonne fantasy, de la très grande fantasy. Et dire que ce n'est que le premier tome d'un diptyque ! Si le second est aussi réussi que celui-ci, me voilà reparti pour quelques journées de lecture passionnante.

Les Révoltés de Bohen (Estelle Faye)

J'avais été totalement enchanté et emballé par Les Seigneurs de Bohen, le premier tome de ce diptyque. Je l'ai été un tout petit moins par le second, mais cela reste de l'excellente fantasy.

Commençons par les bémols : ce deuxième volume est plus long que le premier et m'a parfois semblé trop long ; on y suit une multitude de personnages, presque trop parfois, ce qui entraine une certaine confusion et une lassitude à certains moments de la lecture ; je dirais même que certains fils narratifs m'ont semblé assez dispensables.

Je vous rassure, ces bémols sont faibles face aux immenses qualités de ce roman et à l'écriture toujours aussi évocatrice et immersive d'Estelle Faye. On retrouve avec plaisir certains personnages que l'on avait accompagné dans le premier tome. L'intrigue est complexe, longue, mais s'achève dans un final épique digne des plus grandes sagas de fantasy. Le tout avec une atmosphère empreinte de nostalgie, face au temps qui passe et aux espoirs déçus : les héros ont vieilli, leurs rêves de jeunesse sont derrière eux, la réalité a repris ses droits après la révolution.

Je suis ravi d'avoir pris le temps de lire ces deux magnifiques romans d'Estelle Faye. Si ce second tome n'égale pas tout à fait l'excellence du premier, l'ensemble constitue une très grande oeuvre romanesque, digne de figurer au panthéon de la fantasy et de la littérature de l'imaginaire francophone.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Je sors un peu déçu de la lecture du second tome du diptyque “Siècle Bleu” de Jean-Pierre Goux.

Bien sûr, on y retrouve le rythme haletant du premier tome et certains personnages que l'on avait appris à apprécier dans le premier volume. Le récit s'accélère, les complots se dévoilent, le suspense est continu tout au long du livre.

Malgré tout, j'ai trouvé que l'auteur en faisait parfois trop.

Trop didactique quand il profite d'un dialogue ou d'une description pour expliquer en détail certaines connaissances qu'il estime, parfois à tort, que le lecteur doit comprendre.

Trop dans le récit lui-même, quand les coïncidences, ou les synchronicités comme il les appelle dès l'introduction, font que quasiment tous les personnages sont liés les uns aux autres d'une façon ou d'une autre.

Trop idéaliste, quand il imagine une révolution écologiste qui ne remettrait en cause que les abus du capitalisme (les méchantes corporations voraces) sans admettre que le capitalisme porte en lui, avec sa mécanique de croissante continue, les germes de l'écocide.

Je sors donc un peu déçu de cette lecture. J'ai bien aimé ce livre, j'ai pris du plaisir à le lire, mais j'ai trouvé que son côté naïf et parfois mystique le faisaient finalement passer un peu côté du sujet. Evidemment, ce n'est qu'un point de vue personnel, je me doute bien que l'auteur a abordé le sujet exactement comme il le souhaitait, mais son point de vue ne m'a en tout cas pas totalement convaincu.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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