Zéro Janvier

Chroniques d'un terrien en détresse – Le blog personnel de Zéro Janvier

La trilogie californienne de Kim Stanley Robinson est composée de trois romans publiés entre 1984 et 1990, dans lesquels l’auteur américain de science-fiction imagine trois futurs possibles pour la Californie, et en particulier pour le comté d’Orange.


1. The Wild Shore

2047 : for the small Pacific Coast community of San Onofre, life in the aftermath of a devastating nuclear attack is a matter of survival, a day-to-day struggle to stay alive. But young Hank Fletcher dreams of the world that might have been, and might yet be — and dreams of playing a crucial role in America’s rebirth.

Dans le premier roman de la trilogie, The Wild Shore, publié en 1984, Kim Stanley Robinson imagine une Californie post-apocalyptique, après que les États-Unis aient été dévastés par une attaque nucléaire russe et mis depuis en quarantaine par les Nations Unies. Sur la côte ouest, la flotte japonaise surveille les survivants et tente d’empêcher toute réunification des communautés isolées.

Le protagoniste, Henry, est un adolescent de dix-sept ans qui vit dans un petit village côtier où quelques habitants tentent de survivre de pêche, d’agriculture, et d’échanges avec les communautés voisines. Avec ses amis, il rêve d’aventure, sans avoir conscience des dangers qui les entourent, malgré les mises en garde de Tom, le vieux professeur, si vieux qu’il a connu l’Amérique « d’avant ».

Je crois qu’il s’agit du premier roman publié par Kim Stanley Robinson, et je dois dire que j’ai été impressionné. Pour un premier roman, c’est une sacrée réussite. J’ai aimé le décor qu’il a imaginé, les personnages qu’il met en scène, et le récit qu’il nous permet de suivre.

Ce qui ajoute un certain charme à ce roman, quatre décennies après sa publication, c’est de voir le futur imaginé par Kim Stanley Robinson au milieu des années 1980, avec les préoccupations de l’époque : l’ennemi restait l’Union soviétique et son arsenal nucléaire, le Japon la puissance montante dans la Pacifique, et la Chine n’est quasiment pas citée.


2. The Gold Coast

2027 : Southern California is a developer’s dream gone mad, an endless sprawl of condos, freeways, and malls. Jim McPherson, the affluent son of a defense contractor, is a young man lost in a world of fast cars, casual sex, and designer drugs. But his descent in to the shadowy underground of industrial terrorism brings him into a shattering confrontation with his family, his goals, and his ideals.

Le deuxième tome de la trilogie, The Gold Coast, publié en 1988, nous plonge dans une Californie dystopique, où Kim Stanley Robinson a poussé à fond les curseurs du capitalisme et de l’ultra-libéralisme déjà triomphant à l’époque de l’écriture du roman.

D’une certaine façon, il s’agit d’une vision cauchemardesque et à peine déformée de la Californie d’aujourd’hui, en tout cas telle que l’auteur pouvait l’imaginer à l’époque. C’est le règne de la voiture et de l’urbanisation à outrance, quand même les parcs nationaux sont sacrifiés au profit de projets immobiliers démesurés.

Kim Stanley Robinson adopte ici une narration plus chorale : si Henry était clairement le protagoniste du premier roman, et si Jim, lui aussi amoureux des livres, semble son alter-égo et se situe au coeur du récit, nous suivons également son groupe d’amis mais aussi sa famille. Chaque personnage est intéressant à suivre et émouvant à sa façon. Je dois dire que la ligne narrative d’Abe m’a particulièrement touché.

A travers le personnage de Dennis, le pire de Jim, ingénieur malmené par un manager toxique dans une compagnie d’armement, l’auteur propose une critique féroce du monde de l’entreprise, du management, et du complexe militaro-industriel.

J’avais un peu d’appréhension en commençant ce deuxième roman de la trilogie, car sa version du futur de la Californie était celle qui me séduisait le moins, sans doute parce qu’elle est trop proche de notre présent ou du futur très proche que nous pouvons apercevoir. Finalement, j’ai beaucoup aimé ce roman, grâce à ses personnages très vivants, son récit captivant, et au talent de romancier de Kim Stanley Robinson. Je me demande même si je ne l’ai pas trouvé encore meilleur que le premier.


3. Pacific Edge

2065 : In a world that has rediscovered harmony with nature, the village of El Modena, California, is an ecotopia in the making. Kevin Claiborne, a young builder who has grown up in this “green” world, now finds himself caught up in the struggle to preserve his community's idyllic way of life from the resurgent forces of greed and exploitation.

Le dernier tome de la trilogie californienne, Pacific Edge, publié en 1990, met en scène la Californie comme une utopie éco-socialiste, qui a fait le choix d’un usage raisonné des ressources naturelles et de la technologie, mais où la menace du capitalisme tentateur n’a pas totalement disparu.

Le protagoniste est Kevin Claiborne, un jeune trentenaire qui rénove des maisons dans une petite communauté urbaine en Californie. Quand le roman commence, il vient de rejoindre le conseil municipal pour le « parti vert » et s’oppose très vite au nouveau maire et ses projets de développement immobilier. Cette opposition est renforcée par leur rivalité pour le coeur de Ramona, une amie d’enfance de Kevin.

Le récit de ce troisième roman est sans grand surprise et n’est peut-être pas celui qui m’a le plus passionné, mais j’ai bien aimé sa toile de fond. Kevin et ses proches nous permettent de découvrir une Californie éco-socialiste qui a fait des choix forts, notamment sur la gestion de l’eau comme un commun qui doit être exclu de la loi du marché, mais qui s’apprête à céder à nouveau aux sirènes du capitalisme et son illusoire « progrès ».

Le roman se lit bien et complète très bien les deux premiers. Je ne sais pas ce que j’en aurais pensé s’il s’agissait d’un roman indépendant, mais en tant que dernier tome de la trilogie, il fonctionnement parfaitement.


Conclusion

Les trois livres qui composent la trilogie californienne nous parlent du rapport entre la civilisation et les espaces naturels au sein desquels elle s’épanouit. Avec leurs trois futurs de la Californie, ils proposent d’explorer trois approches des liens entre technologie et nature, entre progrès et bonheur, entre individualité et communauté.

Dans chacun des trois romans, tel un fil rouge, le personnage de Tom Barnard, vieux mentor des protagonistes, sert de garant de la mémoire du passé et de témoin des changements, pour le meilleur comme pour le pire. Il est à la fois l’alter-ego de l’auteur et du lecteur, qui tous deux connaissent le monde réel et les chemins vers ces futurs possibles, plus ou moins désirables.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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This Radical Land, A Natural History of American Dissent, est un livre de l’historien américain Daegan Miller, publié en 2018 par The University of Chicago Press, et consacré à des idées et des expériences radicales dans l’histoire des États-Unis d’Amérique, en lien avec « l’espace sauvage », traduction approximative du concept de wilderness inventé au XIXe siècle par les nord-américains.

“The American people sees itself advance across the wilderness, draining swamps, straightening rivers, peopling the solitude, and subduing nature,” wrote Alexis de Tocqueville in 1835. That's largely how we still think of nineteenth-century America today: a country expanding unstoppably, bending the continent's natural bounty to the national will, heedless of consequence. A country of slavery and of Indian wars. There's much truth in that vision.

But if you know where to look, you can uncover a different history, one of vibrant resistance, one that's been mostly forgotten. This Radical Land recovers that story. Daegan Miller is our guide on a beautifully written, revelatory trip across the continent during which we encounter radical thinkers, settlers, and artists who grounded their ideas of freedom, justice, and progress in the very landscapes around them, even as the runaway engine of capitalism sought to steamroll everything in its path. Here we meet Thoreau, the expert surveyor, drawing anticapitalist property maps. We visit a black antislavery community in the Adirondack wilderness of upstate New York. We discover how seemingly commercial photographs of the transcontinental railroad secretly sent subversive messages, and how a band of utopian anarchists among California's sequoias imagined a greener, freer future. At every turn, everyday radicals looked to landscape for the language of their dissent—drawing crucial early links between the environment and social justice, links we're still struggling to strengthen today.

Working in a tradition that stretches from Thoreau to Rebecca Solnit, Miller offers nothing less than a new way of seeing the American past—and of understanding what it can offer us for the present . . . and the future.

Outre une introduction, un interlude, et une conclusion, le livre se compose de quatre longs chapitres :

  1. At the Boundary with Henry David Thoreau, sur la passion éprouvée par l’auteur de Walden pour une rivière et ses alentours, dans le Massachusetts
  2.  The Geography of Grace : Home in the Great Northern Wilderness, sur une communauté anti-esclavagiste dans les montagnes reculées du nord de l’État de New-York
  3. Revelator’s Progress : Sun Pictures of the Thousand-Mile Tree, sur les photographies de la nature prises par un photographe au XIXe siècle, à l’époque de la construction de la grande ligne ferroviaire transaméricaine
  4. Possession in the Land of Sequoyah, General Sherman, and Karl Marx, sur une communauté socialiste qui s’était installée au XIXe siècle au coeur de ce qui est désormais devenu le Sequioa National Park en Californie, connu par ses séquoias géants

J’espérais beaucoup de ce livre et malheureusement j’ai été un peu déçu.

D’abord car l’un des quatre chapitres, le troisième pour le pas le citer, m’a laissé totalement indifférent et m’a même vraiment ennuyé, ce qui signifie que je suis passé à côté d’un quart du livre.

Ensuite parce que les autres chapitres m’ont certes intéressé, mais sont malgré tout un peu longs et difficiles à lire. Le style de Daegan Miller est littéraire, c’est très joli à lire, mais pas forcément très accessible quand on s’attend à lire de la non-fiction classique, plus portée sur le factuel que sur l’esthétique. Je trouve tout à fait louable de vouloir écrire de la littérature de non-fiction de qualité, mais en l’occurrence pour ce livre j’ai trouvé que l’aiguille penchait trop vers la littérature et pas assez vers la non-fiction.

Malgré tout, il y a de très beaux passages sans ce livre, qui m’a également appris des choses que j’ignorais totalement sur l’histoire des États-Unis et notamment de sa contre-culture, loin du discours dominant sur le capitalisme triomphant.

Je sors donc un peu mitigé de cette lecture : le thème et les sujets abordés avaient tout pour me plaire, la promesse est en partie remplie car j’en ressors « enrichi » intellectuellement, mais la forme m’a un peu gêné.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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À quoi sert encore l’histoire ? est un essai d’Antoine Resche publié en décembre 2024 chez Qui Mal Y Pense. Historien de formation, avec un doctorat sur la ligne transatlantique au début du XXe siècle, l’auteur est également vulgarisateur historique depuis dix ans sur sa chaîne YouTube Histony et son blog Veni Vidi Sensi.

Valeur sûre des rayons de librairie, faiseuse de célébrités télévisuelles et figure tutélaire de nombreux débats politiques, l'histoire tient, partout, une place à part. Il faut dire que la discipline fascine. Mais pourquoi sommes-nous aussi sensibles et fidèles aux chants de Clio, quand bien même ses mélodies médiatiques semblent aujourd'hui cacophonie ? Doit-on se réjouir que l'étude du passé attire toujours autant les citoyens, les curieux de tout bord et les étudiants ? Et, plus largement, à quoi sert en-core l'histoire ? C'est à l'épineuse question du rôle et de l'intérêt de sa discipline que s'attaque Antoine Resche, docteur en histoire et vulgarisateur historique, dans ce petit essai. Avec un ton, un style et une honnêteté intellectuelle que les habitués de sa chaîne Youtube Histony retrouveront avec plaisir. Et qui ne manquera pas de séduire les autres !

J’ai découvert Antoine Resche il y a plusieurs années grâce à sa chaîne YouTube et à son blog, d’abord à travers sa série de vidéos et d’articles sur la Révolution Française, et je suis depuis son contenu avec un intérêt jamais démenti. J’apprécie sa démarche scientifique et son honnêteté intellectuelle : s’il passe beaucoup de temps à lire des ouvrages universitaires pour préparer ses contenus fouillés et partager l’état des connaissances académiques, il nous invite aussi à ne pas le croire sur parole et il nous donne les moyens d’aller vérifier par nous mêmes, notamment grâce à une bibliographie toujours riche et pertinente. Il aborde l’histoire comme une discipline vivante, où les approches et les questionnements évoluent et se complètent, où le doute est sain quand il s’appuie sur une démarche scientifique, où les savoirs sont cumulatifs voire peuvent être remis en cause par des recherches ultérieures.

C’est cette vision de l’histoire qu’il défend dans ce petit livre d’environ cent vingt pages. Après une courte préface signée par André Loez, lui aussi historien et animateur de l’excellent podcast Paroles d’histoire, Antoine Resche nous propose d’interroger l’utilité de l’histoire, le rôle qu’elle peut jouer ou que l’on tente de lui faire jouer. Les titres des cinq chapitres résument bien les différentes facettes de la discipline historique et de ses usages (et mésusages) publics :

  • Une histoire passionnante
  • Tirer les leçons de l’histoire ?
  • Un passé fédérateur à double tranchant
  • Une école de la pensée méthodique
  • L’autodéfense intellectuelle … contre soi

Le résultat est à la hauteur de mes attentes : dans un style vivant et percutant, en n’hésitant pas à s’appuyer sur son parcours personnel d’enfant et d’adolescent amateur d’histoire, puis d’historien et de vulgarisateur, Antoine Resche propose un beau et juste plaidoyer pour l’histoire, à la fois comme centre d’intérêt qui peut être passionnant et comme discipline scientifique qui doit être rigoureuse.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Radicals, sous-titré Outsiders changing the world, est un livre du journaliste britannique Jamie Bartlett, publié en anglais en 2017.

In the last few years the world has changed in unexpected ways. The power of radical ideas and groups is growing. What was once considered extreme is now the mainstream. But what is life like on the political fringes? What is the real power of radicals?

Radicals is an exploration of the individuals, groups and movements who are rejecting the way we live now, and attempting to find alternatives. In it, Jamie Bartlett, one of the world’s leading thinkers on radical politics and technology, takes us inside the strange and exciting worlds of the innovators, disruptors, idealists and extremists who think society is broken, and believe they know how to fix it. From dawn raids into open mines to the darkest recesses of the internet, Radicals introduces us to some of the most secretive and influential movements today: techno-futurists questing for immortality, far-right groups seeking to close borders, militant environmentalists striving to save the planet's natural reserves by any means possible, libertarian movements founding new countries, autonomous cooperatives in self-sustaining micro-societies, and psychedelic pioneers attempting to heal society with the help of powerful hallucinogens.

As well as providing a fascinating glimpse at the people and ideas driving these groups, Radicals also presents a startling argument: radicals are not only the symptoms of a deep unrest within the world today, but might also offer the most plausible models for our future.

Le livre est composé de huit chapitres où Jamie Bartlett raconte son immersion dans huit communautés ou groupes qui défendent des idées que l’on peut qualifier de radicales, dans le sens où elles veulent changer radicalement le monde ou tout cas remettre en cause certains des principes communément admis dans nos sociétés contemporaines

Ces huit chapitres sont, dans l’ordre :

1. The Transhumanist’s Wager : sur la tentative de candidature du transhumaniste Zoltan Istvan à l’élection présidentielle américaine en 2016

2. Fortress Europe : c’est peut-être le chapitre qui m’inquiétait le plus, car l’auteur y suit Tommy Robinson dans sa tentative d’importer au Royaume-Uni le mouvement nationaliste et anti-Islam Pediga, mais le résultat est intéressant, car l’auteur essaye d’expliquer ce qui peut mener certains individus vers ces idées radicales

3. The Trip Resort : sur un « stage » psychédélique aux Pays-Bas, qui permet à l’auteur d’exposer l’histoire du psychédélisme depuis la seconde moitié du XXe siècle jusqu’à nos jours

4. Interlude : Prevent : sur le programme de prévention de la radicalisation islamiste au Royaume-Uni, l’auteur prenant le temps d’en décrire les intentions, les méthodes, les résultats mais aussi les limites et les risques, notamment en terme de stigmatisation des personnes musulmanes et donc de renforcement des tentations radicales

5. Grillo vs Grillo : sur le mouvement italien Cinq Étoiles insufflé par le comédien Bepe Grillo, analysé comme une alliance entre d’une part les possibilités offertes par Internet et les réseaux sociaux, et d’une part un ras-le-bol d’une partie de la population contre une classe politique corrompue et éloignée des préoccupations quotidiennes

6. Temple of Duhm : sur une communauté semi-autonome et basée sur l’amour libre, installée au Portugal depuis vingt-cinq ans

7. The Activist’s Paradox : sur les mouvements écologistes d’action directe, mais aussi les limites de la culture militante qui peuvent freiner la diversité et la massification des luttes

8. Looking for Liberland : sur une micro-nation libertarienne entre la Croatie et la Serbie, l’occasion d’interroger l’hégémonie de l’État-nation comme organisation politique depuis le XIXe siècle

J’ai bien aimé la démarche de l’auteur, qui suit ses interlocuteurs en essayant de mettre son jugement en veilleuse. Le ton est parfois sérieux, parfois plus ironique, mais toujours respectueux envers les personnes qu’il suit. Il essaye de les comprendre et d’imaginer comment leurs idées pourraient changer le monde si elles étaient généralisées. Evidemment, je n’ai pas été convaincu par toutes les idées exposées, j’ai même été horrifié par certaines, mais j’ai apprécié que l’auteur les examine et cherche à les comprendre, sans forcément les justifier ou leur donner raison.

Dans sa conclusion, tout en rappelant qu’il ne partage pas toutes les idées exposées dans le livre, qu’elles ne sont pas forcément réalisables ni même souhaitables, Jamie Bartlett défend le fait que les idées radicales permettent d’interroger nos sociétés contemporaines, de les faire évoluer, de remettre en cause certains principes qui nous semblent aujourd’hui intangibles, voire d’envisager des alternatives face aux crises multiples auxquelles nous faisons face.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Les irresponsables, Qui a porté Hitler au pouvoir ?, est un essai de l’historien Johann Chapoutot, publié en février 2025 dans la collection NRF Essais chez Gallimard.

Un consortium libéral-autoritaire, tissé de solidarités d’affaires, de partis conservateurs, nationalistes et libéraux, de médias réactionnaires et d’élites traditionnelles, perd tout soutien populaire : au fil des élections, il passe de presque 50 % à moins de 10 % des voix et se demande comment garder le pouvoir sans majorité, sans parlement, voire sans démocratie. Cet extrême centre se pense destiné à gouverner par nature : sa politique est la meilleure et portera bientôt ses fruits. Quand les forces de répression avertissent qu’elles ne pourront faire face à un soulèvement généralisé, le pouvoir, qui ne repose sur aucune base électorale, décide de faire alliance avec l’extrême droite, avec laquelle il partage, au fond, à peu près tout, et de l’installer au sommet.

Cette histoire se déroule en Allemagne, entre mars 1930 et janvier 1933. Elle repose sur une lecture des archives politiques, des journaux intimes, correspondances, discours, articles de presse et Mémoires des acteurs et témoins majeurs. Elle révèle non pas la progression irrésistible de la marée brune, mais une stratégie pour capter son énergie au profit d’un libéralisme autoritaire imbu de lui-même, dilettante et, in fine, parfaitement irresponsable.

En un peu moins de trois cent pages, Johann Chapoutot raconte non pas la prise de pouvoir d’Hitler, comme on l’entend souvent, mais la façon dont la droite libérale autoritaire et nationaliste, minoritaire dans l’opinion mais sûre d’avoir raison seule contre tous, a choisi de faire alliance avec les nazis en espérant les contrôler, afin de poursuivre sa politique antisociale et impopulaire.

Si ce résumé vous rappelle des éléments de l’actualité, ce ne serait pas un hasard, et l’auteur revient longuement sur cette analogie dans sa conclusion. Après un récit dense et tragique des événements politiques de l’Allemagne des années 1930 à 1933, le chapitre conclusif permet un retour vers le présent, aussi douloureux que nécessaire.

J’aurais pu inonder cette critique de nombreuses citations tirées de ce livre, pour vous montrer l’intelligence du propos de Johann Chapoutot. Je me contenterai de vous encourager chaudement à lire ce livre, aussi intelligent et instructif qu’accessible.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Solarpunk – Vers des futurs radieux est un recueil de nouvelles dirigé par André-François Ruaud et publié en juin 2024 chez Les Moutons Électriques, une maison d’édition indépendante qui a malheureusement annoncé sa fermeture en janvier 2025.

Loin de la science-fiction militariste et des dystopies, le genre solarpunk propose des récits utopistes et écologiques, imagine des futurs meilleurs et propose des axes de réflexion pour penser l'avenir sous un jour radieux.

Une des particularités du solarpunk est qu'il s'agit d'un mouvement autogéré international, qui publie des anthologies un peu partout.

Il n'était pas encore paru d'anthologie francophone de solarpunk ; le moment nous a semblé bon pour le faire, en fêtant le 20e anniversaire des Moutons électriques, avec des nouvelles inédites de Christine Luce, Silène Edgar, Chloé Chevalier, Jeanne Mariem Corrèze, Basile Cendre, Dominique Warfa, Xavier Dollo, Jayaprakash Satyamurty, Laurent Queyssi et Morgane Caussarieu.

Le livre regroupe dix-sept textes dont l’appartenance au genre solarpunk est parfois ténue. De ce fait, les amateurs de solarpunk pourraient être déçus par ce recueil, même si personnellement j’ai trouvé certains textes vraiment intéressants. L’ensemble est plutôt agréable à lire, avec des hauts et des bas, comme souvent dans ce genre d’exercice où tous les textes ne peuvent pas plus à tout le monde.

Voici un bref aperçu de chacun des textes :

1. Une île (et quart) sous la lune rouge (Thomas Géha)

Une histoire assez étrange sur une île bretonne, que j’ai lue un dimanche soir et qui m’a suffisamment perturbé pour que je passe une mauvaise nuit, ce qui ne veut pas dire que cela en fait une mauvaise nouvelle, au contraire. Ce qui dérange à souvent du bon.

2. Retour au pays natal (Jean-Pierre Hubert)

Un alsacien tente de rentrer chez lui et traverse les Vosges, qui servent de zone tampon entre la Fédération néo-socialiste et le Rheinland démo-capitaliste. Sa voiture tombe en panne et il trouve refuge au sein d’une communauté libre.

3. Nulle part et en Crimée (Olav Koulikov)

Dans un empire anglo-russe autoritaire, un journaliste londonien part en reportage en Crimée, où se déroule la dernière guerre impériale.

4. Quelques pas en arrière entre Styx et Achéron (Jacques Boireau)

Un homme qui a fondé une cité utopique se remémore son enfance autour des Forges et de la Fonderie où travaillaient ses parents et où il était destiné à les rejoindre un jour.

5. Un point au large (Mélanie Fievet)

Le récit mélancolique d’une migration, d’une désertion, d’un exil, d’un départ vers l’ailleurs, vers le dehors, le refus d’un ordre social injuste et morose.

6. Bastiide (Laurent Queyssi)

Après l’effondrement, une fillette raconte le jour des funérailles du patriarche de la communauté fortifiée où elle a grandi.

7. Sur des langueurs océanes (Dominique Warfa)

Un adolescent naufragé qui a fui une communauté réactionnaire est accueilli sur une île artificielle pilotée par une IA et où cinq techniciens tentent de faire vivre une utopie scientifique et libertaire.

8. Premier mai (Silène Edgar)

Dans une France après l’effondrement, qui subit des hivers extrêmes et des étés caniculaires, où les plantes sont de plus en plus rares, des enfants tentent de quitter leur condition miséreuse en passant un concours qui favorise plutôt les jeunes bourgeois qui peuvent encore se payer une éducation.

9. La gueule sans crocs (Basile Cendre)

Dans une ville dévastée par le changement climatique, des adolescents partent à la recherche d’un garçonnet disparu dans les entrailles de la cité.

10. La pluie coule entre nos doigts (Christine Luce)

Sur une exoplanète où les premiers colons se sont organisés en Commune, un vaisseau spatial est à l’approche, transportant la nouvelle vague de colons venus d’une Terre épuisée.

11. La succulente (Chloé Chevalier)

Une fillette découvre, prend soin d’une plante inconnue venue d’ailleurs, et grandit à ses côtés.

12. Serveur autonome pour la sauvegarde de l’habitat alpin (Jeanne Mariem Corrèze)

SASHA, une intelligence artificielle, est chargé de veiller à la sauvegarde de l’écosystème alpin. J’aurais du mal à en dire beaucoup plus, car j’ai eu du mal à suivre où cette courte nouvelle voulait m’amener.

13. Ce qui n’est pas nommé (Roland C. Wagner)

Dans une cité côtière où il n’existe plus de mot pour désigner la pluie, des nomades du désert arrivent, et un adolescent s’apprête à passer l’épreuve rituelle pour devenir adulte. Roland C. Wagner joue parfaitement avec le langage et le vocabulaire dans cette très jolie nouvelle.

14. Voyageuse (Xavier Dollo)

Cinq ans après le cyclone qui a tué ses parents, sur une Terre dévastée et abandonnée par la majorité de ses habitants partis vers les étoiles, Caroline vit dans un bunker, protégée du monde extérieur par des droïdes. Un jour, une étoile tombe du ciel.

15. Fran et ses deux maris (Nicolas Texier)

Dans un futur plus ou moins proche, les humains ont accepté de prendre une drogue pour éteindre leur instinct de domination et remettre leur survie aux mains d’une intelligence artificielle qui décide désormais quasiment tout pour eux, au nom de leur protection et celle de leur écosystème.

16. Quand on aura fini, elle sera magnifique (Blaise Cendre)

Un vieux briscard du recyclage planétaire, qui cherche la rédemption pour ses fautes passées, et sa jeune assistante débarquent sur une des nombreuses planètes surexploitées par l’expansion humaine, avant que l’humanité renonce à ses penchants destructeurs.

17. Dans l’enfer plutonien (Jayaprakash Satyamurthy)

Un très court texte assez obscur, dont je ne suis pas certain d’avoir saisi le sens.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Quand commence le capitalisme ?, De la société féodale au monde de l’Économie, est un essai de l’historien Jérôme Baschet, publié en avril 2024 aux éditions Crise & Critique.

Quand le capitalisme a-t-il commencé ? L'interrogation paraît simple. Pourtant, aucun consensus n'émerge parmi les historiens. En adoptant un critère rigoureux pour distinguer le capitalisme des simples pratiques commerciales et monétaires, Jérôme Baschet remet en question bien des modèles historiques classiques et explore la complexité des forces à l'oeuvre dans la transition du féodalisme au capitalisme. Il interroge les dynamiques internes de la société médiévale, soulignant les spécificités de la trajectoire européenne tout en récusant les biais eurocentriques.

Défendant une perspective discontinuiste, il souligne que cette transition na rien dune évolution linéaire prédestinée, mais quelle représente une rupture radicale dans l'histoire humaine et planétaire, dont la portée se révèle pleinement dans le contexte actuel de crise climatique et écologique.

Sur les trois questions considérées quand ? comment ? quoi ? , l'auteur semploie à clarifier les termes des débats à mener, offrant ainsi une réflexion approfondie sur la formation historique du capitalisme, un monde caractérisé par l’autonomisation de l’économie et l’affirmation d’une logique d’illimitation, dont il nous est donné aujourd’hui d’éprouver les conséquences.

Après avoir lu La civilisation féodale, qui était un pavé dense et passionnant, j’ai eu envie de poursuivre mes lectures des ouvrages de Jérôme Baschet, avec cet essai plus court qui prolonge certaines réflexions sur la transition entre féodalité et capitalisme.

L’ouvrage est composé de trois chapitres qui s’articulent chacun autour d’une question : Quand ? Comment ? Quoi ?

Dans le premier chapitre, Chronologie : de si grandes divergences, Jérôme Baschet présente les différentes théories sur la « date de naissance » du capitalisme puis défend la thèse d’une apparition tardive et brutale, autour du XVIIIe et du XIXe siècle.

Dans le deuxième chapitre, Quels facteurs de la transition ?, l’auteur analyse les éléments qui caractérisent et ont permis la transition du féodalisme au capitalisme. Il s’appuie pour cela sur ses réflexions sur la civilisation féodo-ecclésiale développées dans La civilisation féodale, mais aussi sur les travaux de l’anthropologue Philippe Descola sur le naturalisme et la naissance de la rupture entre nature et culture dans la pensée européenne.

Enfin, dans la troisième partie, Capitalisme : mais de quoi parle-t-on ?, Jérôme Baschet tente une définition du capitalisme et insiste sur la différence entre d’une part la présence d’activités du capital (commerce, manufacture, etc.) dans des sociétés non capitalistes (par exemple la civilisation médiévale européenne définie par le féodalisme et l’Église), et d’autre part l’existence d’un système capitaliste global qui caractérise un nouvel ordre social. Dans celui-ci, l’économie s’est autonomisée de la société et les rapports de production et sociaux sont définis et sous l’emprise du capital.

J’ai lu très rapidement cet essai, à la fois parce qu’il est court et parce qu’il est très accessible et rapide à lire. Jérôme Baschet va à l’essentiel pour aborder son sujet, on sent qu’il aurait pu développer certaines thématiques mais qu’il a souhaité rester concentré sur la ligne directrice tout au long de son texte.

J’ai trouvé ce livre captivant du début à la fin, et cela ne fait que renforcer mon intérêt pour les textes de Jérôme Baschet. Si je ne partage pas forcément toutes ses idées, j’apprécie ses réflexions et ce qu’elles apportent aux débats sur une éventuelle et souhaitable transition post-capitaliste. A ce propos, je ne peux pas achever ce billet sans citer le dernier paragraphe de la conclusion :

En tout cas, on admettra que ce n’est pas la même chose de penser le dépassement du capitalisme selon que l’on voit en lui l’aboutissement de tendances millénaires inscrites dans la nature humaine ou, au contraire, une anomalie historique radicale, ayant conduit à une drastique dégradation des conditions de vie sur Terre et mettant en péril l’existence de très nombreuses espèces, homo sapiens compris.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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La civilisation féodale, De l’an mil à la colonisation de l’Amérique, est un livre de l’historien Jérôme Baschet, publié pour la première fois en 2004 et dont j’ai lu la quatrième édition de 2018.

Sombre repoussoir des Lumières et de la modernité, le Moyen Âge peine à se défaire de sa mauvaise réputation. Pourtant, au cœur de ce millénaire se loge une singulière période d’essor et d’élan créateur, déterminante pour la destinée du monde européen.

Réputé anarchique, le système féodal repose en fait sur une organisation sociale efficace. L’Église, colonne vertébrale de la société, assure la cohésion des entités locales tout en conférant à la chrétienté une prétention à l’universalité. Les manières de percevoir et de vivre le temps, l’espace, l’au-delà, l’âme et le corps révèlent les paradoxes d’une civilisation exceptionnellement féconde.

Ainsi, le féodalisme, traditionnellement considéré comme l’âge de la stagnation et de l’obscurantisme, pourrait bien être l’un des ressorts oubliés de la dynamique par laquelle l’Occident a imposé sa domination à l’Amérique d’abord, puis à l’ensemble de la planète.

Porté par une thèse originale, La Civilisation féodale s’est imposé dès sa première parution comme une somme incontournable sur l’histoire médiévale.

Dans une première partie qui suit une construction principalement chronologique, Jérôme Baschet relate la formation et l’essor de la chrétienté féodale :

  1. Genèse de la société chrétienne : Le haut Moyen-Âge
  2. Ordre seigneurial et croissance féodale
  3. L’Église, institution dominante du féodalisme
  4. De l’Europe médiévale à l’Amérique coloniale

Dans une seconde partie plus thématique, l’auteur décrit les structures fondamentales de la société médiévale :

  1. Les cadres temporels de la chrétienté
  2. La structuration spatiale de la société féodale
  3. La logique du salut
  4. Corps et âmes : personne humaine et société chrétienne
  5. La parenté : reproduction physique et symbolique de la chrétienneté
  6. L’expansion médiévale des images

Hormis quelques rares passages que j’ai survolés, j’ai été passionné du début à la fin. Jérôme Baschet propose une synthèse passionnante, érudite mais d'une grande clarté sur la civilisation féodale, de son berceau européen à sa colonisation de l'Amérique.

L’auteur défend la thèse d’un « long Moyen-Âge » théorisé par Jacques Le Goff et qui s’étendrait jusqu’au tournant du XVIIIe siècle et du XIXe siècle, la révolution industrielle servant de rupture avec la période contemporaine. Ainsi, Jérôme Baschet considère la colonisation de l’Amérique comme une conséquence propre à la logique médiévale et non comme le point de départ de la modernité et du capitalisme, comme d’autres auteurs l’affirment. Je ne sais pas comment me positionner exactement dans ce débat, je ne suis pas certain d’ailleurs d’avoir les armes théoriques pour le faire personnellement, mais c’est un débat intéressant et parfaitement alimenté par les arguments et les réflexions de Jérôme Baschet.

De façon générale, j’aime décidément beaucoup les textes de Jérôme Baschet et son approche d'universitaire français qui vit désormais au Mexique et qui étudie et enseigne l'histoire européenne vue d'Amérique.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Après avoir lu Le Père Goriot, j’ai voulu poursuivre ma découverte de La Comédie humaine d’Honoré Balzac avec un autre roman parmi les plus connus de l’auteur : Illusions perdues, dans cette belle édition de Patrick Berthier chez Le Livre de Poche. Il faut le dire, l’appareil critique est de grande qualité et j’ai lu avec beaucoup d’intérêt la préface et les notes de bas de page de Patrick Berthier.

À Angoulême, David Séchard, un jeune poète idéaliste, embauche dans son imprimerie un ami de collège, Lucien Chardon, qui prendra bientôt le nom de sa mère, Rubempré. Poète lui aussi, il bénéficie d'une sorte de gloire locale et fréquente le salon de Louise de Bargeton à qui le lie bientôt une intrigue sentimentale qui fait tant jaser que tous les deux partent pour Paris.

Voilà bientôt Lucien lancé dans le monde des lettres aussi bien que de la haute société, mais si Paris est la ville des “gens supérieurs”, ce sera également pour lui celle des désillusions. C'est bien la figure de Lucien, en effet, qui donne surtout son unité aux Illusions perdues qui ont d'abord été, de 1837 à 1843, une suite de trois romans devenus plus tard les trois parties de celui que nous lisons, quand Balzac eut conçu le projet de La Comédie humaine et décidé de faire de sa trilogie l'une des Scènes de la vie de province.

Car si Paris reste bien au cœur du triptyque, c'est à Angoulême, néanmoins, que se noue le destin des héros, à Angoulême encore qu'il s'assombrit. Revenu dans sa ville natale, Lucien n'est pas loin d'y sombrer – avant une véritable ascension dont Balzac fera le récit dans un autre grand livre : Splendeurs et misères des courtisanes.

Si Le Père Goriot était relativement court et se lisait facilement, celui-ci est un pavé, parfois à la limite de l’indigeste. Le coeur du récit est passionnant, l’arc narratif autour de Lucien est bien mené, mais Balzac a trop souvent tendance à faire des digressions et à alourdir son texte de détails et de détours tout à fait dispensables, surtout que le lecteur contemporain que je suis.

Le parcours de Lucien est tragique, dans le sens où sa destinée, faite d’ascension et de chute, semble écrite d’avance. Son départ pour Paris, par amour autant que par ambition, pourrait être le début d’une grande carrière, mais aussi le début des tentations et des désillusions. De caractère trop faible, plus attiré par les mondanités faciles que par le travail souterrain, Lucien plonge dans le monde corrompu du journalisme au détriment de sa carrière d’auteur, et il finit par en payer le prix. Tel Icare, Lucien s’approche trop du soleil et chute quand il croit avoir atteint son but. Son retour à Angoulême marque autant la fin de ses illusions que de celles de sa famille sur lui-même.

Malgré les trop nombreuses digressions et longueurs, que l’on peut en partie expliquer par la publication du texte sous forme de feuilleton, je comprends pourquoi ce roman est considéré comme un classique et un chef d’oeuvre de la littérature française. J’ai parfois souffert en lisant certains chapitres rébarbatifs et répétitifs, mais le roman offre également de très beaux moments. Le portrait de la société mondaine parisienne et du milieu du journalisme et des éditeurs est aussi cruel que passionnant.

Je ne sais pas si j’aurai le courage de plonger dans d’autres romans de La Comédie humaine, mais je suis déjà heureux d’avoir pris le temps d’en lire deux oeuvres parmi les plus connues. Cela valait le coup, assurément.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Il y a quelques années, j'avais entrepris de rattraper mes lacunes dans les classiques de la littérature française, en particulier parmi les grands auteurs du XIXe siècle. J'avais commencé par Victor Hugo, puis Emile Zola, dont j'avais beaucoup aimé la saga des Rougon-Macquart. Cette année, je vais essayer de découvrir l'oeuvre d'Honoré de Balzac, même si je ne pense pas avoir le courage de lire la presque centaine de romans qui composent La Comédie humaine. Je débute par ses livres les plus connus, à commencer par Le Père Goriot publié entre 1834 et 1835, d'abord en feuilleton puis en librairie.

Un brave homme – pension bourgeoise, 600 francs de rente – s'étant dépouillé pour ses filles qui toutes deux ont 50 000 livres de rente, mourant comme un chien : telle est l'indication que l'on peut lire dans l'album de Balzac qui contient le germe du Père Goriot.

Mais ce roman est bien autre chose que le récit d'une agonie. C'est l'éducation sentimentale de Rastignac, jeune provincial monté à Paris, son apprentissage de la vie, de la société et des hommes. C'est aussi le portrait d'une ville livrée au plaisir, où les honnêtes gens se déchirent entre eux. C'est enfin Vautrin qui, sous des dehors bon enfant, cache un visage démoniaque. À l'image de la pension Vauquer, Le Père Goriot est un carrefour où se croisent les destins.

Il s'agit d'un roman relativement court, un peu plus de deux cent pages dans l'édition numérique que j'ai lue. Nous y suivons les aventures d'Eugène de Rastignac, aristocrate ambitieux sans le sou, étudiant tout juste débarqué à Paris, où il cherche la fortune, l'amour, et le prestige social. En attendant, il loue une chambre dans une pension, parmi une galerie de personnages désargentés. Parmi eux, le Père Goriot, un artisan veuf et retraité, dévoué à ses deux filles, égoïstes et frivoles qui se sont éloignées de lui depuis qu'elles ont chacune fait un beau mariage.

Si le style de Balzac est parfois lourd pour un lecteur contemporain, ses personnages sont magnifiquement écrits et son portrait de la société parisienne sous la Restauration est cruellement sublime. Je comprends que ce roman fasse partie des classiques de l'auteur et qu'il soit souvent cité parmi ceux qu'il faut lire parmi tous ceux qui composent La Comédie humaine.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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