Zéro Janvier

Chroniques d'un terrien en détresse – Le blog personnel de Zéro Janvier

From the author of the international bestseller Debt: The First 5,000 Years comes a revelatory account of the way bureaucracy rules our lives

Where does the desire for endless rules, regulations, and bureaucracy come from? How did we come to spend so much of our time filling out forms? And is it really a cipher for state violence?

To answer these questions, the anthropologist David Graeber—one of our most important and provocative thinkers—traces the peculiar and unexpected ways we relate to bureaucracy today, and reveals how it shapes our lives in ways we may not even notice…though he also suggests that there may be something perversely appealing—even romantic—about bureaucracy.

Leaping from the ascendance of right-wing economics to the hidden meanings behind Sherlock Holmes and Batman, The Utopia of Rules is at once a powerful work of social theory in the tradition of Foucault and Marx, and an entertaining reckoning with popular culture that calls to mind Slavoj Zizek at his most accessible.

An essential book for our times, The Utopia of Rules is sure to start a million conversations about the institutions that rule over us—and the better, freer world we should, perhaps, begin to imagine for ourselves.

Contrairement à Dette, 5000 ans d'histoire qui m'était tombé des mains, j'ai trouvé cet ouvrage de David Graeber absolument fascinant et stimulant.

A travers une longue introduction suivie de trois essais sur la violence, la technologie, et l'attrait des règles, l'auteur nous parle de la bureaucratie, de la place qu'elle occupe dans nos vies, des critiques que nous en faisons, et des raisons qui nous la font accepter malgré tout.

L'ouvrage s'achève par un dernier essai particulièrement brillant où l'auteur analyse l'idéologie sous-jacente dans les oeuvres de super-héros et dresse en particulier une critique féroce mais pertinente du film The Dark Knight Rises de Christopher Nolan.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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The Dragon’s Blade est une trilogie de fantasy auto-éditée par l’auteur britannique Michael R. Miller, que j’ai eu l’occasion de découvrir sur l’excellente chaîne YouTube The Book Guy.

Je vais vous parler ici, dans l’ordre, des trois romans qui composent cette trilogie :

1. The Reborn King

Darnuir made terrible mistakes. Death is his redemption. His second chance is the world's last hope.

Dragons once soared in the skies, but that was before the Transformation, before they took human form. Now, demonic forces stand to obliterate them. When left mortally wounded, Darnuir, the Prince of Dragons, can only be saved through a dangerous rebirthing spell. He is left as a babe in human hands.

Twenty years later, Darnuir is of age to wield the Dragon's Blade. As the last member of his bloodline, he is the only one who can. He is plunged into a role he is not prepared for, to lead a people he does not know. Shadowy demons ravage his new home and the alliance between humans, dragons and fairies has fractured.

Time is short, for new threats and deadlier enemies are emerging...

Ce premier tome d'une trilogie de fantasy est sympathique, sans plus pour le moment. L'univers et l'intrigue sont très classiques, les personnages manquent un peu de profondeur, le récit est globalement plaisant mais j'attends beaucoup mieux du tome suivant.

Enfin, je dois dire que j'en ai un peu marre de ces héros et héroïnes qui finissent tous pas se révéler être issus d'une lignée royale. Alors quand l'auteur nous fait le coup trois fois dans le même roman, ça commence à faire vraiment beaucoup. D'une part, c'est tout de même un cliché particulièrement éculé dans la fantasy. D'autre part, idéologiquement, ça pue un peu.

2. Veiled Intentions

Rectar has always had his sights set on conquering the human lands. His demonic invasion of the west is gaining momentum – an unrelenting horde unhindered by food or sleep. Now, only the undermanned Splintering Isles lie between the demons and the human kingdom of Brevia. If the islands fall, the rest of Tenalp will soon follow.

The Three Races must work together if they are to survive, but they have another problem – Castallan. The traitorous wizard has raised a deadly rebellion and declared himself King of Humans. He believes himself safe in the bowels of his impenetrable Bastion fortress, but Darnuir, now King of Dragons, intends to break those walls at all costs.

To face these threats, all dragons, humans and fairies must truly unite; yet old prejudices may undermine Darnuir’s efforts once again. And as the true intentions of all are revealed, so too is a secret that may change the entire world.

Après un premier tome que j'avais trouvé divertissant mais très stéréotypé, j'ai trouvé celui-ci sensiblement meilleur. Le divertissement est toujours au rendez-vous, mais s'appuie cette fois sur des personnages mieux écrits, plus profonds, au service d'un récit qui gagne en richesse. Cela reste relativement classique, mais on sent que l'auteur a aiguisé sa plume au fur et à mesure de l'écriture de la trilogie. J'espère que cette tendance se poursuivra avec le troisième et dernier tome, que je vais commencer dans la foulée.

3. The Last Guardian

As winter wanes, the fragile bonds of the Three Races begin to break.

With Darnuir recovering from his addiction, and Blaine reclusive in the hallways of his Order, it falls to Lira to manage the mounting tension between the humans and zealous dragons before catastrophe strikes from within the city walls.

In Brevia, King Arkus unveils his new weapons to the Assembly of Lords, but is it a gift to his people or a threat? Cassandra fears it the latter and vows to curb her father’s new unchecked power that she herself helped to create.

And beneath the burned mountain of Kar’drun, Dukoona suffers at the hands of his Master. His one hope now lies in the crippled spectre Sonrid, who is forcing his broken body back to the mountain in order to play his part, or die, and be free from his pained existence.

Darnuir awakes weakened, and to an alliance on the brink. He must at last become the leader the dragons need but will he be too late to save his people, not just from Rectar, but from years of their own mistakes?

Le troisième et dernier roman de la trilogie commence sur un faux rythme, relativement lent. Les différents personnages semblent comme bloqués, s'interrogeant sur leurs prochains actions. Le rythme finit par s'emballer dans la seconde partie du roman, avec un joli final qui offre une belle conclusion à la trilogie.

Bilan de la trilogie

Globalement, cette trilogie présente quelques belles qualités, même si on sent que la plume de l'auteur était encore jeune et pouvait gagner en maturité. Je dois dire que je suis curieux de voir comment cette plume a évolué dans sa saga suivante, Songs of Chaos, que je lirai probablement quand elle sera complète.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Dans un style parfois aride, l'historien Johann Chapoutot nous raconte la vie de Reinhard Höhn, juriste et intellectuel technocrate du IIIe Reich et reconverti après guerre en enseignant puisqu'il fondera un institut de formation en management où passeront quasiment toute l'élite économique de la RFA depuis les années 1950 jusqu'aux années 1980.

Reinhard Höhn (1904-2000) est l'archétype de l'intellectuel technocrate au service du IIIᵉ Reich. Juriste, il se distingue par la radicalité de ses réflexions sur la progressive disparition de l'État au profit de la “communauté” définie par la race et son “espace vital”. Brillant fonctionnaire de la SS – il termine la guerre comme Oberführer (général) –, il nourrit la réflexion nazie sur l'adaptation des institutions au Grand Reich à venir – quelles structures et quelles réformes ? Revenu à la vie civile, il crée bientôt à Bad Harzburg un institut de formation au management qui accueille au fil des décennies l'élite économique et patronale de la République fédérale : quelque 600 000 cadres issus des principales sociétés allemandes, sans compter 100 000 inscrits en formation à distance, y ont appris, grâce à ses séminaires et à ses nombreux manuels à succès, la gestion des hommes. Ou plus exactement l'organisation hiérarchique du travail par définition d'objectifs, le producteur, pour y parvenir, demeurant libre de choisir les moyens à appliquer. Ce qui fut très exactement la politique du Reich pour se réarmer, affamer les populations slaves des territoires de l'Est, exterminer les Juifs. Passé les années 1980, d'autres modèles prendront la relève (le japonais, par exemple, moins hiérarchisé). Mais le nazisme aura été un grand moment managérial et une des matrices du management moderne.

Comme il l'indique clairement dans son introduction, le propos de Johann Chapoutot n'est pas d'affirmer que le management moderne est l'héritier de l'idéologie nazie, mais au contraire de montrer que celle-ci s'inscrit dans une pensée plus ancienne et dont on peut retrouver des éléments encore aujourd'hui.

Il y a notamment une notion parfaitement résumée par l'expression “Libres d'obéir” qui donne son titre au livre, qui consiste à donner des objectifs à un subordonné, le laissant ensuite libre de choisir les moyens pour l'atteindre. Ainsi, l'employé ou le cadre est tout à fait libre d'obéir, dans les limites des objectifs qui lui sont fixés par son supérieur hiérarchique. Ce modèle d'organisation a été imaginé dès les XIXe siècle par des stratèges militaires prussiens suite aux conquêtes napoléoniennes puis repris à leur compte par la hiérarchie nazie, puis dans l'école de management fondée par Reinhard Höhn.

Dans sa conclusion, l'auteur interroge plus généralement le lien de subordination qui lie le salarié et son supérieur hiérarchique dans le cadre d'un contrat de travail.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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C’est peut-être le discours le plus dynamique dans l’imaginaire contemporain de la gauche, mais ce qui fait son pouvoir d’attraction est aussi ce qu’il a de plus problématique. Car il nous promet la « vie sans » : sans institutions, sans État, sans police, sans travail, sans argent – « ingouvernables ».

La fortune de ses énoncés recouvre parfois la profondeur de leurs soubassements philosophiques. Auxquels on peut donner la consistance d’une « antipolitique », entendue soit comme politique restreinte à des intermittences (« devenirs », « repartages du sensible »), soit comme politique réservée à des virtuoses (« sujets », « singularités quelconques »). Soit enfin comme politique de « la destitution ».

Destituer, précisément, c’est ne pas réinstituer – mais le pouvons-nous ? Ici, une vue spinoziste des institutions répond que la puissance du collectif s’exerce nécessairement et que, par « institution », il faut entendre tout effet de cette puissance. Donc que le fait institutionnel est le mode d’être même du collectif. S’il en est ainsi, chercher la formule de « la vie sans institutions » est une impasse. En matière d’institution, la question pertinente n’est pas « avec ou sans ? » – il y en aura. C’est celle de la forme à leur donner. Assurément il y a des institutions que nous pouvons détruire (le travail). D’autres que nous pouvons faire régresser (l’argent). D’autres enfin que nous pouvons métamorphoser. Pour, non pas « vivre sans », mais vivre différemment.

J'aime bien Frédéric Lordon, mais ce livre est le moins bon que je lis de lui. Sous la forme d'un dialogue écrit, il réfléchit sur la notion d'institutions (étatiques, économiques, etc.) et en particulier leur nécessité ou non pour la vie en société.

Dans certains chapitres, il le fait en manipulant des concepts philosophiques que je n'ai pas eu le courage d'approfondir avec lui, passant rapidement de longues pages quasiment ésotériques pour moi. Dans d'autres chapitres, plus intéressants à mes yeux, il le fait plus concrètement, avec des exemples historiques ou actuels qui permettent de mieux saisir sa pensée.

Finalement, cela donne un livre contrasté, parfois passionnant et parfois totalement abscons. J'ai réussi à le terminer, mais au prix d'en avoir lu réellement qu'une grosse moitié, ce qui n'est pas bon signe.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Que faire des idéaux que sont l’internationalisme, le dépérissement de l’Etat et l’horizontalité radicale ? Les penser. Non pas sur le mode de la psalmodie mais selon leurs conditions de possibilité. Ou d’impossibilité ? C’est plutôt la thèse que ce livre défend, mais sous une modalité décisive : voir l’impossible sans désarmer de désirer l’impossible. C’est-à-dire, non pas renoncer, comme le commande le conservatisme empressé, mais faire obstinément du chemin. En sachant qu’on n’en verra pas le bout.

Les hommes s’assemblent sous l’effet de forces passionnelles collectives dont Spinoza donne le principe le plus général : l’imperium – « ce droit que définit la puissance de la multitude ». Cet ouvrage entreprend de déplier méthodiquement le sens et les conséquences de cet énoncé. Pour établir que la servitude passionnelle, qui est notre condition, nous voue à la fragmentation du monde en ensembles finis distincts, à la verticalité d’où ils tirent le principe de leur consistance, et à la capture du pouvoir. Il ne s’en suit nullement que l’émancipation ait à s’effacer de notre paysage mental – au contraire ! Mais elle doit y retrouver son juste statut : celui d’une idée régulatrice, dont l’horizon est le communisme de la raison.

Voici encore un livre très intéressant de Frédéric Lordon, même si je dois avouer que j'ai parfois dû m'accrocher pour suivre sa pensée quand il mobilise des concepts philosophiques de Spinoza, d'autant qu'il adopte par moments un style un peu abscons.

C'est brillant et intellectuellement très stimulant, j'ai d'ailleurs surligné des paragraphes entiers sur ma liseuse, mais j'ai parfois ressenti ce sentiment de culpabilité du pseudo-intellectuel qui réfléchit sur de grandes concepts et propose de belles idées pour repousser le moment de devoir s'atteler personnellement à les mettre en pratique, laissant la sale besogne à d'autres.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Dans cet essai de 2010 où il mobilise philosophie, sociologie, économie et politique, Frédéric Lordon s'appuie sur les pensées de Marx et Spinoza pour tenter de répondre à cette question centrale :

Comment un certain désir s'y prend-il pour impliquer des puissances tierces dans ses entreprises ? C'est le problème de ce qu'on appellera en toute généralité le patronat, conçu comme un rapport social d'enrôlement.

Marx a presque tout dit des structures sociales de la forme capitaliste du patronat et de l'enrôlement salarial. Moins de la diversité des régimes d'affects qui pouvaient s'y couler. Car le capital a fait du chemin depuis les affects tristes de la coercition brute. Et le voilà maintenant qui voudrait des salariés contents, c'est-à-dire qui désireraient conformément à son désir à lui. Pour mieux convertir en travail la force de travail il s'en prend donc désormais aux désirs et aux affects.

L'enrôlement des puissances salariales entre dans un nouveau régime et le capitalisme expérimente un nouvel art de faire marcher les salariés. Compléter le structuralisme marxien des rapports par une anthropologie spinoziste de la puissance et des passions offre alors l'occasion de reprendre à nouveaux frais les notions d'aliénation, d'exploitation et de domination que le capitalisme voudrait dissoudre dans les consentements du salariat joyeux.

Et peut-être de prendre une autre perspective sur la possibilité de son dépassement.

Commençons par le dire clairement : Capitalisme, désir et servitude n'est pas le livre le plus accessible de Frédéric Lordon. Même si l'auteur prend la peine de définir et d'expliciter les concepts philosophiques qu'il mobilise, le texte est parfois resté difficile à suivre pour le profane que je suis. Malgré tout, le propos est brillant et diablement intéressant.

Je suis donc embêté au moment d'écrire cette critique. L'auteur alterne entre un désir de vulgarisation et la difficulté à conserver une profondeur de réflexion sans perdre le lecteur. Le résultat est bon, mais pas toujours aisé à lire.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Everything for Everyone : An Oral History of the New York Commune, 2052–2072 est un livre co-signé par M.E. O'Brien et Eman Abdelhadi et publié en 2022 par l'éditeur Common Notions.

By the middle of the twenty-first century, war, famine, economic collapse, and climate catastrophe had toppled the world's governments. In the 2050s, the insurrections reached the nerve center of global capitalism—New York City. This book, a collection of interviews with the people who made the revolution, was published to mark the twentieth anniversary of the New York Commune, a radically new social order forged in the ashes of capitalist collapse.

Here is the insurrection in the words of the people who made it, a cast as diverse as the city itself. Nurses, sex workers, antifascist militants, and survivors of all stripes recall the collapse of life as they knew it and the emergence of a collective alternative. Their stories, delivered in deeply human fashion, together outline how ordinary people's efforts to survive in the face of crisis contain the seeds of a new world.

L'ouvrage se présente comme un livre d'histoire orale, la retranscription d'interviews fictives mais présentées comme réelles, dans le cadre la célébration des vingt ans de la fondation de la Commune de New-York. C'est donc un livre d'anticipation mais qui se présente comme le récit historique des vingt années qui ont changé le monde et la société, la fin du capitalisme et l'avènement d'une nouvelle ère où les citoyens se réapproprient leurs habitats, leurs activités, et leur vie en général.

J'ai beaucoup aimé ce jeu entre fiction et histoire, mais aussi les valeurs portées par le texte. Alors que l'actualité est chaque jour plus oppressante, que la vie sous le capitalisme hégémonique est toujours plus difficile à supporter, lire ce futur possible et désirable a été une bouffée d'air frais tout à fait bienvenue. Même si le retour à la réalité est difficile ...

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En un peu moins de 140 pages, Olivier Lefebvre, ex-ingénieur en robotique, livre un essai lumineux et intelligent sur le rôle des ingénieurs dans la société d'aujourd'hui et de demain et la dissonance cognitive que vivent un certain nombre d'entre eux.

Si je m’adresse aux ingénieurs, c’est parce que je les connais bien. Je suis – ou j’étais ? – l’un d’entre eux. Artisans d’un devenir technologique qui façonne nos existences et structure nos sociétés, ils sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à ressentir de la dissonance cognitive. Quelque chose en eux sait que leur travail creuse le sillon de trajectoires insoutenables pour nos vies et pour la Terre. Pourquoi alors n’y a-t-il pas plus d’ingénieurs qui désertent ? C’est la question que je me propose d’élucider dans ce livre, en me plaçant dans une perspective résolument politique. Il serait en effet plus que souhaitable, pour eux, mais aussi pour nous tous, qu’ils refusent de se résigner, qu’ils cessent de nuire au plus vite, et pour cela qu’ils s’évadent de leurs cages dorées.

L'auteur encourage ceux qui doutent à franchir le pas de la désertion du système techno-capitaliste, de la bifurcation vers un dehors alternatif, vers un futur soutenable et désirable pour toutes et tous. Loin de valoriser uniquement la désertion individuelle, il appelle à un mouvement collectif de refus de la société actuelle et de son rapport au progrès technologique au service de l'économie et de l'ordre social, pouvant servir de base à la construction d'un autre futur.

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En un peu moins de 300 pages, Tiphaine Rivière propose une adaptation libre en bande dessinée de La distinction, le livre majeur du sociologue Pierre Bourdieu sur le goût et les classes sociales.

Tiphaine Rivière s’empare avec humour du classique de Pierre Bourdieu, La Distinction, pour en proposer une relecture libre et contemporaine. À travers une galerie de personnages évoluant autour d’une classe de lycée, elle met en scène l’analyse incisive des relations entre goûts et classes sociales développée par le sociologue et nous donne à réfléchir sur nos propres déterminismes sociaux.

Je ne sais pas si j'ai été séduit par le dessin, mais le propos est clair, enrichissant, et porté par des personnages attachants. Une très bonne oeuvre de vulgarisation de la sociologie, pour ceux qui comme moi sont intimidés par l’oeuvre savante de Pierre Bourdieu.

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Jean-Baptiste Fressoz est un historien des sciences, des techniques et de l’environnement, que j’ai découvert dans plusieurs entretiens où il présentait Sans transition, son dernier ouvrage consacré à la soi-disant ‘transition énergétique’, qui fait partie de mes prochaines lectures. Avant de lire le livre par lequel j’ai découvert cet auteur, j’avais envie de découvrir ses livres précédents, à commencer par L’apocalypse joyeuse, une histoire du risque technologique, publié en 2012 dans la collection L’Univers historique chez Seuil.

Sommes-nous les premiers à distinguer dans les lumières éblouissantes du progrès technique, l'ombre de ses dangers ? En occultant la réflexivité environnementale des sociétés passées, ce schéma simpliste dépolitise l'histoire longue de la destruction des environnements et altère notre possibilité d'appréhender lucidement la crise environnementale actuelle. Pour éviter cette amnésie, une histoire politique du risque technologique et de sa régulation sur la longue durée était nécessaire.

L'Apocalypse joyeuse expose l'entrée de la France et de la Grande-Bretagne dans la modernité industrielle (fin XVIIIe -XIXe siècle), celle des vaccins, des machines, des usines chimiques et des locomotives. Elle nous plonge au cœur des controverses vives qui surgirent autour des risques et des nuisances de ces innovations, et montre comment les critiques et les contestations furent réduites ou surmontées pour qu'advienne la société industrielle.

L'histoire du risque ici racontée n'est pas celle d'une prise de conscience, mais celle de la construction d'une certaine inconscience modernisatrice.

Jean-Baptiste Fressoz propose une lecture passionnante de l’évolution de la notion de risque technologique au tournant du XVIIIe et du XIXe siècle. Les 300 pages de l’ouvrage se composent, outre une introduction et une conclusion, de 6 chapitres thématiques :

  1. L’inoculation du risque, sur l’échec des premières tentatives de rationalisation du risque auprès du public dans le cadre de l’inoculation contrer la variole au cours du XVIIIe siècle

  2. Le virus philanthrope, sur les moyens mis en oeuvre par l’administration impériale au début du XIXe siècle en faveur de campagnes de vaccination

  3. L’Ancien Régime et les « choses environnantes », sur le rôle de la police et des notables pour la préservation de l’environnement urbain, avec une gestion coutumière des environnements

  4. La libéralisation de l’environnement, où comment l’exemple de l’industrie chimique montre les changements d’approche des risques environnementaux au début du XIXe siècle, avec une régulation en trompe-l’oeil au profit (c’est le cas de le dire) de l’investissement et du développement industriel selon une principe de fait accompli

  5. Eclairer la France après Waterloo, où l’auteur compare les expériences française et anglaise sur la question de l’éclairage au gaz, entre rôle des savants, des experts et des témoins et légalisation du risque

  6. La mécanique de la faute, sur les notions de vices, de marché de la responsabilité, de catastrophes aléatoires, et gestion du risque à travers des assurances

Le propos de Jean-Baptiste Fressoz est très clair, richement sourcé et documenté, parfois illustré, il se lit facilement et avec plaisir.

J’en ressors avec une vision différente de la soi-disant ‘révolution industrielle’ au XIXe siècle, qui n’était pas une marche en avant inéluctable mais au contraire un processus qui a été contesté, débattu, et où certaines options technologiques se sont imposées par des choix conscients mais pas toujours (jamais ?) démocratiques. J’y vois une sorte de fabrique du consentement au progrès technologique et aux conditions dans lesquelles il s’est déroulé depuis le XIXe siècle. C’est à la fois attristant et encourageant, car cela signifie que rien n’est écrit d’avance, à condition de mettre de la démocratie dans les choix technologiques qui s’offrent à nous aujourd’hui.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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