Zéro Janvier

Chroniques d'un terrien en détresse – Le blog personnel de Zéro Janvier

L’espoir et l’effroi est un livre de l’historien Xavier Vigna, publié en 2016 chez La Découverte. Il me semble que le sous-titre, Luttes d'écritures et luttes de classes en France au XXe siècle décrit bien l’objet de l’ouvrage : il s'agit pour l'auteur d'étudier les écrits par et/ou sur la classe ouvrière en France tout au long du XXe siècle, comme autant de luttes d'écritures qui participent aux luttes de classes.

En France, le XXe siècle a porté la classe ouvrière à son apogée. Vagues de grèves, syndicats et organisation politique ouvrière ont suscité l'espoir et l'effroi devant un possible bouleversement de l'ordre social. Ce double sentiment s'est exprimé dans une multitude d'écrits (ouvriers, patronat, fonctionnaires, prêtres, sociologues...) de tous types (brochures, témoignages, romans, archives, enquêtes...), autant de luttes d'écritures qui participent bien de luttes de classes.

Le XXe siècle a porté à son apogée la classe ouvrière en France. Les vagues de grèves qu'elle conduit et les organisations syndicales ou politiques qu'elle rejoint suscitent à la fois espoir et effroi, devant l'idée que les ouvriers puissent bouleverser radicalement l'ordre social.

Ce double sentiment s'est exprimé dans une multitude d'écrits. L'État par le truchement de la police ou des inspecteurs du travail, le patronat, les organisations catholiques, les sociologues, sans parler des lettrés qui choisirent de se faire ouvriers plus ou moins longtemps dès l'entre-deux-guerres, n'ont cessé d'évaluer la classe ouvrière et sa moralité. Les ouvriers ont répondu dans des tracts, des témoignages ou des romans, qui racontent le travail, la vie et les luttes.

Ce sont ces textes, tantôt sous forme d'archives, tantôt publiés, connus ou complètement inédits, que Xavier Vigna explore dans ce livre.Il montre que ces luttes d'écritures relèvent bien de luttes de classes.

On se souvient d'Emmanuel Macron dénonçant l'illettrisme supposé des ouvriers : quand un tel mépris vient légitimer la domination sociale et politique, quand l'anticommunisme conduit à l'anti-ouvriérisme, l'écriture ouvrière, qui réplique et réfute, oeuvre à l'émancipation individuelle et collective.

En revisitant l'histoire ouvrière, cet ouvrage invite à relire le XXe siècle français.

J’avais lu juste avant un autre ouvrage de Xavier Vigna, son Histoire des ouvriers en France au XXe siècle, et je dois dire que je suis content de les avoir lus dans cet ordre. Si le premier était intéressant, il était aussi parfois un peu aride, alors que celui-ci est tout aussi dense mais m’a beaucoup plus séduit, sans doute parce qu’il aborde directement ces sujets qui me passionnent et me touchent : l’écriture et la littérature. Il y a ainsi une sorte de sensibilité dans cet ouvrage, et c’est appréciable dans un livre d’histoire au demeurant d’une grande rigueur.

Xavier Vigna parcourt avec nous des écrits sur la classe ouvrière, qu’ils soient écrits par des ouvriers ou non, et y décèle deux sentiments distincts : l’espoir et l’effroi, qui donnent au livre son titre. En mobilisant une multitude d’exemples issus d’enquêtes administratives ou policières, de discours et rapports patronaux, de textes syndicaux, des sciences sociales, et de la littérature, l’auteur montre comment ces écrits donnent vie à des représentations de la classe ouvrière, éclairent sur les points de vue divers sur cette classe centrale tout au long du XXe siècle, et participent ainsi d’une lutte des classes.

C’est un livre remarquable, l’un des meilleurs et plus beaux livres d’histoire que j’ai eu l’occasion de lire. Il est vrai que par mon histoire familiale, par ma passion pour l’écriture et la littérature, le sujet me touche particulièrement, mais je ne souhaite pas sous-estimer le travail remarquable et le talent d’auteur de Xavier Vigna qui ont permis de proposer cet ouvrage érudit et sensible. Quand l’Histoire touche au sublime …

J’ai passé une bonne partie de ma lecture à surligner des passages sur ma liseuse, j’aurais pu en restituer un grand nombre ici, mais je préfère me concentrer sur 2 extraits :

Le premier, qui peut sembler anecdotique mais m’a fait sourire, parle du fossé qui semble exister entre la classe ouvrière et le genre autobiographique :

Autant l'écriture militante peut en effet justifier de sa légitimité politique ou morale, autant l'introspection autobiographique ne semble pas présenter le même intérêt dans la classe ouvrière. Le sociologue Jean Peneff rappelle à cet égard que « l'attitude consistant à verbaliser longuement sur soi et à prendre comme centre d'intérêt la continuité de sa propre existence n'appartient pas également à toutes les classes sociales ».

Le second, plus long, est extrait de la conclusion :

Du côté de la classe ouvrière, deux effets politiques de la prise d’écriture méritent d’être relevés. Tout d’abord, l’analogie entre écrire et crier n’est pas seulement phonique : la prise d’écriture correspond également à la volonté de formuler une plainte ou une colère et d’alerter, de rassembler autour de cette voix. Dans le tract qui dénonce une condition et formule des revendications, dans l’article d’un journal ouvrier qui raille et alerte, dans le témoignage qui rapporte une trajectoire, s’entendent des voix coléreuses ou ironiques, un ton résolu ou emporté, une douleur et une crainte aussi. Car le récit ouvrier, quelle que soit la forme qu’il choisit, ne baigne jamais dans la sérénité, jusque dans l’évocation d’une victoire ou le récit d’une ascension exemplaire. Les ouvriers écrivent et crient tout en même temps : leur histoire, et donc leurs triomphes et leurs défaites, leur quotidien, leur travail, leur vie. L’écriture donne forme, consistance et ampleur à l’impétuosité liminaire et lui permet de circuler, d’émouvoir, de convaincre peut-être.

Il ne s’agit certes pas de faire de l’écriture un autre trait de la classe ouvrière qu’on associerait à une tradition de lutte. L’écriture, a fortiori ouvrière, demeure une pratique minoritaire. Toutefois elle constitue une activité individuelle qui, dans ses usages, et notamment ses usages militants au travers des tracts et des journaux, déborde vers le collectif, et d’abord parce qu’elle le vise et le construit. Surtout, elle constitue de part en part une pratique politique dans la mesure où, même quand elle entend seulement porter témoignage, elle vient ratifier ou, le plus souvent, contester un discours tenu sur le monde ouvrier, faire connaître un métier et une usine ou, plus simplement encore, transmettre la mémoire de travailleurs ordinaires.

Dès lors, par sa seule existence, elle vient se substituer soit au silence, soit aux vociférations qu’on attend ou qu’on redoute de cette classe et ainsi manifester une pensée, aussi précaire et démunie soit-elle. Même quand l’auteur se contente de copier une analyse ou des mots d’ordre élaborés ailleurs et plus haut, tel ce militant attaché à reprendre littéralement des formules de son organisation, un acte politique, parfois minuscule, est posé : car une ouvrière ou un ouvrier, supposé(e) d’abord travailler et se taire, vient prendre la parole et faire un pas de côté, qui prolonge le plus souvent celui opéré par l’organisation dans laquelle il ou elle se reconnaît.

C’est pourquoi l’écriture participe de l’émancipation, la permet, la traduit et l’amplifie tout à la fois. Contre la subordination et l’assignation au silence et à une place, un texte vient manifester un écart, pour contredire, porter témoignage, et, plus rarement, faire entendre une voix singulière. Or l’émancipation marque un trajet et opère un déplacement, au terme desquels l’ouvrière ou l’ouvrier ne se trouve pas, ou plus, là où l’on l’attendait et, peut-être, là où l’on l’espérait : il ou elle adopte en effet des positions inattendues, singulières, à la fois étonnantes et individuelles, qui signalent la trajectoire d’un sujet. L’émancipation ouvrière vient bousculer et compliquer, sans nécessairement défaire, l’assignation à la classe et à ses organisations : elle reconfigure sans cesse les partages traditionnels. L’ouvrier, dont la prise d’écriture traduit l’émancipation, vient surprendre, déconcerter, par sa radicalité ou sa modération, ses engagements nouveaux ou son retrait ; il peut alors susciter l’espoir ou l’effroi, la déception peut-être.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Une histoire sociale et politique de la « classe ouvrière ». Loin des idées reçues, cet ouvrage sans équivalent raconte et explore « le siècle ouvrier ». Faisant la part belle aux témoignages, l'auteur trace les contours du quotidien ouvrier : travail, engagements, combats, mais aussi vie de famille, logements, loisirs. Il inscrit l'histoire de ces hommes et ces femmes dans un siècle scandé par les crises, du Front populaire à Mai 1968, en passant par les deux guerres mondiales et la crise des années 1930. Balayant bien des clichés – comme les liens indéfectibles entre partis de gauche et classe ouvrière – et investissant d'autres thèmes – les femmes, les immigrés, la « centralité » ouvrière –, cette synthèse novatrice nous livre les clés pour saisir la force et la complexité d'un monde qui incarne le XXe siècle français dans son aspiration à la solidarité comme dans sa récente déstabilisation.

Dans cet ouvrage très dense, l'historien Xavier Vigna propose, comme l'indique le titre, une histoire des ouvriers en France au XXe siècle. Qualifié de « siècle ouvrier », le XXe siècle voit en effet l'avènement politique, social et culturel de la « centralité ouvrière », avant un déclin dans les dernières décennies du siècle.

L'auteur dresse une histoire du mouvement ouvrier en France, fait quelques comparaisons avec nos voisins européens, et interroge les liens plus ou moins étroits entre celui-ci et la gauche politique, en rappelant l'existence ancienne et persistante d'une fraction conservatrice de la classe ouvrière. Il aborde également l'histoire à hauteur d'homme et de femme, en étudiant le quotidien des ouvriers, des ouvrières et de leurs familles.

Comme je l'ai dit, le texte est dense et il faut parfois s'accrocher, ou comme je l'ai fait, survoler certains passages trop détaillés (notamment certains enchainements de chiffres et de statistiques dont j'ai compris l'essentiel sans avoir forcément envie d'en connaître le détail). L'ensemble est tout de même riche, nuancé, et passionnant. Un excellent livre de référence sur la classe ouvrière française au XXe siècle.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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On aime à se dire qu'elle est essentielle. Mais, en réalité, l'amitié est souvent raillée, considérée comme futile ou invisibilisée. Dans les films, les livres, les imaginaires et les récits que l'on fait de nos parcours, elle passe presque toujours à l'arrière-plan : la jeunesse terminée, elle devrait s'éclipser au profit du couple et de la famille. Elle est ce lien que l'on sacrifie volontiers les années passant, quitte à abandonner une petite part de soi avec. Mais pourquoi le couple romantique représenterait-il l'unique façon de cheminer avec d'autres dans l'existence ?

Depuis quelques années, de plus en plus de personnes décident de revendiquer leurs amitiés et de s'engager pleinement dans ces relations. Elles y découvrent des lieux de joie, mais aussi de solidarité et de résistance face aux aliénations du système patriarcal, capitaliste et dans une période de grande incertitude écologique. Hétéros ou queers, entre femmes, entre hommes ou dans des groupes mixtes, elles et ils sont nombreux à réinventer, entre ami.es, des manières de militer, d'habiter, de consommer, de faire famille, de vieillir ensemble et, finalement, de prendre soin les un.es des autres.

Mobilisant de nombreux entretiens, des références culturelles, des études sociologiques aussi bien que des textes philosophiques, Alice Raybaud montre que l'amitié porte une dimension libératrice puissante, qu'elle peut être une force de dissidence et d'émancipation. Elle appelle ainsi à réinventer ce lien, intime et politique, et à remettre nos amitiés au centre de nos vies.

J'avais beaucoup aimé 3 : Une aspiration au dehors, l'essai de Geoffroy de Lagasnerie où il racontait le trio amical qu'il forme avec Didier Eribon et Edouard Louis et partait de cet exemple pour explorer la place prise par l'amitié, et ses limites, dans notre société. Sur le même sujet, mais sur un format plus journalistique, j'ai également beaucoup aimé cet ouvrage d'Alice Raybaud, que j'avais eu le plaisir de voir échanger sur son livre dans un entretien vidéo sur le média Blast.

A travers des témoignages, des recherches en sciences humaines, et quelques références culturelles, l'autrice interroge la place des relations amicales dans la société et dévoile des perspectives de transformations plus ou moins radicales basées sur des expérimentations qui sortent du modèle de la famille nucléaire classique.

C'est très intéressant, bien documenté, joliment écrit, parfois émouvant, et surtout très enthousiasmant !

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Les Animaux-Villes est le titre plus ou moins officiel d’un diptyque de science-fiction française. Le premier roman, Etoiles mortes, publié en 1991, a été écrit en solo par Jean-Claude Dunyach, avant qu’il ne s’associe avec Ayderdhal pour co-écrire et publier Etoiles mourantes en 1999.

1. Etoiles mortes

Vingt-sept Animaux-Villes vivantes ont offert le voyage instantané à l'humanité, ou du moins à ceux capables de payer le tarif exorbitant exigé par le Cartel. Pour les autres, il ne reste qu'à devenir un Astral : un être désincarné qui attend que son corps le rejoigne à bord d'un vaisseau d'émigrants.

Closter, artiste en mal de création, rencontre Marika, l'Astrale qui se sert du corps des autres pour voyager à travers les mondes. L'un court après sa mémoire, l'autre après sa chair. Ensemble, ils vont traverser le miroir des apparences...

Etoiles mortes est un joli roman de science-fiction française, très poétique, parfois pas évident à suivre, mais plutôt réussi. Ce n'est pas du space-opera classique, c'est plutôt une belle histoire d'amour sur un cadre science-fictif original et réussi.

2. Etoiles mourantes

« Il est grand temps de s'apercevoir que ce qui divise les rameaux tient moins de leurs différences que de leurs similitudes, dont le racisme et l'autosatisfaction sont les pires exemples. »

Quand les Animaux-Villes ont surgi dans le système solaire pour héberger les humains, ils leur ont aussi permis le voyage instantané. Alors l'humanité s'est scindée en quatre rameaux : autant de cultures, autant de modes de vie, autant de systèmes politiques. Qui se méprisent faute de pouvoir se faire la guerre.

Aujourd'hui l'heure des retrouvailles a sonné : les Animaux-Villes ont décidé de convoyer des représentants de chaque rameau pour assister à l'explosion d'une supernova ...

Le ton de ce second roman est très différent de celui du premier, Etoiles mortes : après l'atmosphère poétique du précédent roman, celui-ci est un space-opera plus classique, épique, inventif, et passionnant. J'ai beaucoup aimé cette histoire où quatre “rameaux” de l'humanité se réunissent, accompagnés des fameuses Animaux-Villes déjà rencontrées dans Etoiles mortes, pour assister à la mort d'une étoile. Au programme : soupçons, complots, trahisons, mais aussi découverte, émerveillement et espoir.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Chien du Heaume et Mordre le Bouclier forment un diptyque de fantasy écrit par Justine Niogret et publié aux Editions Mnémos en 2009 et 2011. J’en avais entendu beaucoup de bien mais j’ai mis beaucoup de temps avant de me lancer enfin de la lecture, pendant mes vacances estivales.

1. Chien du Heaume

On l’appelle Chien du Heaume parce qu’elle n’a plus ni nom ni passé, juste une hache ornée de serpents à qui elle a confié sa vie. La quête de ses origines la mène sur les terres brumeuses du chevalier Sanglier, qui règne sans partage sur le castel de Broe.

Elle y rencontre Regehir, le forgeron à la gueule barrée d’une croix, Iynge, le jeune guerrier à la voix douce, mais aussi des ennemis à la langue fourbe ou à l’épée traîtresse. Comme la Salamandre, cauchemar des hommes de guerre...

On l’appelle Chien du Heaume parce qu’à chaque bataille, c’est elle qu’on siffle. Dans l’univers âpre et sans merci du haut Moyen Âge, loin de l’image idéalisée que l’on se fait de ces temps cruels, une femme se bat pour retrouver ce qu’elle a de plus cher, son passé et son identité.

J’avais entendu beaucoup de bien de Justine Niogret et je n’ai pas été déçu. Elle propose ici un excelllent roman de fantasy que je qualifierais de fantasy historique. Le surnaturel est très discret, voire absent. Le ton et le vocabulaire médiéval donnent une impression de réalisme qui fonctionne parfaitement. Le récit n’est pas flamboyant mais j’ai beaucoup aimé suivre les aventures de cette protagoniste atypique qui cherche son nom et son histoire, ainsi que les personnages secondaires qu’elle rencontre sur son chemin. J’ai très envie de lire la suite !

2. Mordre le Bouclier

Castel de Broe, six mois ont passé depuis la mort de Noalle et Chien du heaume, anéantie par la perte de ses doigts, s’abîme dans la contemplation de sa griffe de fer, cadeau de Regehir le forgeron.

Bréhyr entend lui redonner vie et l’entraîne sur les routes à la recherche du dernier homme qu’elle doit tuer : Herôon. Parti en Terre sainte, celui-ci reviendra par le Tor, une tour mythique où le monde des vivants s’ouvre à celui des morts.

Les deux guerrières remontent alors le sillage de sang, de larmes et de pourriture des croisades, arpentant côte à côte la voie de la folie et de la vengeance.

Dans ce calvaire, Chien rencontrera Saint Roses, chevalier à la beauté d’icône, au savoir de maestre et dont la foi s’est érodée au pied des hautes murailles de Jérusalem. Une faible lueur qui annonce peut-être un espoir de rédemption.

Cette suite de « Chien du Heaume » est à la fois très similaire et très différente. Le style d’écriture et le vocabulaire rappellent le premier roman, mais le récit est plus lent, plus introspectif. C’est un peu déroutant parfois, mais le roman se lit bien. C’est un roman étrange, je ne peux pas dire que je l’ai adoré, mais il laisse une empreinte au moment de le refermer.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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The Dresden Files est une série de romans d’urban fantasy de l’auteur américain Jim Butcher, dont le premier volume a été publié en 2000. Cet été, j’ai enchainé les dix-sept romans publiés à ce jour, mais je n’avais pas pris le temps d’en parler ici. C’est désormais chose faite, avec une critique rapide et à chaud de chacun des romans qui composent cette longue mais divertissante série.

1. Storm Front

Le premier volume des aventures du détective-magicien Harry Dresden est sympathique et plaisant à lire. C’est de la fantasy urbaine classique et réussie. Rien de bouleversant pour l’instant, mais c’est divertissant. On m’a dit que la qualité allait en grandissant au fur et à mesure des romans, donc je vais continuer sans hésitation, car cela commence plutôt bien.

2. Fool Moon

Je poursuis ma découverte des aventures du détective-magicien Harry Dresden avec ce deuxième volume. L'univers de fantasy urbaine créé par Jim Butcher s'étend avec de nouvelle créatures : les loup-garous et autres lycanthropes. L'enquête m'a parfois semblé inutilement confuse et j'ai toujours du mal avec les scènes d'action, mais ce roman reste un bon divertissement, qui me donne envie de lire la suite.

3. Grave Peril

Le troisième tome des aventures du détective-magicien Harry Dresden est pour l'instant celui que j'ai préféré. Si je devais tenter de l'expliquer, je pense que je mettrais en avant un récit plus complexe et riche que dans les deux premières enquêtes, et surtout une galerie de personnages mémorables que l'on a envie de revoir. J'ai hâte de voir si ces qualités se retrouvent dans les prochains volumes !

4. Summer Knight

Les enquêtes et aventures du détective et magicien Harry Dresden semblent gagner en qualité de roman en roman. Avec ce quatrième volume qui nous plonge dans les intrigues mortelles dans le monde dangereux des Fées, l'enquête est passionnante et le récit l'est tout autant ! J'ai beaucoup aimé ce roman et j'espère que les prochains romans seront aussi bons que celui-ci.

5. Death Masks

La qualité des aventures du détective-magicien Harry Dresden se maintient dans ce cinquième roman qui continue de développer l'univers de fantasy urbaine créée par Jim Butcher. Les personnages sont toujours aussi sympathiques à suivre, le récit est bien construit et surtout haletant, on ne s'ennuie pas une seconde en lisant la trentaine de chapitres qui composent ce roman très divertissant et parfois émouvant. Autant dire que je vais poursuivre ma lecture de cette saga !

6. Blood Rites

Les enquêtes du détective-magicien Harry Dresden sont toujours aussi plaisantes à lire. Si le personnage principal est parfois agaçant voire carrément problématique, cela reste largement compensé, à mes yeux, par la galerie de personnages qui l'accompagnent et les intrigues dans lesquels ils sont plongés. Ce sixième roman de la saga ne fait pas exception, avec son récit qui tourne autour d'histoires de familles, pour le meilleur comme pour le pire.

7. Dead Beat

J'ai trouvé un peu poussif le début de ce septième volume des aventures du détective et magicien Harry Dresden, mais j'ai fini par me laisser emporter par le récit qui finit par s'emballer et cela finit de façon grandiose. J'ai toujours un peu du mal avec le personnage principal mais les personnages secondaires qui l'accompagnent compensent largement.

8. Proven Guilty

Ce huitième roman des Dresden Files est peut-être mon préféré depuis le début. L'enquête que mène le détective-magicien Harry Dresden commence de façon classique mais le récit s'emballe et les enjeux montent d'un cran. Cependant, ce qui donne toute la saveur à ce roman, ce sont ses personnages et les liens tissés entre eux. Ce qui m'a le plus plu ici, c'est de voir évoluer Harry au sein de sa famille, biologique ou choisie. J'espère que cela continuera ainsi dans les prochains volumes.

9. White Knight

Le détective-magicien Harry Dresden mène une nouvelle enquête dans le monde surnaturel de Chicago, et c'est toujours aussi plaisant à lire. On sent qu'un fil rouge se développe de roman en roman au fil des enquêtes, et j'ai hâte de voir où cela va nous amener.

10. Small Favor

Comme pour plusieurs tomes précédents, le début est un peu poussif, entre le caractère agaçant du personnage principal et la tendance de l'auteur à ré-introduire les éléments récurrents. Mais comme chaque fois, le récit finit par s'emballer, les relations entre les personnages forment le sel de l'histoire, et l'alchimie finit par se faire, comme par magie, si j'ose dire. Le final fonctionne parfaitement et promet encore de grandes choses pour la suite.

11. Turn Coat

Le fil rouge des aventures d'Harry Dresden se poursuit et s'épaissit dans ce onzième tome où le détective-magicien enquête sur un meurtre au sein même du quartier général du Conseil des magiciens. J'ai toujours un peu de mal avec les scènes d'action (mais ce n'est pas propre à cette série et à cet auteur, c'est général pour moi) mais l'enquête elle-même est intéressante et les enjeux du roman rendent la lecture plaisante.

12. Changes

Le titre de ce douzième volume des aventures d'Harry Dresden promet du changement, des changements, et la promesse est tenue. J'avais lu beaucoup de bien de ce tome, présenté parfois comme l'un des meilleurs voire le meilleur de la série. Si le début m'a un peu déçu par rapport à de telles attentes, le final m'a totalement emballé. C'est un peu comme si l'auteur faisait éclore des graines plantées dès les premiers romans, et cela vaut largement le coup. Sans oublier la toute fin, qui promet encore de grandes choses pour la suite !

13. Ghost Story

Après plusieurs très bons tomes des aventures d'Harry Dresden, celui-ci m'a un peu déçu. L'idée de départ, le fantôme d'Harry Dresden enquête sur sa propre mort, est sympathique mais l'exécution ne m'a pas emballé et j'ai malheureusement vu venir la résolution trop tôt pour que la surprise soit efficace. Et surtout, les scènes d'action m'ont totalement ennuyé. Heureusement qu'il reste quelques interactions entre Harry et les personnages secondaires pour sauver tout cela. J'espère que le prochain tome retrouvera les qualités des précédents !

14. Cold Days

Après un treizième tome qui m'avait déçu, j'avais un peu peur en commençant celui-ci. Heureusement, on retrouve les ingrédients qui me plaisent dans cette saga, et notamment les relations entre Harry Dresden et son entourage familial et amical. J'ai toujours du mal avec les scènes d'action, mais c'est plus une question de goût qu'un problème dans l'écriture proprement dite. Concernant le récit, on sent que les enjeux continuent de monter et que le fil rouge de la saga prend forme progressivement. Une tempête approche, comme le dit fort justement Harry à la fin du roman.

15. Skin Game

J'avais un peu peur en commençant ce quinzième tome des aventures d'Harry Dresden, parce que le résumé ne m'inspirait pas spécialement, mais j'ai été très agréablement surpris. Le récit est à la fois divertissant et prenant, je ne me suis pas ennuyé une seule minute en lisant ce roman. La galerie de personnages était géniale et l'intrigue passionnante. Que demander de plus ? La même chose au prochain tome, peut-être !

16. Peace Talks

J'ai beaucoup aimé ce seizième, et à ce jour avant-dernier, tome des aventures d'Harry Dresden. Je l'ai déjà dit à plusieurs reprises ici, je ne suis pas un grand fan des scènes d'action, dans cette saga comme dans d'autres ; elles sont peu nombreuses dans ce roman, et c'est très bien ainsi pour moi. On sent d'ailleurs clairement que ce volume n'est que le préambule du suivant, une sorte de longue (mais passionnante) montée en tension avant l'affrontement titanesque qui s'annonce dans le prochain roman. J'ai quelques craintes pour celui-ci, car il risque d'être riche en scènes d'action ...

17. Battle Ground

J'avais commencé à lire les aventures d'Harry Dresden mi-juillet, et à peu près un mois et demi plus tard, je viens de terminer le dix-septième et dernier roman paru à ce jour. C'est toujours un peu émouvant de dire au revoir, même provisoirement puisque d'autres romans sont prévus, à des personnages que l'on a suivis pendant un tel voyage.

Pourtant, ce roman n'est pas le meilleur du cycle à mes yeux. Comme je le craignais, après un tome qui servait de long préambule mais qui m'avait passionné, celui-ci est riche en scènes d'action, ce qui n'est jamais ma tasse de thé. J'ai donc survolé certains chapitres, préférant me concentrer sur l'essentiel et sur ce qui me plait dans ce cycle : les interactions entre Harry Dresden et les autres personnages.

Bilan

Si je devais tirer un bilan d'ensemble de ce cycle, je dirais qu'il est très divertissant, qu'il a de nombreux défauts, mais que ses qualités compensent largement et donnent chaque fois envie de lire la suite. Je serai donc probablement au rendez-vous quand Jim Butcher nous proposera la suite des Dresden Files.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Littératures d'évasion, de réflexion, de recherche, de critique sociétale...

Les littératures de l'imaginaire nous sont précieuses, pour le plaisir bien sûr, mais aussi pour penser le monde, voyager dans d’autres sociétés, nous confronter à des enjeux comme le réchauffement climatique... et pour éclairer notre propre humanité.

En 27 points, nous explorons les raisons de lire de la science-fiction et de la fantasy. Nous conseillons des centaines de livres, proposés notamment par des libraires, pour que lecteurs et lectrices se construisent leur propre chemin. Nous nous appuyons également sur les visions d’invités qui nous ont accordé 19 interviews : Alain Damasio, Jeanne-A Debats, Etienne Klein, Natacha Vas-Deyres, Roland Lechoucq, Serge Lehman, Nicolas Stenenfled, Clémentine Hougue, Christophe Becker, Fleur Hopkins-Loféron, Vincent Ferré, Saul Pandélakis, Anne Besson, Catherine Dufour, Jean-Marc Ligny, Étienne Bariller, Laurent Queyssi, Karine Gobled, Bertrand Campeis, Yannick Rumpala, Stéphanie Nicot et Alice Carabédian.

Nous aimons l'imaginaire. Et nous allons vous dire pourquoi.

Ariel Kyrou et Jérome Vincent signent un gros pavé mais surtout un très bon livre qui explique pourquoi les littératures de l'imaginaire sont précieuses et pourquoi en lire est une excellente idée.

Pour cela, ils proposent 27 raisons de lire de la science-fiction et de la fantasy, regroupées en cinq grandes thématiques : – le plaisir – l'exploration – la connaissance – le sens – la transformation

Ces chapitres sont entrecoupés de 19 entretiens avec des acteurs de l'imaginaire, que ce soit des auteurs et autrices ou des universitaires.

Evidemment, les deux auteurs parcourent des centaines de références, et j'ai du me retenir fortement pour ne pas faire exploser ma pile à lire en notant tous les livres que j'ai découvert ou redécouvert grâce à eux.

Cet ouvrage pourrait bien devenir un classique et la nouvelle bible des littératures de l'imaginaire. Je suis ravi de l'avoir lu, ce fut un réel plaisir !

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Premières secousses est un livre collectif du mouvement Les Soulèvements de la terre, publié chez La Fabrique en avril 2024. Il se présente à la fois comme un bilan d’étape après 3 années d’existence de ce collectif écologiste, et comme une réflexion sur les perspectives d’action et d’évolution du mouvement.

Au fil des saisons, nous avons formé des cortèges bigarrés, muni·es de bêches, de mégaphones et de meuleuses, vêtu·es de bleus de travail et de combinaisons blanches, escorté·es par des oiseaux géants... Nous avons traversé les bocages et les plaines, arpenté les vallées industrielles et le bitume des usines – et même frôlé les cimes alpines. Nous nous soulevons pour défendre les terres et leurs usages communs. Contre les méga-bassines, les carrières de sable, les coulées de béton et les spéculateurs fonciers, nous voulons propager les gestes de blocage, d'occupation et de désarmement, pour démanteler les filières toxiques. Nous nous soulevons parce que nous n’attendons rien de ceux qui gouvernent le désastre. Nous nous soulevons parce que nous croyons en notre capacité d’agir.

Depuis des siècles, du nord au sud, des mouvements populaires se battent pour défendre une idée simple : la terre et l’eau appartiennent à tou·tes, ou peut-être à personne. Les Soulèvements de la terre n’inventent rien ou si peu. Ils renouent avec une conviction dont jamais nous n'aurions dû nous départir.

Ce qui frappe d’abord, c’est que les textes proposés dans ce livre sont très vivants. Même quand il s’agit de parler de stratégie, on sent un souffle qui pousse vers l’action avec un désir de « joie militante ». On trouve des récits de luttes, sans oublier les leçons qu'on en tire. Mais aussi des prises de position et des réflexions plus stratégiques, sans masquer les questions encore ouvertes, notamment sur les questions d'organisation et d'articulation entre actions locales et stratégie globale.

C’est un livre passionnant et qui fait du bien, surtout en cette période d’actualité politique angoissante et déprimante. J’aurais pu surligner de nombreux passages, mais j’ai choisi d’en retenir seulement quelques uns, qui m’ont particulièrement marqués et m’ont donné envie de les partager avec vous.

Sur le rôle de l’État :

Il n'y avait pourtant rien à désarmer derrière les grilles. Rien à défendre dans ce cratère. Rien d'autre que l'honneur d'un État qui avait choisi d'en faire le symbole de son autorité retranchée. Mais l'histoire l'a maintes fois démontré, derrière le vernis démocratique et les vestiges de protection sociale, l'État est d'abord et avant tout ce monstre froid qui tue pour défendre les intérêts d'une minorité.

Sur la non-violence :

L’idéologie de la non-violence confond le “bien” et son éthique bourgeoise, discréditant au passage la légitime virulence des protestations populaires à travers le monde. N’est-il pas logique que les classes aisées soient les plus enclines à croire en la possibilité de transformer le système de l’intérieur par des moyens pacifiques et légaux ? Ne faut-il pas jouir de certains privilèges pour livrer sereinement son corps à la police et sa liberté aux juges ?

Sur les rapports entre écologie politique et nature :

Nous entendons tracer une ligne claire entre une écologie qui fait de la nature une norme pour bannir les corps minoritaires, et une écologie qui cherche dans la nature les forces pour renverser les possesseurs et destructeurs de la terre. Trop souvent, ceux qui se revendiquent d'une “terre” ou d'une “nature” vues comme un en dehors figé et idéalisé ne cherchent qu'une chose : asseoir sur une autorité transcendante la violence envers les corps jugés monstrueux ou inférieurs. Pourtant, s'il est une leçon des récents bouleversements écologiques, c'est bien que les humain.es ne sont pas en dehors du monde naturel. L'activité humaine s'avère capable de perturber ce qu'elle pensait être le cadre immuable de son histoire, tandis que le sol sous nos pieds se soulève. La nature n'est pas un espace idéal à protéger ou à imiter. Elle est l'un des noms de l'humaine condition, mais aussi un champ de bataille où s'affrontent des intérêts et des idées. La lutte contre les possédants, nous la menons donc avec des personnes et des organisations qui se battent directement contre le fascisme ou le patriarcat, depuis l'intérieur du mouvement ou en nouant des alliances avec elles.

La nature, pas plus que la nation, ne nous sauvera du déracinement. Si nous voulons défaire les maîtres et possesseurs de la nature, il nous faut construire de nouveaux attachements et nouer des amarres que le mouvement ne tue pas. Pour beaucoup d'entre nous qui vivons sur le sol de vieilles nations occidentales, les liens qui nous relient aux collectivités passées sont précieux, mais trop ténus pour les opposer aux flux déracinants du capital. Au fil des luttes, nous tissons pourtant d'autres liens que ceux du sang et de la propriété. Des liens aux lieux et aux êtres qui se rencontrent lorsqu'on se bat contre un projet d'aménagement ou une réforme néolibérale. Des liens fondés sur l'usage et l'amitié. [...]

Ce qui distingue nos ancrages et nos attachements de l'enracinement réactionnaire, c'est que les communautés que nous construisons ne sont pas encloses dans une illusoire pureté, hérissées de frontières identitaires. Elles sont hospitalières, ouvertes et hybrides. Elles se créolisent et s'enrichissent des contacts noués au fil des vies et des luttes. En cela elles sont vivantes et mouvantes, elles muent et refusent de se figer dans la conservation passéiste d'un toujours ainsi.

Être la nature qui se défend, ce n'est pas camper sir les rives de son territoire pour en repousser de prétendus envahisseurs. C'est au contraire être capable de composer avec une multitude de forces. Avec celleux qui, par leurs histoires, leurs passions ou par nécessité, s'opposent à l'appropriation et inventent ainsi de nouveaux usages des corps et du sol. Nos identités, individuelles ou politiques, ne préexistent pas à nos histoires. Tissons des parentés étendues, qui reposent sur des histoires partagées, des perspectives et des pratiques communes plutôt que sur les seuls liens du sang.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Lire News from Nowhere de William Morris, qui décrit une utopie communiste vue par un homme de la fin du XIXe siècle, au moment des élections européennes 2024 dominées en France par l'extrême-droite, de la dissolution de l'Assemblée nationale et des élections législatives qui se préparent, c’est une drôle d’expérience.

Tout au long de ma lecture, j’ai été partagé entre envie, désir d’évasion, et tristesse et amertume face à ces rêves exprimés si joliment non réalisés. Au-delà du contexte de lecture auquel l'auteur ne pouvait évidemment rien, c'est un texte magnifique, parfois maladroit, mais terriblement enthousiasmant. On a envie de vivre dans un monde comme celui qui est décrit, ou en tout cas de lutter pour en faire advenir un qui y ressemble.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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Je poursuis ma lecture des œuvres de William Morris avec son deuxième roman, The House of the Wolfings, publié en 1889.

L'auteur met en scène des tribus germaniques qui vivent une vie paisible, voire utopique, dans la forêt de Mirkwood. Les tribus s’unissent pour se défendre contre une invasion romaine. Ces romains qui vivent dans des villes, représentants de la « civilisation moderne », viennent en effet pour piller, s’emparer des richesses de la forêt, et remettre en cause le mode de vie ancestral des tribus qui vivaient en paix et en harmonie entre elles et avec leur environnement.

Il faut d’abord s’accrocher un peu, car le vocabulaire et le style sont volontairement archaïques, et il faut accepter que certains dialogues soient écrits en vers. Une fois passé cet obstacle qui n’est pas insurmontable, on peut se laisser happer par un récit à la fois épique et profondément humain, avec des personnages forts et mémorables.

Ce roman est un peu inclassable, entre roman historique, récit mythique, et prémisse d'un genre qui n’existait pas encore : la fantasy historique, car le surnaturel est ici discret, en arrière-plan, mais bel et bien présent.

J’ai beaucoup aimé ce roman, et je comprends désormais mieux pourquoi William Morris est parfois cité comme une source d’inspiration pour J.R.R Tolkien et au-delà pour toute la fantasy du XXe siècle.

Zéro Janvier@zerojanvier@diaspodon.fr

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