Zéro Janvier

Chroniques d'un terrien en détresse – Le blog personnel de Zéro Janvier

Il s’agit du deuxième livre consécutif d'Andreas Malm que je lis, et c’est une deuxième lecture à la fois plaisante et enrichissante.

Le début de la décennie semble marqué par une accélération de l’histoire de la relation des hommes à la Terre. Alors que les conséquences du dérèglement climatique, de l’Australie au Kenya, prenaient la forme de méga feux, de cyclones et de nuages de criquets ravageurs, le Covid-19 est venu frapper comme un éclair plus de la moitié de la population mondiale. Rapidement, les mesures de confinement prises par les gouvernements du monde entier ont cependant laissé entrevoir des effets inattendus : les émissions carbones chutaient drastiquement et la nature semblait reprendre un peu de ses droits jusque dans les villes. Et si la crise sanitaire était une opportunité pour la lutte contre le réchauffement terrestre ?

Dans ce court essai, Andreas Malm prend la question à bras-le-corps. Il explique que les deux phénomènes sont biologiquement liés. On sait depuis un moment qu’une des causes premières des contagions zoono- tiques (de l’animal vers l’homme et vice-versa) est la déforestation qui détruit la biodiversité... et accélère la concentration de CO2 dans l’atmosphère. Ensuite, si le virus s’est propagé à une telle vitesse sur le globe, c’est qu’il a emprunté les circuits de l’économie fossile : des routes qui s’enfoncent toujours plus profondément dans les forêts, aux cargos et aux avions, véritables autoroutes virales. Malm décrypte les mécanismes par lesquels le capital, dans sa quête de profit sans fin, produit de la pandémie comme de l’effet de serre, sans fin.

Mais l’analogie a aussi ses limites. Malm rappelle que la crise sanitaire et économique provoquée par le Covid- 19 s’est accompagnée dès le départ de la promesse d’un « retour à la normale » – et donc à la hausse continue des températures. Si l’énergie déployée par les États pour combattre l’épidémie contraste tant avec leur inaction en matière climatique, c’est aussi qu’elle a touché en plein cœur les métropoles des pays développés, et que personne n’a intérêt à la voir perdurer. Le virus n’est pas, à la différence du CO2, un coefficient du pouvoir et de la richesse. Un tout autre antagonisme pèse sur le climat : un antagonisme social. On sait à présent qu’il est possible d’arrêter, même temporairement, le business-as-usual. Mais dans « le monde d’après-covid-19 », les méthodes bureaucratiques ne suffiront pas à éviter la catastrophe : il faudra des méthodes révolutionnaires. Sans quoi nous serons condamnés à survivre sur une « planète fiévreuse habitée par des gens fiévreux ».

Dans cet essai de deux cent pages, publié en 2020 en pleine pandémie de Covid-19, l'universitaire et écologiste radical suédois dresse d'abord des parallèles entre pandémie de coronavirus et crise climatique, à la fois sur leurs causes et sur les moyens d'y répondre. Il aborde ensuite la problématique d'urgence chronique à laquelle nos sociétés font face et vont de plus en plus devoir faire face, avant d'envisager une stratégie, inspirée du communisme de guerre théorisé et mis en pratique par Lénine.

Je ne sais pas si j'ai été convaincu à 100% par tous les arguments d'Andreas Malm, mais c'est clairement une contribution intéressante aux débats et aux questions qui se posent à nous, citoyens d'un monde sur une pente mortifère.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Dans cet essai brillant, l'universitaire et militant écologiste radical Andreas Malm étudie et fait la critique du concept d'anthropocène, cette période géologique qui se caractérise par les effets de l'action humaine sur son environnement.

Du delta du Nil aux cercles polaires, le constat est effrayant : la Terre se réchauffe dans des proportions qui nous mènent aujourd’hui au seuil de la catastrophe. Le concept d’Anthropocène, s’il a le mérite de nommer le problème, peine à identifier les coupables et s’empêtre dans le récit millénaire d’une humanité pyromane. Or si l’on veut comprendre le réchauffement climatique, ce ne sont pas les archives de « l’espèce humaine » qu’il faut sonder mais celles de l’Empire britannique, pour commencer. On y apprend par exemple que dans les années 1830 la vapeur était, aux mains des capitalistes anglais, un outil redoutable pour discipliner la force de travail et une arme de guerre impérialiste ; on y suit la progression fulgurante de la machine mise au point par James Watt qui supplante en quelques années la force hydraulique – pourtant abondante et moins chère – dans l’industrie textile anglaise.

En puisant dans les sources de l’histoire sociale, ce livre raconte l’avènement du « capital fossile », ou comment la combustion ininterrompue de charbon a permis de repousser les limites de l’exploitation et du profit.

Il faut couper la mèche qui brûle avant que l’étincelle n’atteigne la dynamite, écrivait Walter Benjamin dans un fragment célèbre, « Avertisseur d’incendie », où il insistait sur la nécessité d’en finir avec le capitalisme avant qu’il ne s’autodétruise et emporte tout avec lui. Pour Andreas Malm, on ne peut pas mieux dire l’urgence contemporaine de défaire l’économie fossile par des mesures révolutionnaires.

La principale critique que l'auteur fait à ce concept, c'est qu'il a tendance à considérer l'humanité d'un seul bloc et donc à masquer les véritables responsables, les véritables coupables.

Dans les deux premiers chapitres, dans lesquels il raconte la révolution industrielle et l'essor de l'Empire britannique au XIXe siècle, il désigne le coupable du changement climatique : le capitalisme fossile. La thèse d'Andreas Malm, plutôt convaincante à mes yeux, est que le capitalisme tel que nous le connaissons est indissociable de l'extraction des ressources fossiles et d'une croissance incessante de cette exploitation. Il l'explique notamment par la volonté des capitalistes de disposer de ressources dont ils peuvent disposer à leur guise, que ce soit le charbon, facilement stockage et transportable, contrairement aux énergies renouvelables dépendant de facteurs météorologiques, mais aussi de main d'oeuvre peu coûteuse que l'on peut regrouper dans de grandes usines urbaines.

Le troisième chapitre, où l'auteur ébauche une étude des représentations du capitalisme fossile dans la littérature de fiction, est intéressant quoiqu'un peu déroutant.

Enfin, dans le quatrième et dernier chapitre, Andreas Malm cherche à qualifier les différentes façons dont peuvent s'articuler crise climatique et révolution (ou contre-révolution), à travers des exemples plus ou moins récents, et des réflexions où il s'appuie notamment sur la pensée de Lénine. C'est le moment où il cherche à entrer un peu plus dans des questions stratégiques et concrètes, et c'est plutôt stimulant.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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There's a resurgent labor movement in the tech industry. Tech workers-designers, engineers, writers, and many others-have learned that when they stand together, they're poised to build a better version of the tech industry. They haven't stopped at companies from Kickstarter to Google, workers have formed unions. And you should, too.

But what are unions? And why do they matter? Ethan Marcotte answers these questions through extensive research and by interviewing tech workers with real-world union-building experience. Ethan shares these workers' insights and stories, weaving them together to outline the process for forming a union of your very own. Because you-yes, you-deserve a tech union.

Dans cet essai, Ethan Marcotte lance un appel pour développer l'activisme et le syndicalisme dans le secteur de la tech, en expliquant les raisons pour lesquelles c'est important pour lui, comment cela se passe concrètement, et ce que nous pouvons en espérer.

Sur les aspects pratiques et légaux, le propos est clairement centré sur la situation américaine, ce que l'auteur admet volontiers comme il parle de ce qu'il connait, mais les concepts restent applicables partout et surtout, cela ne constitue qu'une partie du livre.

J'ai dévoré ce court livre en une grosse journée, c'est un texte à la fois enthousiasmant et mobilisateur. Si je n'étais pas déjà syndiqué, je pense que je serais désormais décidé à l'être !

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Après avoir passé une partie de l’été à lire le sublime cycle de fantasy Malazan Book of the Fallen de Steven Erikson, j’ai été tenté de lire le cycle qui est en quelque sorte son cousin, écrit cette fois par l’autre co-créateur de l’univers malazéen, Ian C. Esslemont.

J’ai regroupé ici, dans l’ordre, mes chroniques des 6 romans qui composent ce cycle.

1. Night of Knives

The small island of Malaz and its city gave the great empire its name, but now it is little more than a sleepy, backwater port. Tonight, however, things are different. Tonight the city is on edge, a hive of hurried, sometimes violent activity; its citizens bustle about, barring doors, shuttering windows, avoiding any stranger's stare. Because tonight there is to be a convergence, the once-in-a-generation appearance of a Shadow Moon—an occasion that threatens the good people of Malaz with demon hounds and other, darker things…

It was also prophesied that this night would witness the return of Emperor Kellanved, and there are those prepared to do anything to prevent this happening. As factions within the greater Empire draw up battle lines over the imperial throne, the Shadow Moon summons a far more ancient and potent presence for an all-out assault upon the island.

Witnessing these cataclysmic events are Kiska, a young girl who yearns to flee the constraints of the city, and Temper, a grizzled, battle-weary veteran who seeks simply to escape his past. Each is to play a part in a conflict that will not only determine the fate of Malaz City, but also of the world beyond…

Je replonge dans l'univers malazéen avec cette série Novels of the Malazan Empire, parallèle à la saga principale.

Pour l'instant, je suis assez mitigé. La comparaison avec la qualité des romans de Steven Erikson est pour l'instant assez cruelle pour Ian C. Esslemont. Si j'ai trouvé le récit plutôt intéressant, je n'ai pas été emballé par les deux personnages choisis comme point de vue, et l'action m'a parfois semblé confuse. Je ressors de ce premier roman avec une certaine déception : les événements qu'il relatent ont tout pour être passionnants, mais le résultat ne m'a pas convaincu.

2. Return of the Crimson Guard

The return of the mercenary company, the Crimson Guard, could not have come at a worse time for a Malazan Empire exhausted by warfare and weakened by betrayals and rivalries. Indeed, there are those who wonder whether the Empress Laseen might not be losing her grip on power as she faces increasing unrest as conquered kingdoms and principalities sense freedom once more.

Into the seething cauldron of Quon Tali—the Empire's heartland—marches the Guard. With their return comes the memory of the Empire—and yet all is not well with the Guard itself. Elements within its elite, the Avowed, have set their sights on far greater power. There are ancient entities who also seek to further their own arcane ends. And what of the swordsman called Traveller who, with his companion Ereko, has gone in search of a confrontation from which none have ever returned?

As the Guard prepares to wage war, so Laseen's own generals and mages, the 'Old Hands', grow impatient at what they see as her mismanagement of the Empire. But could Laseen have outwitted them all? Could she be using the uprisings to draw out and finally eliminate these last irksome survivors from the days of her illustrious predecesor, Kellanved?

Je vais le dire clairement : ce tome est meilleur que le premier de la série, qui m'avait globalement déçu. Dans celui-ci, la narration est enfin à la hauteur des enjeux. Quand Ian C. Esslemont prend la peine de caractériser ses personnages, bizarrement cela fonctionne beaucoup mieux et on retrouve la qualité narrative à laquelle Steven Erikson nous avait habitué dans le cycle original. Le paradoxe, qui n'en est pas un en réalité, c'est que j'ai été plus intéressé voire attaché aux personnages de ce tome, pourtant très nombreux, qu'aux deux personnages, malheureusement insipides, du premier.

Par contre, je suis de plus en plus agacé par ce cliché où de “gentils” militaires déterminés, capables de prendre des décisions rapides dans des circonstances difficiles sont gênés par de “méchants” parlementaires, conseillers ou politiciens indécis qui passent trop de temps à débattre sans rien décider. Evidemment, dans la narration tout est fait, en terme de caractérisation des personnages et de mise en place des enjeux, pour qu'on prenne parti pour les “gentils” militaires contre les “méchants” parlementaires et donc qu'indirectement on cautionne ce coup d'état. L'idéologie véhiculée par ce cliché sent très mauvais.

Hormis ce bémol, j'ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman, qui m'a rappelé les meilleurs moments du cycle de Steven Erikson.

3. Stonewielder

Greymane believed he'd outrun his past. With his school for swordsmanship in Falar, he was looking forward to a quiet life, although his colleague Kyle wasn't as enamoured with life outside the mercenary company, the Crimson Guard. However, it seems it is not so easy for an ex-Fist of the Malazan Empire to disappear, especially one under sentence of death from that same Empire.

For there is a new Emperor on the throne of Malaz, and he is dwelling on the ignominy that is the Empire's failed invasion of the Korel subcontinent. In the vaults beneath Unta, the Imperial capital, lie the answers to that disaster. And out of this buried history surfaces the name Stonewielder.

In Korel, Lord Protector Hiam, commander of the Stormguard, faces the potential annihilation of all that he holds dear. With few remaining men and a crumbling stone wall that has seen better days, he confronts an ancient enemy: the sea-borne Stormriders have returned.

Religious war also threatens these lands. The cult of the Blessed Lady, which had stood firm against the Riders for millennia, now seeks to eradicate its rivals. And as chaos looms, a local magistrate investigating a series of murders suddenly finds himself at the heart of a far more ancient and terrifying crime—one that has tainted an entire land....

Là où le tome précédent, Return of the Crimson Guard, racontait une guerre civile sur fond de rébellion contre l'autorité centrale et de revendications d'indépendance, celui-ci met en scène à la fois une invasion et une guerre de religion.

Au programme : luttes de pouvoir, fanatisme religieux, et cité occupée par l'envahisseur, avec son lot d'opportunistes, de collaborateurs, et d'individus ordinaires qui se débattent comme ils le peuvent dans des circonstances extraordinaires.

J'ai beaucoup aimé ce roman, que j'ai trouvé prenant du début à la fin. Il est peut-être un cran en-deçà de Return of the Crimson Guard, mais c'est tout de même de l'excellente fantasy, avec des personnages que l'on prend plaisir à découvrir et à suivre, et un récit captivant. C'est plutôt rassurant après la déception du premier tome : les deux suivants relèvent largement le niveau et laissent espérer de grandes choses pour la suite du cycle.

4. Orb Sceptre Throne

The tumult of great powers colliding has passed and the city of Darujhistan and its citizens can at last get on with what matters: trading, bickering, politicking and enjoying all the good things in life. However, not all are ready to leave the past behind. A treasure hunter, digging amongst the burial grounds that surround the city, is about to uncover a hidden crypt. He will open the last of a series of sealed vaults – the one that no other dared touch – and, in so doing, set free something so terrifying that the knowledge of its internment may have been systematically wiped from all history.

Fortune hunters are also at work far to the south. When a fragment of Moon's Spawn, once the home of Anomander Rake, Son of Darkness, crashed into the Rivan Sea it created a chain of small islands. Legends and rumours already surround them. The most potent of these is that here is hidden the Throne of Night, claimed by some to be the seat of Mother Dark herself. Either way, all who seek this ancient artefact – renegade mages, hardened mercenaries, even a Malazan army deserter – believe it will bestow unlimited power upon the eventual possessor. The stakes are high, greed is rife, betrayal inevitable, and murder and chaos lie in wait...

Ce quatrième tome nous permet de retrouver la cité de Darujhistan et sa galerie de personnages avec lesquels nous avions passé certains des meilleurs moments du cycle Malazan Book of the Fallen de Steven Erikson.

Malgré un petit coup de mou au milieu du livre, peut-être lié aussi à mon état de fatigue pendant la lecture, j'ai apprécié ce roman. Il est peut-être un cran en-deçà des deux précédents, mais cela reste un très bon roman de fantasy, surtout quand on apprécie l'univers créé par Steven Erikson et Ian C. Esslemont.

5. Blood and Bone

In the western sky the bright emerald banner of the Visitor descends like a portent of annihilation. On the continent of Jacuruku, the Thaumaturgs have mounted yet another expedition to tame the neighboring wild jungle. Yet this is no normal wilderness. It is called Himatan, and it is said to be half of the spirit realm and half of the earth. And it is said to be ruled by a powerful entity whom some name the Queen of Witches, and some a goddess: the ancient Ardata.

Saeng grew up knowing only the rule of the magus Thaumaturgs—but it was the voices out of that land's forgotten past that she listened to. And when her rulers mount an invasion of the neighboring jungle, those voices send her and her brother on a desperate mission.

To the south, the desert tribes are united by the arrival of a foreign warleader, a veteran commander in battered ashen mail whom his men call the Grey Ghost. This warleader takes the tribes on a raid like none other, deep into the heart of Thaumaturg lands. Meanwhile word comes to K'azz, and mercenary company the Crimson Guard, of a contract in Jacuruku. And their employer...none other than Ardata herself.

Comme dans le tome précédent, j'ai constaté un problème de rythme dans ce roman, avec un gros coup de mou au milieu du récit, comme si l'auteur prenait parfois trop de temps pour amener les personnages où il veut les amener.

Malgré tout, le résultat est plutôt plaisant et intéressant à lire. C'est clairement une critique de l'impérialisme, une satire des récits colonialistes du XIXe siècle. Il y a notamment une mise en abîme de la narration comme une mémoire historique qui s'écrit au fil des événements tout en les déformant, avec notamment des échanges hilarants entre le général de l'armée coloniale et le scribe chargé d'écrire les chroniques de la conquête.

6. Assail

To the North lies Assail. It is a land that has been impenetrable for centuries. Now, as the ice begins to melt, it starts to yield its long-hidden secrets and the steady march through this hostile environment begins. Awaiting those brave enough to make the journey is the murmured promise of riches and reverence. Some go seeking answers, some wealth, and some simply adventure.

In the South waits Silverfox. The newly incarnate Summoner of the undying army of the T'lan Imass, she will do anything in her power to halt the renewal of an ages-old crusade – a crusade that could lay waste to the entire continent... and beyond.

Shedding light on the mysteries that span the Malazan Empire, and offering glimpses into the epic history that shaped it, Assail brings this empire's epic story to a thrilling close.

Dans ce sixième et dernier tome, l’auteur nous fait voyager sur un nouveau continent, nous présente de nouveaux personnages, tout en nous permettant de retrouver ceux que nous suivons pour certains depuis le début du cycle. Le récit est plutôt bon, même s'il souffre à nouveau de quelques longueurs au milieu du roman, avec un ventre mou qu'il m'a fallu traverser plus ou moins laborieusement. Les derniers chapitres offrent en tout cas une jolie conclusion au cycle et même à certaines intrigues partagées avec le cycle de Steven Erikson.

Bilan du cycle

Globalement, ce cycle en six volumes est plutôt réussi, même si je continue de penser qu'il est un cran en-deça du cycle de Steven Erikson, qui m'avait vraiment émerveillé et parfois ému. Il est maintenant temps pour moi de dire au revoir à l'univers malazéen, avant peut-être d'y revenir dans quelques mois pour les autres romans et trilogies que les deux auteurs ont écrit depuis.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Travailler moins pour vivre mieux (Céline Marty)

J'ai entendu parler de ce livre et de son autrice dans un épisode de podcast que j'écoutais récemment, consacré à la question de la place que nous accordons au travail dans notre vie. Les propos de Céline Marty dans ce podcast m'avaient donné envie de lire l'ouvrage qu'elle a consacré à cette question.

Pourquoi nous définissons-nous par notre emploi ? Pourquoi cherchons-nous à être toujours productifs, au travail et sur notre temps libre ? D’où vient l’idée qu’il faudrait trouver une carrière qui nous passionne ?

Le productivisme est bien ancré dans nos sociétés fondées sur le travail, où il est censé satisfaire nos besoins matériels et garantir nos revenus et nos droits sociaux, voire donner un sens à nos vies. Pourtant, il n’a pas toujours été aussi central dans l’existence humaine. Comment s’est-il imposé comme une activité si cruciale, si valorisée et défendue par tant de discours politiques ?

À la croisée de la philosophie, de la sociologie et de l’histoire, Céline Marty décortique sans tabou les origines tumultueuses de notre idéologie du travail et dessine des pistes d’émancipation antiproductivistes.

Aujourd’hui, le travail blesse, tue et pollue. Face à l’urgence sociale et écologique, nous devons collectivement choisir ce que nous voulons vraiment produire. L’oisiveté pourrait-elle nous sauver ?

J'ai mis un peu de temps à entrer dans l'ouvrage, sans doute parce qu'il constitue principalement une synthèse de travaux et d'ouvrages que j'avais déjà lus auparavant, comme ceux de Danièle Linhart par exemple. L'autrice s'appuie également beaucoup sur les textes d'André Gorz, que je n'ai par contre par encore eu l'occasion de lire, un manque qu'il faudrait sans doute que je comble prochainement. Toujours est-il que pendant les premiers chapitres, le propos de l'autrice ne m'a pas appris grand chose, puisqu'elle prêchait un convaincu, déjà sensibilisé aux concepts qu'elle présente.

La suite, qui aborde des pistes de solutions, m'a heureusement semblé plus intéressante. Je ne partage pas forcément toutes les opinions exprimées par Céline Marty, notamment sur sa définition du travail que je trouve un peu restrictive, mais elle explique bien le raisonnement derrière sa définition et surtout son ouvrage a l'avantage d'ouvrir un débat salutaire dans une société où la “valeur travail” est célébrée à tort et à travers sans jamais la définir.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Dans ce recueil, Camille Leboulanger propose onze nouvelles qui oscillent entre pure science-fiction, légère anticipation, voire excursion vers le fantastique.

Je trouve que la description qu'en fait l'éditeur en quatrième de couverture décrit parfaitement le contenu de ce recueil :

Dévorer le futur rassemble onze nouvelles pour partie inédites. Attaché aux questions sociales, aux relations de pouvoir et à la prévention des catastrophes, Camille Leboulanger y déploie des visions modernes et décalées des structures idéologiques et économiques néo-libérales, mais aussi des conditions de l'émancipation.

J'ai beaucoup aimé les 11 nouvelles, elles sont à la fois riches en imagination et portées par des idées fortes. C'est vraiment impressionnant de voir de la fiction aussi politique tout en étant divertissante.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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The Democracy Project est un ouvrage publié en 2013, dans lequel l'anthropologue et activiste anarchiste David Graeber dresse un bilan du mouvement Occupy Wall Street et tente d'en tirer des leçons.

The Democracy Project is an exploration of anti-capitalist dissent and new political ideas from David Graeber, author of Debt: The First 5,000 Years and a leading member of the Occupy movement.

From the earliest meetings for Occupy Wall Street, David Graeber – activist, anarchist, and anthropologist – felt that something was different from previous demonstrations. As events gathered pace, from local actions like illegally teaching a seminar in the Bank of America lobby (in a tweed jacket he'd borrowed to look the part) to his harassment and attempted intimidation by New York police in Zuccotti Park, Graeber saw the other Occupy movements in Cairo, Athens, Barcelona and London and knew that times were truly changing.

This witty, provocative, yet wide-ranging and ideas-driven look at the actions of the 99% is a vital read in today's protest climate, and asks: why did it work this time? What went right? And what can we all do now to make our world democratic once again? An energetic account of contemporary events, The Democracy Project will change the way you think about anarchism and political organization.

Globalement, j'ai trouvé le livre très intéressant. Je connaissais assez peu le mouvement Occupy Wall Street, et l'auteur commence parfaitement par un faire un récit synthétique à hauteur d'homme, c'est-à-dire à travers son regard double, celui d'un activiste très engagé dans le mouvement, et de théoricien social qui tente de prendre du recul sur les événements.

La suite est plus théorique mais diablement intéressante. David Graeber tire des leçons du mouvement et en profite pour interroger la notion de démocratie et surtout la façon dont ce mot est brandi comme un emblème dont on n’interroge plus jamais la véritable définition et la façon dont elle a été détournée dans nos États modernes.

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“Nous étions six – cinq garçons et une fille – insouciants, frivoles, joyeux, dans un été de tous les possibles. Pourquoi a-t-il fallu que l'un d'entre nous disparaisse ?”

S'inspirant d'une histoire vécue, Philippe Besson retrace un drame de sa jeunesse, survenu dans l'île de Ré, un soir de juillet, au milieu des années 80.

Il fut un temps où je surveillais attentivement la sortie des romans de Philippe Besson, je les achetais dès le jour de leur sortie, et je les dévorais très vite. C'était l'époque où je le nommais aisément comme mon romancier contemporain favori. Puis mon enthousiasme a diminué, après quelques romans moins réussis qui me donnaient l'impression que leur auteur tournait un peu en rond, sur le fond comme sur la forme. Pourtant, j'ai continué à lire chacun de ses romans, avec plus ou moins de bonheur.

C'est donc par une sorte d'habitude que j'ai lu ce nouveau roman de Philippe Besson, dont j'ai découvert la publication très tardivement. Le premier contact, par le résumé en quatrième de couverture, m'avait semblé prometteur. La lecture des premières pages m'a également rassuré, et j'ai finalement dévoré ce livre en une journée.

Tout n'est pas parfait, il reste quelques banalités, des tics de langage et un style parfois auto-caricatural, mais le récit est intéressant et j'ai retrouvé quelques fulgurances qui m'avaient tant plu dans les premiers romans de l'auteur. Ce n'est plus tout à fait le Philippe Besson de ses débuts, mais c'est tout de même bien meilleur que ses précédents romans.

C'est un peu triste à dire, mais Philippe Besson n'est jamais meilleur que quand il écrit sur ses obsessions : le manque, l'absence, le deuil.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Boy meets boy. Boys become friends. Boys fall in love. The bestselling LGBTQ+ graphic novel about life, love, and everything that happens in between: this is the fifth volume of the much-loved Heartstopper series.

Nick and Charlie are very much in love. They've finally said those three little words, and Charlie has almost persuaded his mum to let him sleep over at Nick's house ... But with Nick going off to university next year, is everything about to change?

Les aventures de Nick and Charlie se poursuivent dans ce cinquième album, avec des personnages toujours aussi attachants et un récit toujours aussi mignon, mais qui sait aussi aborder avec finesse des sujets difficiles, comme les troubles du comportement alimentaire et la santé mentale en général.

Le prochain album, le sixième, sera le dernier, et je dois dire que je suis impatient de le lire mais que cela risque également de faire un pincement au coeur de dire au revoir à Nick et Charlie, et à tous leurs amis.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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The Dawn of Everything est un ouvrage co-écrit par le regretté anthropologue David Graeber et l'archéologue David Wengrow, et publié en 2021, quelques mois après la mort de David Graeber.

A dramatically new understanding of human history, challenging our most fundamental assumptions about social evolution—from the development of agriculture and cities to the origins of the state, democracy, and inequality—and revealing new possibilities for human emancipation.

For generations, our remote ancestors have been cast as primitive and childlike—either free and equal innocents, or thuggish and warlike. Civilization, we are told, could be achieved only by sacrificing those original freedoms or, alternatively, by taming our baser instincts. David Graeber and David Wengrow show how such theories first emerged in the eighteenth century as a conservative reaction to powerful critiques of European society posed by Indigenous observers and intellectuals. Revisiting this encounter has startling implications for how we make sense of human history today, including the origins of farming, property, cities, democracy, slavery, and civilization itself.

Drawing on pathbreaking research in archaeology and anthropology, the authors show how history becomes a far more interesting place once we learn to throw off our conceptual shackles and perceive what's really there. If humans did not spend 95 percent of their evolutionary past in tiny bands of hunter-gatherers, what were they doing all that time? If agriculture, and cities, did not mean a plunge into hierarchy and domination, then what kinds of social and economic organization did they lead to? The answers are often unexpected, and suggest that the course of human history may be less set in stone, and more full of playful, hopeful possibilities, than we tend to assume.

The Dawn of Everything fundamentally transforms our understanding of the human past and offers a path toward imagining new forms of freedom, new ways of organizing society. This is a monumental book of formidable intellectual range, animated by curiosity, moral vision, and a faith in the power of direct action.

J'avais envie de lire ce livre depuis sa sortie, mais j'ai seulement pris le courage de commencer ce pavé cette semaine, après avoir beaucoup lu et beaucoup aimé The Utopia of Rules: On Technology, Stupidity, and the Secret Joys of Bureaucracy, un ouvrage précédent de David Graeber sur la bureaucratie.

J'ai très vite été happé ma ce livre, fasciné par ce que j'y lisais. J'ai été pris entre deux tentations : le dévorer et le savourer. J'ai essayé de maintenir un équilibre entre les deux. Il faut dire que le texte est dense mais surtout brillant et très stimulant.

Je ne pourrais pas synthétiser ici tout le propos développé par les deux auteurs au fil des 700 pages, mais si je devais le résumer en quelques mots, je dirais qu'ils critiquent les récits classiques sur le développement linéaire de l'histoire, du primitivisme à la civilisation, des bandes de chasseurs-cueilleurs aux États modernes. Ils défendent au contraire que les premières sociétés humaines étaient diverses et ont développé et expérimenté consciemment une grande variété de structures politiques.

C'est évidemment un propos qui met du baume en coeur en ces temps où nous sommes confrontés à des défis majeurs et où nous devons réinventer, volontairement ou contraints par les événements, nos structures politiques et des modes de vie en société.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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